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Arrivés sur l’étroit palier: «Déjà…» dit-elle en ouvrant les yeux. Lui pensait: «Enfin!…» mais n’aurait pu le dire, très pâle, les deux mains sur sa poitrine qui éclatait.
Toute leur histoire, cette montée d’escalier dans la grise tristesse du matin.
II
Il la garda deux jours; puis elle partit, lui laissant une impression de peau douce et de linge fin. Pas d’autre renseignement sur elle que son nom, son adresse et ceci: «Quand vous me voudrez, appelez-moi… je serai toujours prête…»
La toute petite carte, élégante, odorante, portait:
FANNY LEGRAND
6, rue de l’Arcade
Il la mit à sa glace entre une invitation au dernier bal des Affaires étrangères et le programme enluminé et fantaisiste de la soirée de Déchelette, ses deux seules sorties mondaines de l’a
L’examen, ministériel aurait lieu en novembre. Il ne lui restait que trois mois pour le préparer. Après, viendrait un stage de trois ou quatre ans dans les bureaux du service consulaire; puis il s’en irait quelque part, très loin. Cette idée d’exil ne l’effrayait pas; car une tradition chez les Gaussin d’Armandy, vieille famille avigno
Une semaine ou deux après le bal de Déchelette, un soir que Gaussin, la lampe allumée, ses livres préparés sur la table, se mettait au travail, on frappa timidement; et, la porte ouverte, une femme apparut en toilette élégante et claire. Il la reco
– Vous voyez, c’est moi… je reviens…
Puis surprenant le regard inquiet, gêné, qu’il jetait sur la besogne en train:
– Oh! je ne vous dérangerai pas… je sais ce que c’est…
Elle défit son chapeau, prit une livraison du Tour du monde, s’installa et ne bougea plus, absorbée en apparence par sa lecture; mais, chaque fois qu’il levait les yeux, il rencontrait son regard.
Et vraiment il lui fallait du courage pour ne pas la prendre tout de suite entre ses bras, car elle était bien tentante et d’un grand charme avec sa toute petite tête au front bas, au nez court, à la lèvre sensuelle et bo
Partie le lendemain de bo
– Oh! je sais bien que je t’e
Il la regardait, amusé, surpris dans son dédain de la femme, par cette persistance amoureuse. Celles qu’il avait co
Puis elle était musicie
Gaussin, fou de musique, cet art de paresse et de plein air où se plaisent ceux de son pays, s’exaltait par le son aux heures de travail, en berçait son repos délicieusement. Et de Fa
– Mais pas longtemps… Je m’e
En elle effectivement rien de l’étudié, du convenu de la femme de théâtre; pas l’ombre de vanité ni de mensonge. Seulement un certain mystère sur sa vie au-dehors, mystère gardé même aux heures de passion, et que son amant n’essayait pas de pénétrer, ne se sentant ni jaloux ni curieux, la laissant arriver à l’heure dite sans même regarder la pendule, ignorant encore la sensation de l’attente, ces grands coups à pleine poitrine qui so
De temps en temps, l’été étant très beau cette a
– Non, non… pas là… il y a trop de peintres…
Et cette antipathie des artistes, il se rappela qu’elle avait été l’initiation de leur amour. Comme il en demandait la raison:
– Ce sont, dit-elle, des détraqués, des compliqués qui racontent toujours plus de choses qu’il n’y en a… Ils m’ont fait beaucoup de mal…
Lui protestait:
– Pourtant, l’art, c’est beau… Rien de tel pour embellir, élargir la vie.
– Vois-tu, m’ami, ce qui est beau, c’est d’être simple et droit comme toi, d’avoir vingt ans et de bien s’aimer…
Vingt ans! on ne lui eût pas do
Un soir, à Saint-Clair, dans la vallée de Chevreuse, ils arrivèrent la veille de la fête et ne trouvèrent pas de chambre. Il était tard, il fallait une lieue de bois dans la nuit pour rejoindre le prochain village. Enfin on leur offrit un lit de sangle, resté libre au bout d’une grange où dormaient des maçons.
– Allons-y, dit-elle en riant… ça me rappellera mon temps de misère.
Elle avait donc co
Ils se glissèrent à tâtons entre les lits occupés dans la grande salle crépie à la chaux, où fumait une veilleuse au fond d’une niche sur la muraille; et toute la nuit serrés l’un contre l’autre, ils étouffaient leurs baisers et leurs rires, en entendant ronfler, geindre de fatigue ces compagnons, dont les bourgerons, les lourdes chaussures de travail traînaient tout près de la robe de soie et des fines bottes de la Parisie