Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 22 из 48

VII

Il faisait un froid brumeux, une après-midi sombre à quatre heures, même sur cette large avenue, des Champs-élysées où se hâtaient les voitures dans un roulement sourd et ouaté. C’est à peine si Jean put lire au fond d’un jardinet dont la grille était ouverte ces lettres dorées, très hautes, au-dessus de l’entresol d’une maison à l’aspect luxueux et tranquille de cottage: Appartements meublés, pension de famille. Un coupé attendait au ras du trottoir.

La porte du bureau poussée, Jean la vit tout de suite, celle qu’il cherchait, assise dans le jour de la fenêtre, feuilletant un gros livre de comptes en face d’une autre femme, élégante et grande, un mouchoir aux mains et un petit sac de boursicotière.

– Vous désirer, monsieur?…

Fa

– C’est le petit… dit-elle tout bas.

L’autre examina Gaussin des pieds à la tête avec le beau sang-froid co

– Embrassez-vous, mes enfants… Je ne vous regarde pas.

Puis elle se mit à la place de Fa

Ils s’étaient pris les mains, se chuchotaient des phrases bêtes:

– Comment ça va?

– Pas mal, merci…

– Alors tu es parti hier au soir?…

Mais l’altération de leurs voix do

– Tu n’as pas reco

– Alors c’est…?

– Rosario Sanchès, la femme à de Potter.

Cette Rosario, Rosa, de son nom de fête écrit sur toutes les glaces des restaurants de nuit et toujours souligné de quelque ordure, était une ancie

Espagnole d’Oran, elle avait été plus belle que jolie et tirait encore aux lumières un certain effet de ses yeux noirs bistrés, de ses sourcils rejoints en barre; mais ici, même dans ce faux jour, elle avait bien ses cinquante ans, marqués sur une face plate, dure, à la peau soulevée et jaune comme un limon de son pays. Intime de Fa

Fa

– De Potter? demanda Jean… je le croyais marié.

– Oui… marié, des enfants, il paraît même que sa femme est jolie… ça ne l’a pas empêché de revenir à l’ancie

Elle lui serrait la main avec un tendre reproche. La dame à ce moment interrompit sa lecture et s’adressa à son sac qui sautait au bout de la cordelière:

– Mais reste donc tranquille, voyons!…

Puis, à la gérante, sur un ton de commandement:

– Do

Fa

La dame ferma le livre, prête à partir.

– Pas trop mal pour une seconde quinzaine… Seulement veille à la bougie.

Elle jeta son regard de patro

– Crois-tu que c’est sciant!… dit Fa

Et elle l’enlaça debout, longuement, lèvres contre lèvres, s’assurant bien au tressaillement du baiser qu’il était encore tout à elle. Mais on allait et venait dans le couloir, il fallait se méfier. Quand on eut apporté la lampe, elle s’assit à sa place habituelle, un petit ouvrage aux doigts; lui, tout près comme en visite…

– Suis-je changée, hein?… Est-ce assez peu moi?…

Elle souriait en montrant son crochet manié avec une gaucherie de petite fille. Toujours elle avait détesté ces travaux d’aiguille; un livre, son piano, sa cigarette, ou les manches retroussées pour la confection d’un petit plat, elle ne s’occupait jamais autrement. Mais ici, que faire? Le piano du salon, elle ne pouvait y songer de tout le jour, obligée de se tenir au bureau… Des romans? Elle savait bien d’autres histoires que celles qu’ils racontaient. À défaut de la cigarette prohibée, elle avait pris cette dentelle qui lui occupait les doigts et la laissait libre de penser, comprenant à cette heure le goût des femmes pour ces menus travaux qu’elle méprisait jadis.

Et tandis qu’elle rattrapait son fil avec des maladresses encore, une attention d’inexpérience, Jean la regardait, toute reposée dans sa robe simple, son petit col droit, les cheveux bien à plat sur la rondeur antique de sa tête, et l’air si ho

Tous les pensio