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«Hé! vous, là-bas, le petit Chose!» Je lui avais dit pourtant plus de vingt fois que je m'appelais Daniel Ey-sset-te… À la fin, mes camarades me surnommèrent «le petit Chose», et le surnom me resta…
Ce n'était pas seulement ma blouse qui me distinguait des autres enfants. Les autres avaient de beaux cartables en cuir jaune, des encriers de buis qui sentaient bon, des cahiers carto
Le besoin de coller et de carto
Quant à moi, j'avais compris que lorsqu'on est boursier, qu'on porte une blouse, qu'on s'appelle «le petit Chose», il faut travailler deux fois plus que les autres pour être leur égal, et ma foi! le petit Chose se mit à travailler de tout son courage.
Brave petit Chose! Je le vois, en hiver, dans sa chambre sans feu, assis à sa table de travail, les jambes enveloppées d'une couverture. Au-dehors, le givre fouettait les vitres. Dans le magasin, on entendait M. Eyssette qui dictait.
«J'ai reçu votre honorée du 8 courant.» Et la voix pleurarde de Jacques qui reprenait:
«J'ai reçu votre honorée du 8 courant.» De temps en temps, la porte de la chambre s'ouvrait doucement: c'était Mme Eyssette qui entrait.
Elle s'approchait du petit Chose sur la pointe des pieds. Chut!…
«Tu travailles? lui disait-elle tout bas.
– Oui, mère.
– Tu n'as pas froid?
– Oh! non!» Le petit Chose mentait, il avait bien froid, au contraire.
Alors, Mme Eyssette s'asseyait auprès de lui, avec son tricot, et restait là de longues heures, comptant ses mailles à voix basse, avec un gros soupir de temps en temps. Pauvre Mme Eyssette! Elle y pensait toujours à ce cher pays qu'elle n'espérait plus revoir… Hélas! pour notre malheur, pour notre malheur à tous, elle allait le revoir bientôt…
III IL EST MORT! PRIEZ POUR LUI!
C'ÉTAIT UN LUNDI DU MOIS DE JUILLET.
Ce jour-là, en sortant du collège, je m'étais laissé entraîner à faire une partie de barres, et lorsque je me décidai à rentrer à la maison, il était beaucoup plus tard que je n'aurais voulu. De la place des Terreaux à la rue Lanterne, je courus sans m'arrêter, mes livres à la ceinture, ma casquette entre les dents.
Toutefois, comme j'avais une peur effroyable de mon père, je repris haleine une minute dans l'escalier, juste le temps d'inventer une histoire pour expliquer mon retard. Sur quoi, je so
Ce fut M. Eyssette lui-même qui vint m'ouvrir.
«Comme tu viens tard!» me dit-il. Je commençais à débiter mon mensonge en tremblant; mais le cher homme ne me laissa pas achever et, m'attirant sur sa poitrine, il m'embrassa longuement et silencieusement.
Moi qui m'attendais pour le moins à une verte semonce, cet accueil me surprit. Ma première idée fut que nous avions le curé de Saint-Nizier à dîner; je savais par expérience qu'on ne nous grondait jamais ces jours-là. Mais en entrant dans la salle à manger, je vis tout de suite que je m'étais trompé.
Il n'y avait que deux couverts sur la table, celui de mon père et le mien. «Et ma mère? Et Jacques?» demandai-je, éto
M. Eyssette me répondit d'une voix douce qui ne lui était pas habituelle.
«Ta mère et Jacques sont partis, Daniel; ton frère l'abbé est bien malade.» Puis, voyant que j'étais devenu tout pâle, il ajouta presque gaiement pour me rassurer:
«Quand je dis bien malade, c'est une façon de parler: on nous a écrit que l'abbé était au lit; tu co
Il faisait nuit, l'air était lourd… On entendait les gens d'en bas rire et causer devant leurs portes, et les tambours du fort Loyassel battre dans le lointain…
J'étais là depuis quelques instants, pensant à des choses tristes et regardant vaguement dans la nuit, quand un violent coup de so
Ce coup de so
«On so
– Restez, père! j'y vais.» Et je m'élançai vers la porte.
Un homme était debout sur le seuil. Je l'entrevis dans l'ombre, me tendant quelque chose que j'hésitais à prendre.
«C'est une dépêche, dit-il.
– Une dépêche, grand Dieu! pour quoi faire?» Je la pris en frisso