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LE PAPILLON

Est-ce que tu me hais, toi, comme tous ces drôles?

LA BETE À BON DIEU

Moi… Je t'adore; on est si bien. sur tes épaules! Et puis, tu me conduis toujours chez les Muguets.

C'est amusant!… Dis donc, si je te fatiguais, Nous pourrions faire encore une petite pause Quelque part… Tu n'es pas fatigué, je suppose?

LE PAPILLON

Je te trouve un peu lourd, ce n'est pas l'embarras.

LA BETE À BON DIEU, montrant des Muguets.

Alors, entrons ici, tu te reposeras.

LE PAPILLON

Ah! merci!… des Muguets, toujours la même chose J'aime bien mieux à côté…

LA BETE À BON DIEU, toute rouge.

Oh! non, jamais…

Chez la Rose?…

LE PAPILLON, l'entraînant.

Viens donc! on ne nous verra pas.

(Ils entrent discrètement chez la Rose.) – La toile tombe.

Au troisième acte…

Mais je ne voudrais pas, mes chers lecteurs, abuser plus longtemps de votre patience. Les vers, par le temps qui court, n'ont pas le don de plaire, je le sais. Aussi j'arrête là mes citations, et je vais me contenter de raconter sommairement le reste de mon poème.

Au troisième acte, il est nuit tout à fait… Les deux camarades sortent ensemble de chez la Rose… Le Papillon veut ramener la Bête à bon Dieu chez ses parents; mais celle-ci s'y refuse; elle est complètement ivre, fait des cabrioles sur l'herbe et pousse des cris séditieux… Le Papillon est obligé de l'emporter chez elle. On se sépare sur la porte, en se promettant de se revoir bientôt… Et alors le Papillon s'en va tout seul, dans la nuit. Il est un peu ivre, lui aussi; mais son ivresse est triste: il se rappelle les confidences de la Bête à bon Dieu, et se demande amèrement pourquoi tant de monde le déteste, lui qui jamais n'a fait de mal à perso

Une foule curieuse se presse sur leur passage, et chacun fait des réflexions à haute voix…, Les petits Grillons bruns, assis au soleil devant leurs portes, disent gravement: «Il aimait trop les fleurs! – Il courait trop la nuit!» ajoutent les Escargots, et les Scarabées à gros ventre se dandinent dans leurs habits d'or en grommelant: «Trop bohème! trop bohème!» Parmi toute cette foule, pas un mot de regret pour le pauvre mort; seulement, dans les plaines d'aleptour, les grands lis ont fermé et les cigales ne chantent pas.

La dernière scène se passe dans le cimetière des Papillons. Après que les Nécrophores ont fait leur œuvre, un Ha

IX TU VENDRAS DE LA PORCELAINE

Au dernier vers de mon poème, Jacques, enthousiasmé, se leva pour crier bravo; mais il s'arrêta net en voyant la mine effarée de tous ces braves gens.

En vérité, je crois que le cheval de feu de l'Apocalypse, faisant irruption au milieu du petit salon jonquille, n'y aurait pas causé plus de stupeur que mon papillon bleu. Les Passajon, les Fougeroux, tout hérissés de ce qu'ils venaient d'entendre, me regardaient avec de gros yeux ronds; les deux Ferrouillat se faisaient des signes. Perso

Pensez comme j'étais à l'aise…

Tout à coup, au milieu du silence et de la consternation générale, une voix – et quelle voix! – blanche, terne, froide, sans timbre, une voix de fantôme, sortit de derrière le piano et me fit tressaillir sur ma chaise. C'était la première fois, depuis dix ans, qu'on entendait parler l'homme à la tête d'oiseau, le vénéré Lalouette: «Je suis bien content qu'on ait tué le papillon, dit le singulier vieillard en grignotant son sucre d'un air féroce; je ne les aime pas, moi, les papillons!…» Tout le monde se mit à rire, et la discussion s'engagea sur mon poème.

Le membre du Caveau trouvait l'œuvre un peu trop longue et m'engagea beaucoup à la réduire en une ou deux chanso

Deux jours après cette lecture mémorable, je reçus de Mlle Pierrotte un billet aussi court qu'éloquent:

«Venez vite, mon père sait tout.» Et plus bas, mes chers yeux noirs avaient signé: «Je vous aime.» Je fus un peu troublé, je l'avoue, par cette grosse nouvelle. Depuis deux jours, je courais les éditeurs avec mon manuscrit, et je m'occupais beaucoup moins des yeux noirs que de mon poème. Puis l'idée d'une explication avec ce gros Cévenol de Pierrotte ne me souriait guère… Aussi, malgré le pressant appel des yeux noirs, je restai quelque temps sans retourner là-bas, me disant à moi-même pour me rassurer sur mes intentions: «Quand j'aurai vendu mon poème.» Malheureusement je ne le vendis pas.