Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 3 из 66

Mon pauvre abbé, que je ne devais plus revoir!

La vieille A

À mesure que la caravane s'éloignait, l'arbre aux grenades se haussait tant qu'il pouvait par-dessus les murs du jardin pour la voir encore une fois… Les platanes agitaient leurs branches en signe d'adieu…

Daniel Eyssette, très ému, leur envoyait des baisers à tous, furtivement et du bout des doigts.

Je quittai mon île le 30 septembre 18…

II LES BABAROTRES

O CHOSES de mon enfance, quelle impression VOUS m'avez laissée! Il me semble que c'est hier, ce voyage sur le Rhône. Je vois encore le bateau, ses passagers, son équipage; j'entends le bruit des roues et le sifflet de la machine. Le capitaine s'appelait Géniès, le maître coq Montélimart. On n'oublie pas ces choses-là.

La traversée dura trois jours. Je passai ces trois jours sur le pont, descendant au salon juste pour manger et dormir. Le reste du temps, j'allais me mettre à la pointe extrême du navire, près de l'ancre.

Il y avait là une grosse cloche qu'on so

Moi, je l'aurais voulu encore plus large, et qu'il se fût appelé: la mer! Le ciel riait, l'onde était verte.

Des grandes barques descendaient au fil de l'eau. Des mariniers, guéant le fleuve à dos de mules, passaient près de nous en chantant. Parfois, le bateau longeait quelque île bien touffue, couverte de joncs et de saules: «Oh! une île déserte!» me disais-je dans moi-même; et je la dévorais des yeux…

Vers la fin du troisième jour, je crus que nous allions avoir un grain. Le ciel s'était assombri subitement; un brouillard épais dansait sur le fleuve; à l'avant du navire on avait allumé une grosse lanterne, et, ma foi, en présence de tous ces symptômes, je commençais à être ému… À ce moment, quelqu'un dit près de moi: «Voilà Lyon!» En même temps la grosse cloche se mit à so

Confusément, dans le brouillard, je vis des lumières briller sur l'une et sur l'autre rive; nous passâmes sous un pont, puis sous un autre. À chaque fois l'énorme tuyau de la cheminée se courbait en deux et crachait des torrents d'une fumée noire qui faisait tousser… Sur le bateau, c'était un remue-ménage effroyable. Les passagers cherchaient leurs malles; les matelots juraient en roulant des to

Je me hâtai de rejoindre ma mère, Jacques et la vieille A

Il arriva vers nous, à tâtons, en criant: «Qui vive! qui vive!» À ce «qui vive!» bien co

Nous avancions avec peine; il faisait nuit, le pont glissait. À chaque pas, on se heurtait contre des caisses… Tout à coup, du bout du navire, une voix stridente, éplorée, arrive jusqu'à nous: «Robinson! Robinson!» disait la voix.

«Ah! mon Dieu!» m'écriai-je; et j'essayai de dégager ma main de celle de mon père; lui, croyant que j'avais glissé, me serra plus fort.

La voix reprit, plus stridente encore, et plus éplorée: «Robinson! mon pauvre Robinson!» Je fis un nouvel effort pour dégager ma main. «Mon perroquet, criai-je, mon perroquet! – Il parle donc maintenant?» dit Jacques.

S'il parlait, je crois bien; on l'entendait d'une lieue. Dans mon trouble, je l'avais oublié là-bas, tout au bout du navire, près de l'ancre, et c'est de là qu'il m'appelait, en criant de toutes ses forces: «Robinson! Robinson! mon pauvre Robinson!» Malheureusement nous étions loin; le capitaine criait: «Dépêchons-nous.» «Nous viendrons le chercher demain, dit M. Eyssette, sur les bateaux, rien ne s'égare.» Et là-dessus, malgré mes larmes, il m'entraîna. Pécaire! le lendemain on l'envoya chercher et on ne le trouva pas…

Jugez de mon désespoir: plus de Vendredi! plus de perroquet! Robinson n'était plus possible. Le moyen, d'ailleurs, avec la meilleure volonté du monde, de se forger une île déserte, à un quatrième étage, dans une maison sale et humide, rue Lanterne?

Oh! l'horrible maison! Je la verrai toute ma vie:

l'escalier était gluant; la cour ressemblait à un puits; le concierge, un cordo

Le soir de notre arrivée, la vieille A

«Les babarottes! les babarottes!» Nous accourûmes. Quel spectacle!… La cuisine était pleine de ces vilaines bêtes; il y en avait sur la crédence, au long des murs, dans les tiroirs, sur la cheminée, dans le buffet, partout. Sans le vouloir, on en écrasait. Pouah! A

Les babarottes me firent haïr Lyon dés le premier soir. Le lendemain, ce fut bien pis. Il fallait prendre des habitudes nouvelles; les heures des repas étaient changées… Les pains n'avaient pas la même forme que chez nous. On les appelait des «couro

Chez les bouchers, quand la vieille A

Le dimanche, pour nous égayer un peu, nous allions nous promener en famille sur les quais du Rhône, avec des parapluies. Instinctivement nous nous dirigions toujours vers le Midi, du côté de Perrache. «Il me semble que cela nous rapproche du pays», disait ma mère, qui languissait encore plus que moi… Ces promenades de famille étaient lugubres. M. Eyssette grondait. Jacques pleurait tout le temps, moi je me tenais toujours derrière; je ne sais pas pourquoi, j'avais honte d'être dans la rue, sans douté parce que nous étions pauvres.

Au bout d'un mois, la vieille A

Les brouillards la tuaient; on dut la renvoyer dans le Midi. Cette pauvre fille, qui aimait ma mère à la passion, ne pouvait pas se décider à nous quitter. Elle suppliait qu'on la gardât, promettant de ne pas mourir. Il fallut l'embarquer de force. Arrivée dans le Midi, elle s'y maria de désespoir?.