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Roger m'attendait; il avait l'air fort inquiet et se promenait à grands pas, de longs en large.

En me voyant entrer, il vint vers moi:

«Monsieur Daniel!…» me dit-il, et son œil m'interrogeait. Je me laissai tomber sur une chaise sans répondre «Des pleurs, des enfantillages! reprit le maître d'armes d'un ton brutal, tout cela ne prouve rien.

Voyons… vite!… Que s'est-il passé?» Alors je lui racontai dans tous ses détails toute l'horrible scène du cabinet a mesure que je parlais, je voyais la physionomie de Roger s'éclaircir; il ne me regardait plus du même air rogue, et à la fin, quand il eut appris comment, pour ne pas le trahir, je m'étais laissé chasser du collège, il me tendit ses deux mains ouvertes et me dit simplement:

«Daniel, vous êtes un noble cœur.» À ce moment, nous entendîmes dans la rue le roulement d'une voiture; c'était le sous-préfet qui s'en allait.

«Vous êtes un noble cœur, reprit mon bon ami le maître d'armes en me serrant les poignets à les briser, vous êtes un noble cœur, je ne vous dis que ça… Mais vous devez comprendre que je ne permettrai à perso

«Ne pleurez pas, monsieur Daniel, je vais aller trouver le principal, et je vous jure que ce n'est pas vous qui serez chassé.» Il fit encore un pas pour sortir; puis, revenant vers moi comme s'il oubliait quelque chose:

«Seulement, me dit-il à voix basse, écoutez bien ceci avant que je m'en aille… Le grand Roger n'est pas seul au monde; il a quelque part une mère infirme dans un coin… Une mère!… pauvre sainte femme!… Promettez-moi de lui écrire quand tout sera fini.» C'était dit gravement, tranquillement, d'un ton qui m'effraya.

«Mais que voulez-vous faire?» m'écriai-je.

Roger ne répondit rien; seulement il entrouvrit sa veste et me laissa voir dans sa poche la crosse luisante d'un pistolet.

Je m'élançai vers lui, tout ému:

«Vous tuer, malheureux? vous voulez vous tuer?» Et lui, très froidement:

«Mon cher, quand j'étais au service, je m'étais promis que si jamais, par un coup de ma mauvaise tête, je venais à me faire dégrader, je ne survivrais pas à mon désho

«Eh bien, non! Roger, vous ne sortirez pas… J'aime mieux perdre ma place que d'être cause de votre mort.

– Laissez-moi faire mon devoir», me dit-il d'un air farouche, et, malgré mes efforts, il parvint à entrouvrir la porte.

Alors, j'eus l'idée de lui parler de sa mère, de cette pauvre mère qu'il avait quelque part, dans un coin.

Je lui prouvai qu'il devait vivre pour elle, que moi j'étais à même de trouver facilement une autre place, que d'ailleurs, dans tous les cas, nous avions encore huit jours devant nous, et. que c'était bien le moins qu'on attendit jusqu'au dernier moment avant de prendre un parti si terrible… Cette dernière réflexion parut le toucher. Il consentit à retarder de quelques heures sa visite au principal et ce qui devait s'ensuivre.

Sur ces entrefaites, la cloche so

Ce que c'est que de nous! J'étais entré dans ma chambre désespéré, j'en sortis presque joyeux… Le petit Chose était si fier d'avoir sauvé la vie à son bon ami le maître d'armes.

Pourtant, il faut bien le dire, une fois assis dans ma chaire et le premier mouvement de l'enthousiasme passé, je me mis à faire des réflexions, Roger consentait à vivre, c'était bien; mais moi-même, qu'allais-je devenir après que mon beau dévouement m'aurait mis à la porte du collège! La situation n'était pas gaie, je voyais déjà le foyer singulièrement compromis, ma mère en larmes, et M. Eyssette bien en colère. Heureusement je pensai à Jacques; quelle bo

Ici, une pensée horrible m'arrêta: pour partir, il fallait de l'argent; celui du chemin de fer d'abord, puis cinquante-huit francs que je devais au portier, puis dix francs qu'un grand m'avait prêtés, puis des sommes énormes inscrites à mon nom sur le livre de compte du café Barbette, Le moyen de se procurer tout cet argent?

«Bah! me dis-je en y songeant, je me trouve bien, naïf de m'inquiéter pour si peu; Roger n'est-il pas là? Roger est riche, il do

Mes affaires ainsi réglées, j'oubliai toutes les catastrophes de la journée pour ne songer qu'à mon grand voyage de Paris. J'étais très joyeux, je ne tenais plus en place, et M. Viot, qui descendit à l'étude pour savourer mon désespoir, eut l'air fort déçu en voyant ma mine réjouie. À dîner, je mangeai vite et bien; dans la cour, je pardo

Le plus pressant était de voir Roger; d'un bond, je fus à sa chambre; perso

Que diable pouvaient-ils faire là-bas par un temps pareil? Je commençais à être fort inquiet; aussi, sans vouloir accepter une partie de billard qu'on m'offrait, je relevai le bas de mon pantalon et je m'élançai dans la neige, du côté de la Prairie, à la recherche de mon bon ami le maître d'armes.

XII L'ANNEAU DE FER

Des portes de Sarlande à la Prairie il y a bien une bo

Je tremblais pour Roger. J'avais peur que le pauvre garçon n'eût, malgré sa promesse, tout raconté au principal pendant l'étude; je croyais voir encore luire la crosse de son pistolet. Cette pensée lugubre me do

Pourtant, de distance en distance, j'apercevais sur la neige la trace de pas nombreux allant vers la Prairie, et de songer que le maître d'armes n'était pas seul, cela me rassurait un peu.

Alors, ralentissant ma course, je pensais à Paris; à Jacques, à mon départ… Mais au bout d'un instant, mes terreurs recommençaient.

«Roger va se tuer évidemment. Que serait-il venu chercher, sans cela, dans cet endroit désert, loin de la ville? S'il amène avec lui ses amis du café Barbette, c'est pour leur faire ses adieux, pour boire le coup de l'étrier, comme ils disent… Oh! ces militaires!…» Et me voilà courant de nouveau à perdre haleine.

Heureusement j'approchais de la Prairie dont j'apercevais déjà les grands arbres chargés de neige.