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Quelquefois, cependant, il s'arme de tout son courage et commence ainsi bravement: «Mademoiselle!…», Aussitôt les yeux noirs s'allument et le regardent en souriant. Mais de les voir sourire ainsi; le malheureux perd la tête, et d'une voix tremblante, il ajoute:
«Je vous remercie de vos bontés pour moi.» Ou bien encore: «Le bouillon est excellent ce matin.» Alors les yeux noirs font une jolie petite moue qui signifie: «Quoi! ce n'est que cela!» Et ils s'en vont en soupirant.
Quand ils sont partis, le petit Chose se désespère: «Oh! dès demain, dès demain sans faute, je leur parlerai.».
Et puis le lendemain c'est encore à recommencer.
Enfin, de guerre lasse et sentant bien qu'il n'aura jamais le courage de dire ce qu'il pense aux yeux noirs, le petit Chose se décide à leur écrire… Un soir, il demande de l'encre et du papier, pour une lettre importante, oh! très importante… Les yeux noirs ont sans doute deviné quelle est la lettre dont il s'agit; ils sont si malins, les yeux noirs!… Vite, vite, ils courent chercher de l'encre et du papier, les posent devant le malade, et s'en vont en riant tout seuls.
Le petit Chose se met à écrire; il écrit toute la nuit; puis, quand le matin est venu, il s'aperçoit que cette interminable lettre ne contient que trois mots, vous m'entendez bien; seulement ces trois mots sont les plus éloquents du monde, et il compte qu'ils produiront un très grand effet.
Attention, maintenant… Les yeux noirs, vont venir… Le petit Chose est très ému; il a préparé sa lettre d'avance et se jure de la remettre dès qu'on arrivera… Voici comment cela va se passer. Les yeux noirs entreront, ils poseront le bouillon et le poulet sur la table. «Bonjour, monsieur Daniel!…» Alors, lui, leur dira tout de suite, très courageusement:
«Gentils yeux noirs, voici une lettre pour vous.» Mais chut!… Un pas d'oiseau dans le corridor… Les yeux noirs approchent… Le petit Chose tient la lettre à la main. Son cœur bat; il va mourir…
La porte s'ouvre… Horreur!…
À la place des yeux noirs, paraît la vieille fée, la terrible fée aux lunettes, Le petit Chose n'ose pas demander d'explications; mais il est consterné… Pourquoi ne sont-ils pas revenus?… Il attend le soir avec impatience… Hélas!…
le soir encore, les yeux noirs ne vie
On a chassé les yeux noirs. On les a renvoyés aux Enfants trouvés; où ils resteront enfermés pendant quatre ans, jusqu'à leur majorité… Les yeux noirs volaient du sucre!…
Adieu les beaux jours de l'infirmerie! les yeux noirs s'en sont allés, et pour comble de malheur, voilà les élèves qui revie
On le lave du haut en bas. Les corridors ruissellent d'eau. Férocement, comme toujours, les clefs de M. Viot se démènent. Terrible M. Viot, il a profité des vacances pour ajouter quelques articles à son règlement et quelques clefs à son trousseau. Le petit Chose n'a qu'à bien se tenir.
Chaque jour, il arrive des élèves… Clic! clac! On revoit devant la porte les chars à bancs et les berlines de la distribution des prix. Quelques anciens manquent à l'appel, mais des nouveaux les remplacent. Les divisions se reforment. Cette a
Le pauvre pion tremble déjà. Après tout, qui sait?
Les enfants seront peut-être moins méchants cette a
Le matin de la rentrée, grande musique à la chapelle. C'est la messe du Saint-Esprit… Veni, creator Spiritus!… Voici M. le principal avec son bel habit noir et la petite palme d'argent à la bouto
Derrière lui, se tient l'état-major des professeurs en toge de cérémonie: les sciences ont l'hermine orange; les humanités, l'hermine blanche!'. Le professeur de seconde, un freluquet, s'est permis des gants de couleur tendre et une toque de fantaisie; M. Viot n'a pas l'air content. Veni, creator Spiritus!… Au fond de l'église, pêle-mêle avec les élèves, le petit Chose regarde d'un œil d'envie les toges majestueuses et les palmes d'argent… Quand sera-t-il professeur, lui aussi?… Quand pourra-t-il reconstruire le foyer?
Hélas! avant d'en arriver là, que de temps encore et que de peines! Veni creator Spiritus!… Le petit Chose se sent l'âme triste; l'orgue lui do
Deux jours après la messe du Saint-Esprit, nouvelles sole
Les bouchons sautent. Les yeux flambent. On parle beaucoup… Seul, au milieu de l'animation générale, le petit Chose a l'air préoccupé. Tout à coup on le voit rougir… M. le principal vient de se lever, un papier à la main: «Messieurs, on me remet à l'instant même quelques vers que m'adresse un poète anonyme. Il paraît que notre Pindare ordinaire, M. Viot, a un émule cette a
– Oui, oui… lisez!… lisez!…» Et de sa belle voix des distributions, M. le principal commence la lecture…
C'est un compliment assez bien tourné, plein de rimes aimables à l'adresse du principal et de tous ces messieurs. Une fleur pour chacun. La fée aux lunettes elle-même n'est pas oubliée. Le poète l'appelle «l'ange du réfectoire», ce qui est charmant.
On l'applaudit longuement. Quelques voix demandent l'auteur. Le petit Chose se lève, rouge comme un pépin de grenade, et s'incline avec modestie, Acclamations générales. Le petit Chose devient le héros de la fête. Le principal veut l'embrasser. De vieux professeurs lui serrent la main d'un air entendu.