Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 14 из 66

Cet enragé-là arriva à la Prairie presque en même temps que nous. Seulement il était pâle de fatigue et tirait la jambe à faire pitié.

J'en eus le cœur touché, et, un peu honteux de ma cruauté, je l'appelai près de moi doucement.

Il avait une petite blouse fanée, à carreaux rouges, la blouse du petit Chose, au collège de Lyon.

Je la reco

J'appris sur son compte des choses attendrissantes…

C'était le fils d'un maréchal ferrant qui, entendant vanter partout les bienfaits de l'éducation, se saignait les quatre membres, le pauvre homme! pour envoyer son enfant demi-pensio

Bamban n'était pas fait pour le collège, et il n'y profitait guère.

Le jour de son arrivée, on lui avait do

Perso

Quand il avait terminé une page, il s'empressait de gravir ma chaire à quatre pattes et posait son chef d'œuvre devant moi, sans parler.

Je lui do

De fait, peu à peu, les bâtons commençaient à marcher plus droit, la plume crachait moins, et il y avait moins d'encre sur les cahiers… Je crois que je serais venu à bout de lui apprendre quelque chose; malheureusement, la destinée nous sépara. Le maître des moyens quittait le collège. Comme la fin de l'a

Je considérai cela comme une catastrophe.

D'abord les moyens m'épouvantaient. Je les avais vus à l'œuvre les jours de Prairie, et la pensée que j'allais vivre sans cesse avec eux me serrait le cœur.

Puis il fallait quitter mes petits, mes chers petits que j'aimais tant… Comment serait pour eux le rhétoricien à barbe?… Qu'allait devenir Bamban? J'étais réellement malheureux, Et mes petits aussi se désolaient de me voir partir.

Le jour où je leur fis ma dernière étude, il y eut un moment d'émotion quand la cloche so

Et Bamban?…

Bamban ne parla pas. Seulement, au moment où je sortais, il s'approcha de moi, tout rouge, et me mit dans la main, avec sole

Pauvre Bamban!.

VII LE PION

Je pris donc possession de l'étude des moyens.

Je trouvai là une cinquantaine de méchants drôles, montagnards joufflus de douze à quatorze ans, fils de métayers enrichis, que leurs parents envoyaient au collège pour en faire de petits bourgeois, à raison de cent vingt francs par trimestre.

Grossiers, insolents, orgueilleux, parlant entre eux un rude patois cévenol auquel je n'entendais rien, ils avaient presque tous cette laideur spéciale à l'enfance qui mue, de grosses mains rouges avec des engelures, des voix de jeunes coqs enrhumés, le regard abruti, et par là-dessus l'odeur du collège… Ils me haïrent tout de suite, sans me co

Ah! les cruels enfants, comme ils me firent souffrir!… Je voudrais en parler sans rancune, ces tristesses sont si loin de nous!… Eh bien, non, je ne puis pas; et tenez! à l'heure même où j'écris ces lignes, je sens ma main qui tremble de fièvre et d'émotion. Il me semble que j'y suis encore.

Eux ne pensent plus à moi, j'imagine. Ils ne se souvie

Mes anciens élèves sont des hommes maintenant, des hommes sérieux. Soubeyrol doit être notaire quelque part, là-haut, dans les Céve

Quelquefois, pourtant, quand ils se rencontrent au cercle ou sur la place de l'église, ils se rappellent le bon temps du collège, et alors peut-être il leur arrive de parler de moi.

«Dis donc, greffier, te souviens-tu du petit Eyssette, notre pion de Sarlande, avec ses longs cheveux et sa figure de papier mâché? Quelles bo

Ah! le malheureux pion! vous a-t-il assez fait rire! L'avez-vous fait assez pleurer!… Oui, pleurer!…

Vous l'avez fait pleurer, et c'est ce qui rendait vos farces bien meilleures…

Que de fois, à la fin d'une journée de martyre, le pauvre diable, blotti dans sa couchette, a mordu sa couverture pour que vous n'entendiez pas ses sanglots!…

C'est si terrible de vivre entouré de malveillance, d'avoir toujours peur, d'être toujours sur le qui-vive, toujours méchant, toujours armé, c'est si terrible de punir – on fait des injustices malgré soi -, si terrible de douter, de voir partout des pièges, de ne pas manger tranquille, de ne pas dormir en repos, de se dire toujours, même aux minutes de trêve:

«Ah! mon Dieu!… Qu'est-ce qu'ils vont me faire, maintenant?» Non, vivrait-il cent ans, le pion Daniel Eyssette n'oubliera jamais tout ce qu'il souffrit au collège de Sarlande, depuis le triste jour où il entra dans l'étude des moyens.

Et pourtant – je ne veux pas mentir – j'avais gagné quelque chose à changer d'étude maintenant je voyais les yeux noirs.