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» Aussi, modérant un peu leur rigueur, elles choisirent, pendant un espace de quatre a

» Mais avant d’en arriver là, elles en immolèrent un grand nombre jugés trop faibles pour cette rude besogne. Enfin, après en avoir mis dix à l’épreuve, elles leur firent partager leur lit et leur puissance, à la condition toutefois que, si d’autres hommes plus vigoureux abordaient dans leur port, ils seraient sans pitié passés au fil de l’épée.

» Plus tard, devenues grosses, et ayant do

» Pour que le sexe masculin ne vînt pas un jour à les subjuguer, elles instituèrent une loi horrible qui ne permettait à chaque mère de garder qu’un seul enfant mâle. Tous les autres devaient être étouffés, ou bien échangés et vendus hors du royaume. Ils étaient envoyés en tous lieux, et ceux à qui on les confiait avaient pour instructions formelles de rapporter des filles s’ils pouvaient en trouver en échange, et, dans le cas contraire, de ne pas revenir du moins les mains vides.

» Elles n’auraient même pas consenti à en garder un seul, si elles avaient pu conserver leur peuple sans leur concours. Telle était la pitié, la clémence de ces femmes, qu’elles étaient plus cruelles envers leurs propres fils qu’envers les étrangers. Ceux-ci continuèrent à subir le même sort; seulement la loi fut corrigée en ceci qu’on ne les tua plus indistinctement comme autrefois.

» S’il en arrivait dix, vingt ou un plus grand nombre à la fois, ils étaient empriso

» Un grand nombre d’a

» Son visage était si beau et si séduisant, ses manières et sa tournure si distinguées, son langage si doux et si éloquent, qu’un aspic lui-même se serait arrêté pour l’écouter; si bien qu’on en parla, comme de la chose la plus rare qui fût au monde, à Alexandra, fille d’Orontée, laquelle, quoique courbée sous le nombre des a

» Orontée vivait encore. Toutes celles qui étaient arrivées en ce pays avec elle étaient mortes; mais d’autres étaient nées, et en si grand nombre, que pour chaque dizaine il n’y avait pas même un mari; d’autant plus que les dix chevaliers avaient soin de faire aux arrivants une rude réception.

» Alexandra, désireuse de voir le jouvenceau qu’on lui avait tant vanté, obtint de sa mère, à force de prières, de voir et d’entendre Elban. Quand elle le quitta, elle sentit, à l’oppression qui l’étouffait, qu’elle lui laissait son cœur. Elle se sentit lier sans même essayer de résister, et se trouva prise par son propre priso

» Elban lui dit: “Femme, si la pitié qui règne dans les autres contrées que le soleil dans sa course vagabonde éclaire et colore avait encore quelque pouvoir ici, j’oserais, au nom de la beauté de votre âme dont tout cœur sensible doit s’énamourer, vous demander de me conserver une vie que je serais prêt à répandre ensuite à chaque instant pour vous.

» ”Mais, puisqu’on ces lieux les cœurs humains sont fermés à la pitié hors de toute raison, je ne vous demande pas de me laisser la vie. Je sais bien que mes prières seraient vaines. Je vous demande seulement la faveur de mourir les armes à la main, comme un chevalier que je suis, bon ou mauvais, et non comme un coupable condamné par jugement, ou comme un vil animal voué au sacrifice.”

» La gentille Alexandra, émue de pitié pour le jouvenceau, avait les yeux humides de larmes; elle répondit: “Bien que cette contrée soit plus cruelle que toute autre, je n’admets pas cependant que toutes les femmes y soient des Médées, comme tu le crois; quand bien même elles seraient pis encore, moi seule voudrais faire exception entre toutes les autres.

» ”Et si je me suis montrée jusqu’ici impitoyable et cruelle comme toutes mes compagnes, je puis dire que c’est parce que je n’ai pas eu l’occasion de faire éclater ma pitié. Mais je serais plus enragée qu’un tigre, et j’aurais le cœur plus dur qu’un diamant, si ta beauté, ton courage et ta grâce ne m’avaient enlevé toute ma rudesse.

» ”Si la loi qui a été établie contre les étrangers n’était pas la plus forte, je n’hésiterais pas à racheter, au prix de ma mort, ta vie bien plus méritante que la mie

» ”Cependant je verrai à faire que tu l’obtie

» Alexandra ne répondit à cela que par un profond soupir, et se retira, emportant au cœur mille aiguillons amoureux, dont les blessures étaient inguérissables. Elle s’en vint trouver sa mère, et lui signifia sa volonté de ne pas laisser mourir un chevalier qui paraissait assez fort pour do

» La reine Orontée fit rassembler son conseil, et dit: “Il nous importe de confier la garde de notre port et de nos rivages au meilleur champion que nous puissions trouver. Pour co

» ”Je demande, si cela vous paraît bon comme à moi, qu’à l’avenir tout chevalier que la fortune aura poussé sur notre rivage, puisse, s’il le veut, au lieu d’être immolé tout d’abord, combattre contre nos dix champions. S’il est assez fort pour les vaincre tous, il aura la garde du port et de la population.

» ”Je parle ainsi parce que nous avons en ce moment un priso