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Griffon et Aquilant prirent chacun congé de leurs dames. Celles-ci, quelque douleur qu’elles eussent de ce départ, ne s’y opposèrent cependant pas. Astolphe se dirigea avec eux sur la droite, car ils avaient résolu, avant de retourner en France, d’aller saluer les lieux saints où Dieu s’était fait homme.
Ils auraient pu prendre à gauche où la route eût été plus agréable et plus facile, et ne pas s’éloigner des bords de la mer; ils s’en allèrent pourtant par la droite, où le chemin était affreux et escarpé, mais qui les rapprochait de six journées de marche de la cité sainte de Palestine. On trouve à peine de l’herbe et de l’eau sur cette route; on y manque de tout le reste.
De sorte que, avant de se mettre en route, ils s’approvisio
Ils trouvèrent à l’entrée de la ville un gentil jouvenceau qu’ils co
Ils le trouvèrent occupé à élever une forteresse contre le calife d’Égypte. Son intention était d’entourer la montagne du Calvaire d’un mur de deux milles de long. Ils furent accueillis par lui avec cet empressement qui dénote clairement l’amitié sincère; il les accompagna dans la ville, et leur fit do
Il avait le gouvernement de la ville et y exerçait, au nom de Charles, un juste commandement. Le duc Astolphe lui fit don de ce grand et démesuré géant qui, pour porter des fardeaux, lui valait dix bêtes de somme, tant il était robuste. Astolphe lui do
Sanso
S’étant confessés de leurs fautes à un monastère qui do
Pendant qu’ils appliquaient ainsi leurs âmes pénétrées de dévotion aux cérémonies et aux sacrements religieux, arriva de Grèce un pèlerin co
Le chevalier, pour son malheur, aimait une dame nommée Origile. Il n’y en avait pas une, entre mille, ayant visage plus beau et plus belle prestance. Mais elle était si fourbe et de nature si mauvaise, que vous auriez pu chercher dans toutes les cités et les villas sur la terre ferme, et dans les îles de la mer, sans trouver sa pareille.
Il l’avait laissée dans la cité de Constantin, en proie à une fièvre aiguë et cruelle, et au moment où il revenait, espérant la trouver plus belle que jamais, voilà que le malheureux apprenait qu’elle avait suivi à Antioche un nouvel amant, sous prétexte qu’il ne lui convenait pas, dans un âge si jeune, de dormir seule plus longtemps.
Depuis l’instant où il avait reçu cette triste nouvelle, Griffon soupirait nuit et jour. Tous les plaisirs qui séduisaient et entraînaient ses compagnons lui paraissaient insupportables. Ceux à qui Amour a fait sentir ses rigueurs, savent si ses traits sont de bo
Et cela, parce que son frère Aquilant, plus sage que lui, lui avait mille fois déjà reproché cet amour, et cherché à le lui arracher du cœur, regardant celle qui en était l’objet comme la pire de toutes les femmes qu’on pût trouver. Mais Griffon l’excusait quand son frère la condamnait. La plupart du temps, notre jugement se trompe.
C’est pourquoi il résolut, sans en parler à Aquilant, de s’en aller seul jusqu’à Antioche et d’en ramener celle qui lui avait arraché le cœur de la poitrine. Il brûlait aussi de trouver celui qui la lui avait enlevée, et d’en tirer une telle vengeance qu’on en parlerait toujours. Je dirai, dans l’autre chant, comment il mit son projet à exécution, et ce qui s’ensuivit.
Chant XVI
ARGUMENT. – Griffon rencontre près de Damas Origile et son nouvel amant; il croit à leurs paroles mensongères. – Renaud arrive sous les murs de Paris avec le secours de l’armée anglaise. De part et d’autre se produisent des preuves d’une grande valeur. Grand carnage et graves incendies dans Paris, du fait de Rodomont; Charles y court avec une troupe d’élite.
Les peines d’amour sont cruelles et nombreuses; j’ai souffert la plupart d’entre elles et je les ai pour mon malheur si bien expérimentées, que je puis en parler savamment. C’est pourquoi, si je dis ou si j’ai dit d’autres fois, soit en paroles, soit dans mes écrits, que les unes sont un mal léger, les autres une douleur acerbe et poignante, tenez mon jugement à cet égard pour vrai.
Je dis, j’ai dit et je dirai jusqu’à ce que je cesse de vivre, que celui qui se trouve pris dans des liens honorables, sa dame se montrât-elle entièrement contraire à ses désirs, Amour lui refusât-il toute récompense pour ses soins assidus, dût-il languir jusqu’à en mourir, ne doit pas se plaindre s’il a hautement placé son cœur.
Mais celui-là doit pleurer, qui s’est fait l’esclave de deux beaux yeux, d’une belle chevelure, sous lesquels se cache un cœur pervers, et dont de nombreuses souillures ont terni la pureté. Le malheureux voudrait fuir, et, comme le cerf blessé, il porte le trait mortel partout où il va. Il rougit de lui-même et de son amour; il n’ose pas l’avouer, et il souhaite en vain de guérir.
Le jeune Griffon est dans ce cas. Il ne peut s’amender et il reco
Je dis donc, pour poursuivre cette intéressante histoire, qu’il sortit secrètement de la ville, sans oser en parler à son frère qui l’avait souvent blâmé, mais en vain. Prenant à sa gauche, il se dirigea vers Rama, par le chemin le plus facile et le plus fréquenté. Il arriva en six jours à Damas de Syrie; de là, il partit pour Antioche.
Il rencontra, un peu après avoir quitté Damas, le chevalier à qui Origile avait do