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» Tout ce qu’on peut faire pour le sauver, hors me perdre moi-même, je l’ai fait. J’avais six châteaux en Flandre; je les ai vendus; et le prix, petit ou grand, que j’en ai retiré, je l’ai employé partie à tenter, par l’intermédiaire de perso
» Mes émissaires, soit qu’ils n’aient rien pu, soit qu’ils n’aient pas rempli leur devoir, m’ont fait de belles promesses et ne m’ont point aidée. Ils me méprisent, maintenant qu’ils m’ont soutiré de l’or. Et le terme fatal approche, après lequel ni force ni trésor ne pourront arriver à temps pour arracher mon cher époux à une mort terrible.
» Mon père et mes frères sont morts à cause de lui; c’est à cause de lui que mon royaume m’a été enlevé; pour lui, pour le tirer de prison, j’ai sacrifié les quelques biens qui me restaient, et qui étaient ma seule ressource pour vivre. Il ne me reste plus maintenant qu’à aller me livrer moi-même aux mains d’un si cruel e
» Si donc il ne me reste plus autre chose à faire, et si je n’ai plus d’autre moyen pour le sauver que d’aller offrir ma vie pour lui, offrir ma vie pour lui me sera cher encore. Mais une seule crainte m’arrête: sais-je si je pourrai conclure avec le tyran un pacte assez solide pour qu’une fois qu’il m’aura en son pouvoir, il ne me trompe pas?
» Je crains, quand il me tiendra en cage, et qu’il m’aura fait subir tous les tourments, qu’il ne laisse point pour cela aller Birène, afin de m’ôter la satisfaction de l’avoir délivré. Je périrai, mais sa rage ne sera pas satisfaite s’il me fait périr seule, et, quelque vengeance qu’il ait tirée de moi, il n’en fera pas moins ce qu’il voudra du malheureux Birène.
» Or, la raison qui me porte à conférer avec vous au sujet de mes malheurs, et qui fait que je les expose à tous les seigneurs et à tous les chevaliers qui passent près de nous, est simplement pour que quelqu’un me do
» J’ai prié chaque guerrier que j’ai vu, de m’accompagner quand j’irai me remettre entre les mains du roi de Frise. Mais auparavant j’ai exigé qu’il me promît, qu’il me do
» Jusqu’à ce jour, je n’ai trouvé perso
» Mais si chez vous le courage répond à la fière prestance et à l’aspect herculéen, si vous croyez pouvoir m’arracher à Cimosque dans le cas ou il manquerait à sa promesse, consentez à m’accompagner lorsque j’irai me remettre en ses mains. Si vous êtes avec moi, je ne craindrai plus qu’une fois que je serai morte, mon seigneur meure aussi.»
Ici la damoiselle termina son récit qu’elle avait interrompu souvent par ses larmes et ses soupirs. Dès qu’elle eut fermé la bouche, Roland, qui n’hésita jamais à faire le bien, ne se répandit pas en vaines paroles, car, de sa nature, il n’en abusait pas. Mais il lui promit et lui do
Son intention n’est pas qu’elle aille se remettre aux mains de son e
L’habile pilote dirige sa voile d’un côté et d’autre, à travers les étangs profonds; il longe successivement toutes les îles de la Zélande, découvrant l’une à mesure qu’on dépasse l’autre. Le troisième jour, Roland descend en Hollande; mais il ne laisse pas venir avec lui celle qui est en guerre avec le roi de Frise; Roland veut qu’elle appre
Couvert de ses armes, le paladin s’avance le long du rivage, monté sur un coursier au pelage gris et noir, nourri en Flandre et né en Danemark, et fort et robuste encore plus que rapide. Car, avant de s’embarquer, il avait laissé en Bretagne son destrier, ce Bride d’or si beau et si vaillant, qui n’avait pas d’égal, si ce n’est Bayard.
Roland arrive à Dordrecht, et là il trouve la porte gardée par une nombreuse troupe de gens en armes, ainsi qu’on fait toujours pour maintenir une ville suspecte, et surtout quand elle est nouvellement conquise. On venait du reste de recevoir la nouvelle qu’un cousin du priso
Roland prie un des gardes d’aller dire au roi qu’un chevalier errant désire se mesurer avec lui à la lance et à l’épée; mais qu’il veut qu’entre eux un pacte soit auparavant conclu: si le roi renverse celui qui l’a défié, on lui livrera la dame qui a tué Arbant, car le chevalier la tient à sa disposition dans un endroit peu éloigné, de manière à pouvoir la lui livrer.
En revanche, il veut que le roi promette, s’il est vaincu dans le combat, de mettre immédiatement Birène en liberté et de le laisser aller où il voudra. Le soldat remplit en toute hâte son ambassade, mais le roi, qui ne co
Il pense qu’en s’emparant du chevalier, il aura par-dessus le marché la dame qui l’a si fort outragé, si elle est véritablement à sa disposition et si le soldat a bien entendu. Par divers sentiers aboutissant à d’autres portes que celle où il était attendu, il fait sortir trente hommes, qui, après un long détour et en se cachant, vont s’embusquer derrière le paladin.
En attendant, le traître fait engager des pourparlers, jusqu’à ce qu’il ait vu les cavaliers et les fantassins arrivés à l’endroit où il veut. Ensuite, il sort lui-même par la porte à la tête d’un nombre égal de soldats. Comme le chasseur expérimenté a coutume de cerner les bois de tous côtés, ou comme, près du Volano [55], le pêcheur entoure les poissons d’un long filet,
De même, le roi de Frise prend ses mesures pour que le chevalier ne puisse fuir par aucun côté. Il veut le prendre vivant et non d’une autre façon. Et il croit le faire si facilement, qu’il n’apporte pas avec lui cette foudre terrestre, avec laquelle il fait de si nombreuses victimes, car ici elle ne lui semble pas nécessaire, puisqu’il veut faire un priso
Comme le rusé oiseleur, qui conserve vivants les premiers oiseaux pris, afin d’en attirer par leur jeu et par l’appeau une plus grande quantité, ainsi voulait faire en cette circonstance le roi Cimosque. Mais Roland n’était pas un de ces oiseaux qui se laissent prendre du premier coup, et il eut bien vite rompu le cercle qu’on avait fait autour de lui.