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» “Et moi – lui répondit Ariodant – je m’éto
» ”Pourquoi donc n’as-tu pas pour moi, pour notre amitié, les mêmes égards que tu prétends que je devrais avoir pour toi, et que j’aurais, en effet, si tu étais plus avant que moi dans son affection? N’espère pas davantage l’avoir pour femme, bien que tu sois le plus riche dans cette cour. Je ne suis pas moins que toi cher au roi, mais, plus que toi, je suis aimé de sa fille.”
» “Oh! – lui dit le duc – grande est l’erreur qui t’a conduit à un fol amour. Tu crois être plus aimé; je crois la même chose. Mais on peut en juger par le résultat. Dis-moi franchement ce que tu as dans le cœur, et moi, je te dirai mon secret en entier; et celui de nous qui paraîtra le moins favorisé, cédera au vainqueur et cherchera à se pourvoir ailleurs.
» ”Et je n’hésite pas à te jurer que jamais je ne dirai mot de ce que tu m’auras révélé; de même, je désire que tu me do
» Et dit, loyalement et droitement, comment entre Ginevra et lui les choses s’étaient passées; qu’elle lui avait juré, de vive voix et par écrit, qu’elle ne serait jamais la femme d’un autre, mais bien la sie
» Et que lui, Ariodant, grâce à la valeur qu’il avait montrée à plus d’une reprise dans les combats, et qui avait tourné à la gloire, à l’ho
» Puis il dit: “J’en suis à ce point, et je ne crois pas que perso
» Après qu’Ariodant eut exposé avec sincérité ce qu’il attendait comme prix de ses soins, Polinesso, qui déjà s’était proposé de rendre Ginevra odieuse à son amant, commença ainsi: “Tu es de beaucoup distancé par moi, et je veux que tu l’avoues toi-même, et qu’après avoir vu la source de mon bonheur, tu confesses que moi seul suis heureux.
» ”Elle dissimule avec toi; elle ne t’aime ni ne t’estime, et tu te repais d’espérance et de paroles. En outre, elle ne manque pas de se railler de ton amour toutes les fois qu’elle s’entretient avec moi. J’ai de sa tendresse pour moi une bien autre preuve que des promesses ou de simples bagatelles. Et je te la dirai sous la foi du secret, bien que je fisse mieux de me taire.
» ”Il ne se passe pas de mois, sans que trois, quatre, six et quelquefois dix nuits, je ne me trouve nu dans ses bras, partageant avec elle ce plaisir qu’on goûte dans une amoureuse ardeur. Par là, tu peux voir si à mon bonheur doivent se comparer les babioles que tu do
» “En cela je ne veux pas te croire – lui répondit Ariodant – et je suis certain que tu mens. Tu as imaginé en toi-même tous ces mensonges, afin de m’effrayer et de me détourner de mon entreprise. Mais comme ils sont par trop injurieux pour Ginevra, il faut que tu soutie
» Le duc repartit: “Il ne serait pas juste que nous en vinssions à bataille pour une chose que je puis, quand il te plaira, te faire voir de tes propres yeux.” À ces mots, Ariodant reste éperdu; un frisson lui parcourt tout le corps; il tremble, et s’il eût cru complètement à ce qu’on lui avait dit, il en serait mort sur-le-champ.
» Le cœur brisé, le visage pâle, la voix tremblante et l’amertume à la bouche, il répondit: “Quand tu m’auras fait voir une si éto
» “Quand il en sera temps, je t’avertirai – répliqua Polinesso.” Et ils se séparèrent. Je crois qu’il ne se passa pas plus de deux nuits sans que j’ordo
» Et il lui indiqua un endroit juste en face du balcon par lequel il avait l’habitude de monter. Ariodant le soupço
» Il résolut toutefois d’y aller, mais de façon à être aussi fort que son rival, et, dans le cas où il serait assailli, de n’avoir pas à craindre la mort. Il avait un frère prudent et courageux, le plus renommé de toute la cour pour son adresse aux armes et nommé Lurcanio. L’ayant avec lui, il était plus rassuré que s’il avait eu dix autres compagnons.
» Il l’appelle, lui dit de prendre ses armes, et l’emmène avec lui, sans lui avoir confié son secret, car il ne l’avait dit ni à lui ni à aucun autre. Il le place à un jet de pierre loin de lui: “Si tu m’entends appeler – lui dit-il – accours; mais si tu ne m’entends pas t’appeler, ne bouge pas de là si tu m’aimes.”
» “Va toujours et ne crains rien – dit son frère.” Rassuré, Ariodant s’en vient alors et se cache dans une maison solitaire, située en face de mon balcon secret. D’un autre côté s’avance le trompeur, le traître, tout joyeux de couvrir Ginevra d’infamie. Il me fait le signe entre nous convenu d’avance, à moi qui de sa fourberie étais tout à fait ignorante.
» Et moi, avec une robe blanche ornée tout autour de la taille de bandes d’or, ayant sur la tête un filet d’or surmonté de belles fleurs vermeilles, – à la façon dont Ginevra seule avait coutume d’en porter, – dès que j’eus entendu le signal, je parus sur le balcon qui était placé de façon qu’on me découvrait en face et de tous côtés.
» Lurcanio, sur ces entrefaites, craignant que son frère ne soit en péril, ou poussé par ce désir commun à tous, de chercher à savoir les affaires d’autrui, l’avait suivi tout doucement, se tenant dans l’ombre et le chemin le plus obscur, et s’était caché à moins de dix pas de lui, dans la même maison.
» Moi, qui ne savais rien de toutes ces choses, je vins au balcon, sous les habits que j’ai déjà dits, ainsi que j’y étais déjà venue une ou deux fois sans qu’il en fût rien résulté de fâcheux. Mes vêtements se voyaient distinctement à la clarté de la lune, et comme je suis d’aspect à peu près semblable à Ginevra, on pouvait facilement nous prendre l’une pour l’autre;