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» La justice du roi, qui m’accorda le combat, le bon droit et, en outre du bon droit, la fortune, qui do

» Je n’ai pas voulu le tuer ni le laisser mettre à mort; mais, comme tu vois, je résolus de te l’amener enchaîné, car je pense que c’est à toi de le juger et de dire s’il doit mourir ou subir tout autre châtiment. J’avais entendu raconter que tu étais auprès de Charles, et je m’y rendais dans le désir de t’y retrouver. Je rends grâces à Dieu, qui m’a fait te rencontrer ici, au moment où je l’espérais le moins.

» Je lui rends grâce aussi de voir près de toi ton Isabelle, – je ne sais comment elle y est, – car je craignais bien que, par suite du crime de ce félon, tu n’entendisses jamais plus parler d’elle.» Zerbin avait écouté Almonio sans prononcer un seul mot et les yeux toujours fixés sur Odoric. Il éprouvait moins de haine contre lui que de chagrin de ce qu’une telle amitié eût fini si mal.

Après qu’Almonio eut terminé son récit, Zerbin resta longtemps silencieux, tout épouvanté qu’un homme qui n’avait jamais failli dans d’autres occasions eût pu commettre une si manifeste trahison. Enfin, sortant de sa longue rêverie, il demanda en soupirant au priso

Le déloyal se laissa tomber, les deux genoux à terre, et dit: «Mon seigneur, tout homme en ce monde est sujet au péché et à l’erreur. La seule différence qui existe entre le bon et le méchant, c’est que l’un cède devant le plus petit désir qui vient l’assaillir, tandis que l’autre se défend et résiste, et ne succombe que si la séduction devient par trop forte.

» Si tu m’avais confié la défense d’un de tes châteaux, et qu’au premier assaut j’eusse, sans faire de résistance, laissé planter les ba

» Plus l’e

Ainsi dit Odoric; puis il ajouta d’autres excuses trop longues pour vous les raconter toutes. Il chercha à montrer qu’il avait été poussé par un entraînement fatal et non par une fantaisie légère. Si jamais prières eurent le pouvoir d’apaiser la colère, si l’humilité du langage obtint jamais un résultat, ce dut être en ce moment, car Odoric trouva des accents capables d’émouvoir le cœur le plus dur.

Zerbin hésite; doit-il ou non tirer vengeance d’une telle injure? Il sent que le crime du félon mérite la mort; mais le souvenir de l’étroite amitié qui les a si longtemps unis tempère, par la pitié, la colère dont son cœur est embrasé, et réclame merci pour le coupable.

Pendant que Zerbin était ainsi en suspens et se demandait s’il devait rendre la liberté à Odoric, l’emmener captif pour le retenir dans les tourments, ou se débarrasser par la mort de la vue du traître, le palefroi auquel Mandricard avait enlevé la bride vint à passer, he

Le palefroi, ayant entendu de loin he

Zerbin fait arrêter la vieille en attendant qu’il ait décidé ce qu’il en devait faire. Il songe d’abord à lui couper le nez et les deux oreilles, pour servir d’exemple aux malfaiteurs; puis il lui paraît préférable de do

Il se tourne vers ses compagnons et dit: «Je suis heureux de pouvoir laisser la vie à ce félon, car, s’il ne mérite point un pardon complet, il ne mérite pas non plus un châtiment aussi terrible que la mort. Qu’il vive et qu’on le délie, j’y consens; son crime lui fut inspiré par l’amour, et les fautes que fait commettre l’amour peuvent facilement s’excuser.

» Amour a souvent troublé des esprits plus sains que ne l’avait celui-ci, et les a poussés à de bien plus grands excès que l’outrage dont nous avons tous été victimes. C’est moi qui devrais être puni d’avoir été assez aveugle pour lui confier une semblable mission, sans songer que le feu allume facilement la paille.»

Puis, regardant Odoric: «Je veux, – lui dit-il, – qu’en punition de ta faute, tu aies pendant un an cette vieille pour compagne; tu ne pourras la quitter un seul instant, ni jour ni nuit, où que tu ailles, où que tu t’arrêtes. Enfin tu devras la défendre contre quiconque voudrait lui faire outrage.

» Je veux que, si elle te l’ordo

La vieille a trahi tant de dames et tant de chevaliers, elle en a tant et tant outragé, que celui qui devra l’accompagner ne pourra rencontrer de chevalier errant sans avoir à soutenir une lutte. Ainsi, ils seront punis tous les deux: elle, de ses anciens forfaits; lui, en étant obligé de prendre injustement sa défense. Il ne pourra rester ainsi longtemps sans recevoir la mort.

Zerbin exigea d’Odoric un serment sole

Corrèbe, aidé d’Almonio, délia le traître, mais sans se presser. L’un et l’autre regrettaient de voir échapper ainsi une vengeance après laquelle ils avaient longtemps soupiré. Enfin le félon partit en compagnie de la vieille maudite. On ne lit pas dans Turpin ce qu’il en advint; mais j’ai trouvé, depuis, un auteur qui en a écrit plus long.

Cet auteur, dont je tairai le nom, écrit qu’après avoir marché pendant une journée à peine, Odoric, pour se débarrasser de sa gênante compagne, mit, en dépit de son serment et du pacte conclu, un lacet au cou de Gabrine, et la laissa pendue à un orme. Il ajoute que, moins d’un an après, Almonio lui fit subir le même traitement, mais il ne dit pas en quel lieu.

Zerbin, qui suivait la trace du paladin et ne voulait pas la perdre, envoie alors de ses nouvelles à son armée, qui devait être fort inquiète à son sujet. Il charge Almonio de ce message, en lui faisant force recommandations qu’il serait trop long de raconter. Il fait d’abord partir Almonio, puis il envoie également Corrèbe, et ne garde perso