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Chant XXIII
ARGUMENT. – Bradamante fait la rencontre d’Astolphe qui lui confie Rabican et part sur l’hippogriffe. Bradamante va à Montauban, et croyant que Roger est à Vallombreuse, elle lui envoie, par une de ses damoiselles, Frontin richement harnaché. En chemin, la damoiselle trouve Rodomont qui lui enlève le cheval. – Zerbin et Gabrine arrivent à Hauterive, château des comtes de Poitiers, où la méchante vieille accuse Zerbin du meurtre de Pinabel. L’i
Que chacun s’efforce de rendre service à son prochain; il est rare qu’une bo
Voyez ce qui arriva à Pinabel pour s’être comporté d’une façon inique: il finit par recevoir le juste châtiment de sa perversité, et Dieu qui, le plus souvent, ne peut consentir à voir souffrir à tort un i
Pinabel pensait avoir mis naguère cette damoiselle à mort, et la croyait profondément ensevelie; il ne s’attendait pas à la revoir jamais, et encore moins à recevoir d’elle le prix de ses crimes. Il ne lui servit de rien non plus de se tenir enfermé dans le château de son père, à Hauterive, situé près du territoire de Poitiers, au milieu de montagnes sauvages.
Le vieux comte Anselme tenait ce castel d’Hauterive; c’était de lui que sortait ce traître qui, pour échapper à la vengeance des Clermont, n’eut pas même le secours d’une main amie. Bradamante, au pied d’une montagne, lui arracha sans peine son indigne vie, car il ne sut se défendre qu’en poussant des cris de terreur et en demandant merci.
Dès qu’elle eut do
Ne sachant où elle pourrait passer la nuit ailleurs, elle s’arrête en cet endroit, sous la feuillée et sur l’herbe nouvelle, jusqu’à ce que le jour revie
Parfois elle pousse de profonds soupirs de regrets et de douleur, en songeant que chez elle la colère l’a emporté sur l’amour. «La colère, – disait-elle, – m’a séparée de mon amant. Si, du moins, j’avais su marquer ma route, j’aurais pu retourner à l’endroit d’où j’étais venue, après avoir accompli mon entreprise vengeresse. Mais ma mémoire et mes yeux m’ont fait défaut.»
Elle se dit cela, et d’autres choses encore; ses pensées tumultueuses se pressent en foule dans son cœur, et ses soupirs et ses larmes forment une tempête de douleur. Après une longue attente, elle voit enfin poindre à l’orient l’aurore désirée; elle prend son destrier, qui paissait aux alentours, et elle marche à l’opposé du soleil.
Au bout de quelques pas elle sort du bois, à l’endroit même où s’élevait auparavant le château où, pendant tant de jours, le méchant magicien l’avait tenue dans une erreur si grande. Là, elle trouve Astolphe, qui avait enfin réussi à trouver une bride pour l’hippogriffe, et qui était fort en peine de Rabican, ne sachant à qui le confier.
Le hasard fait que le paladin a ôté son casque, de sorte qu’à peine sortie de la forêt, Bradamante reco
Astolphe ne pouvait mieux confier Rabican qu’à la fille du duc de Dordogne, car il était certain qu’elle en aurait grand soin et qu’elle le lui rendrait aussitôt qu’il serait de retour. Il lui sembla que c’était Dieu qui la lui envoyait. Il la revoyait toujours avec plaisir, mais le besoin qu’il en avait lui fit trouver cette rencontre encore plus agréable.
Après qu’ils se furent deux ou trois fois embrassés comme deux frères, et qu’ils se furent affectueusement demandé de leurs nouvelles, Astolphe dit: «Maintenant, si je veux visiter le pays des oiseaux, il ne me faut pas tarder plus longtemps.» Et, racontant son projet à la dame, il lui fit voir le destrier ailé.
Bradamante n’éprouve pas une grande surprise en voyant ce destrier déployer ses ailes. L’enchanteur Atlante le montait lorsqu’elle combattit contre lui et qu’elle lui fit verser tant de larmes. Elle l’avait également suivi des yeux, le jour où Roger fut emporté loin d’elle par un chemin long et étrange.
Astolphe lui dit qu’il veut lui confier Rabican, plus léger à la course que la flèche échappée de l’arc; il lui laisse également toutes ses armes, et la prie de les garder jusqu’à son retour, où il ira les lui réclamer à Montauban, car, pour le moment, elles ne lui font nullement besoin.
Voulant s’en aller en volant par les airs, il doit en effet se faire le plus léger possible. Il garde seulement son épée et son cor, bien que le cor seul eût suffi pour le préserver de tout péril. Bradamante reçoit aussi la lance que porta jadis le fils de Galafron, et qui fait vider la selle à tous ceux qu’elle frappe.
Astolphe, monté sur le destrier volant, s’élève d’abord lentement dans les airs, puis il le chasse si fort qu’au bout d’un moment Bradamante le perd de vue. Ainsi fait au départ, sous la conduite du pilote, le nocher qui craint les écueils et le vent; puis, quand il a laissé derrière lui le port et le rivage, il déploie toutes les voiles et devance le vent.
Après le départ du duc, la dame reste en grand travail d’esprit. Elle ne sait comment ramener à Montauban les armes et le coursier de son parent. Dans l’ardent désir qui la pousse de revoir Roger, elle se demande si elle ne doit pas d’abord aller à Vallombreuse, où elle pense le retrouver, à moins qu’elle ne le rencontre auparavant en route.
Pendant qu’elle est indécise, elle voit venir à elle un paysan. Elle lui fait placer de son mieux l’armure sur le dos de Rabican, puis elle lui confie le soin de mener derrière elle les deux chevaux, l’un chargé et l’autre la selle vide, car avant de recevoir en dépôt le cheval d’Astolphe elle en avait deux: celui sur lequel elle était montée, et celui qu’elle avait enlevé à Pinabel.
Elle se décide à aller à Vallombreuse, où elle espère trouver son cher Roger; mais elle ne sait pas quel est le chemin le plus direct et le meilleur, et elle craint de se tromper. Le paysan ne co