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– J’ai froid, dit-elle en se levant et s’enveloppant de son châle trop étroitement pour que je pusse reprendre son bras. Tu te souviens de ce verset de l’Écriture, qui nous inquiétait et que nous craignions de ne pas bien comprendre: «Ils n’ont pas obtenu ce qui leur avait été promis, Dieu nous ayant réservés pour quelque chose de meilleur…»
– Crois-tu toujours à ces paroles?
– Il le faut bien. Nous marchâmes quelques instants l’un près de l’autre, sans plus rien dire. Elle reprit:
– Imagines-tu cela, Jérôme: le meilleur! Et brusquement les larmes jaillirent de ses yeux, tandis qu’elle répétait encore: le meilleur!
Nous étions de nouveau parvenus à la petite porte du potager par où, tout à l’heure, je l’avais vue sortir. Elle se retourna vers moi:
– Adieu! fit-elle. Non, ne viens pas plus loin. Adieu, mon bien-aimé. C’est maintenant que va commencer… le meilleur.
Un instant elle me regarda, tout à la fois me retenant et m’écartant d’elle, les bras tendus et les mains sur mes épaules, les yeux emplis d’un indicible amour…
Dès que la porte fut refermée, dès que je l’eus entendue tirer le verrou derrière elle, je tombai contre cette porte, en proie au plus excessif désespoir et restai longtemps pleurant et sanglotant dans la nuit.
Mais la retenir, mais forcer la porte, mais pénétrer n’importe comment dans la maison, qui pourtant ne m’eût pas été fermée, non, encore aujourd’hui que je reviens en arrière pour revivre tout ce passé… non, cela ne m’était pas possible, et ne m’a point compris jusqu’alors celui qui ne me comprend pas à présent.
Une intolérable inquiétude me fit écrire à Juliette quelques jours plus tard. Je lui parlai de ma visite à Fongueusemare et lui dis combien m’alarmaient la pâleur et la maigreur d’Alissa; je la suppliais d’y prendre garde et de me do
Moins d’un mois après, je reçus la lettre que voici:
Mon cher Jérôme,
Je viens t’a
Mon cher Jérôme, je sais le profond chagrin que te causera ce deuil, et je t’écris le cœur navré. J’ai dû m’aliter depuis deux jours et j’écris difficilement, mais ne voulais laisser perso
Quelques jours après, j’appris qu’Alissa laissait Fongueusemare à son frère, mais demandait que tous les objets de sa chambre et quelques meubles qu’elle indiquait fussent envoyés à Juliette. Je devais recevoir prochainement des papiers qu’elle avait mis sous pli cacheté à mon nom. J’appris encore qu’elle avait demandé qu’on lui mît au cou la petite croix d’améthyste que j’avais refusée à ma dernière visite, et je sus par Édouard que cela avait été fait.
Le pli cacheté que le notaire me renvoya contenait le journal d’Alissa. J’en transcris ici nombre de pages. – Je les transcris sans commentaires. Vous imaginerez suffisamment les réflexions que je fis en les lisant et le bouleversement de mon cœur que je ne pourrais que trop imparfaitement indiquer.
Journal d’Alissa
Aigues-Vives.
Avant-hier, départ du Havre; hier, arrivée à Nîmes; mon premier voyage! N’ayant aucun souci du ménage ni de la cuisine, dans le léger désœuvrement qui s’ensuit, ce 23 mai 188., jour a
24 mai.
Juliette sommeille sur une chaise longue près de moi – dans la galerie ouverte qui fait le charme de cette maison à l’italie
… Édouard Teissières a fait visiter hier, à mon père, le jardin, la ferme, les celliers, les vignobles, pendant que je restais auprès de Juliette, – de sorte que ce matin, de très bo