Страница 12 из 31
– Et qu’a-t-elle dit?
Je baissai la tête; j’aurais voulu ne pas répondre. Plus confusément encore et comme malgré moi:
– Elle a refusé de se fiancer.
– Eh bien! elle a raison, cette petite! s’écria ma tante. Vous avez tout le temps, parbleu…
– Oh! ma tante, laissons cela, dis-je en tâchant en vain de l’arrêter.
– D’ailleurs, cela ne m’éto
Je ne sais ce qui me prit alors; énervé sans doute par cet interrogatoire, il me sembla soudain que mon cœur crevait; comme un enfant, je laissai rouler mon front sur les genoux de la bo
– Ma tante, non, vous ne comprenez pas, m’écriai-je. Elle ne m’a pas demandé d’attendre…
– Quoi donc! Elle t’aurait repoussé? dit-elle avec un ton de commisération très doux en me relevant le front de la main.
– Non plus… non, pas précisément.
Je secouai la tête tristement.
– As-tu peur qu’elle ne t’aime plus?
– Oh! non; ce n’est pas cela que je crains.
– Mon pauvre enfant, si tu veux que je te compre
J’étais honteux et désolé de m’être laissé aller à ma faiblesse; ma tante restait sans doute incapable d’apprécier les raisons de mon incertitude; mais, si quelque motif précis se cachait derrière le refus d’Alissa, ma tante, en l’interrogeant doucement, m’aiderait peut-être à le découvrir. Elle y vint d’elle-même bientôt:
– Écoute, reprit-elle: Alissa doit venir demain matin arranger avec moi l’arbre de Noël; je verrai bien vite de quoi il retourne; je te le ferai savoir au déjeuner, et tu comprendras, j’en suis sûre, qu’il n’y a pas de quoi t’alarmer.
J’allai dîner chez les Bucolin. Juliette, souffrante en effet depuis quelques jours, me parut changée; son regard avait pris une expression un peu farouche et presque dure, qui la faisait différer encore plus qu’auparavant de sa sœur. À aucune d’elles deux je ne pus parler en particulier ce soir-là; je ne le souhaitais point, du reste, et, comme mon oncle se montrait fatigué, je me retirai peu de temps après le repas.
L’arbre de Noël que préparait ma tante Plantier réunissait chaque a
J’allai d’abord chez les Bucolin, désireux de revoir Juliette; j’appris qu’Abel m’avait devancé auprès d’elle, et, craignant d’interrompre une conversation décisive, je me retirai aussitôt, puis j’errai sur les quais et dans les rues jusqu’à l’heure du déjeuner.
– Gros bêta! s’écria ma tante quand je rentrai, est-il permis de se gâter ainsi la vie! Il n’y a pas un mot de raiso
Ma tante continuait; mais je n’écoutais plus; une seule chose m’importait: Alissa refusait de se marier avant sa sœur. – Mais Abel n’était-il pas là! il avait donc raison, ce grand fat: du même coup, comme il disait, il allait décrocher nos deux mariages…
Je cachai de mon mieux à ma tante l’agitation dans laquelle cette révélation pourtant si simple me plongeait, ne laissant paraître qu’une joie qui lui parut très naturelle et qui lui plaisait d’autant plus qu’il semblait qu’elle me l’eût do
– Hein! qu’est-ce que je te disais! s’écria-t-il en m’embrassant, dès que je lui eus fait part de ma joie. – Mon cher, je peux déjà t’a
Ce n’était que vers la fin du jour qu’on devait illuminer l’arbre de Noël et qu’enfants, parents et amis allaient se réunir autour. Désœuvré, plein d’angoisse et d’impatience, après avoir laissé Abel, pour tromper mon attente je me lançai dans une longue course sur la falaise de Sainte-Adresse, m’égarai, fis si bien que, lorsque je rentrai chez ma tante Plantier, la fête était depuis quelque temps commencée.
Dès le vestibule, j’aperçus Alissa; elle semblait m’attendre et vint aussitôt vers moi. Elle portait au cou, dans l’échancrure de son corsage clair, une ancie
– Pourquoi viens-tu si tard? me dit-elle d’une voix oppressée et rapide. J’aurais voulu te parler.
– Je me suis perdu sur la falaise… Mais tu es souffrante… Oh! Alissa, qu’est-ce qu’il y a?
Elle resta un instant devant moi comme interdite et les lèvres tremblantes; une telle angoisse m’étreignait que je n’osais l’interroger; elle posa sa main sur mon cou comme pour attirer mon visage. Je croyais qu’elle voulait parler; mais à ce moment des invités entrèrent; sa main découragée retomba…