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Le courrier, homme vigoureux et résolu, dit au Squelette en levant le manche de son fouet:

– Si tu ne lâches pas la bride de mon cheval, je te coupe la figure…

– Toi… méchant mufle?

– Oui… Je vais au pas, je crie: «Gare!», tu n’as pas le droit de m’arrêter. La voiture de monseigneur arrive derrière moi… j’entends déjà les fouets… Laissez-moi passer.

– Ton seigneur? dit le Squelette. Qu’est-ce que ça me fait à moi, ton seigneur?… Je l’estourbirai si ça me plaît. Je n’en ai jamais refroidi, de seigneurs… et ça m’en do

– Il n’y a plus de seigneurs… Vive la Charte! cria Tortillard; et, tout en fredo

Depuis quelque temps le coupé du prince, attelé de quatre chevaux de poste, n’allait qu’au pas, et un des deux valets de pied en deuil (à cause de la mort de Sarah), assis sur le siège de derrière, était même prudemment descendu, se tenant à une des portières, la voiture étant très-basse. Les postillons criaient: «Gare!» et avançaient avec précaution.

Rodolphe, vêtu du grand deuil comme sa fille, dont il tenait une des mains dans les sie

– Tu ne m’en veux pas de t’avoir fait lever de si bo

– Oh! non, mon père; cette matinée est si belle!…

– C’est que j’ai pensé, vois-tu, que notre journée serait mieux coupée en partant de bo

– Bon père… c’est moi… toujours moi qui vous préoccupe…

– Oui, mademoiselle… et, sans reproche… il est impossible d’avoir aucune autre pensée… dit le prince en souriant; puis il ajouta avec un élan de tendresse: Oh! je t’aime tant… je t’aime tant!… Ton front… vite…

Fleur-de-Marie s’inclina vers son père, et Rodolphe posa ses lèvres avec délices sur son front charmant.

C’était à cet instant que la voiture, approchant de la foule, avait commencé de marcher très-lentement.

Rodolphe, éto

– Eh bien! Frantz… qu’y a-t-il? quel est ce tumulte?

– Monseigneur, il y a tant de foule… que les chevaux ne peuvent plus avancer.

– Et pourquoi cette foule?

– Monseigneur…

– Eh bien?

– C’est que Votre Altesse…

– Parle donc…

– Monseigneur… je viens d’entendre dire qu’il y a là-bas… une exécution à mort.

– Ah! c’est affreux! s’écria Rodolphe en se rejetant au fond de la voiture.

– Qu’avez-vous; mon père? dit vivement Fleur-de-Marie avec inquiétude.

– Rien… rien… mon enfant.

– Mais ces cris menaçants… entendez-vous? ils approchent… Qu’est-ce que cela, mon Dieu?

– Frantz, ordo

– Monseigneur, il est trop tard… nous voilà dans la foule… On arrête les chevaux… des gens de mauvaise mine…

Le valet de pied ne put parler davantage. La foule, exaspérée par les forfanteries sanguinaires du Squelette et de Nicolas, entoura tout à coup la voiture en vociférant. Malgré les efforts, les menaces des postillons, les chevaux furent arrêtés, et Rodolphe ne vit de tous côtés, au niveau des portières, que des visages horribles, furieux, menaçants, et, les dominant de sa grande taille, le Squelette, qui s’avança à la portière.

– Mon père… prenez garde! s’écria Fleur-de-Marie en jetant ses bras autour du cou de Rodolphe.

– C’est donc vous qui êtes le seigneur? dit le Squelette en avançant sa tête hideuse jusque dans la voiture.

À cette insolence, Rodolphe, sans la présence de sa fille, se fût livré à la violence de son caractère; mais il se contint et répondit froidement:

– Que voulez-vous? Pourquoi arrêtez-vous ma voiture?

– Parce que cela nous plaît, dit le Squelette en mettant ses mains osseuses sur le rebord de la portière… Chacun son tour… hier tu écrasais la canaille… aujourd’hui la canaille t’écrasera si tu bouges.

– Mon père… nous sommes perdus! murmura Fleur-de-Marie à voix basse.

– Rassure-toi… je comprends…, dit le prince; c’est le dernier jour de carnaval… Ces gens sont ivres… je vais m’en débarrasser.

– Il faut le faire descendre… et sa largue aussi…, cria Nicolas. Pourquoi qu’ils écrasent le pauvre monde!

– Vous me paraissez avoir déjà beaucoup bu, et avoir envie de boire encore, dit Rodolphe en tirant une bourse de sa poche. Tenez… voilà pour vous… ne retenez pas ma voiture plus longtemps, et il jeta sa bourse.

Tortillard l’attrapa au vol.

– Au fait, tu pars en voyage, tu dois avoir les goussets garnis; aboule encore de l’argent, ou je te tue… Je n’ai rien à risquer… je te demande la bourse ou la vie en plein soleil… C’est farce! dit le Squelette complètement ivre de vin et de rage sanguinaire.

Et il ouvrit brusquement la portière.