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– Ah! monsieur, que de bontés!

– Je voudrais plus souvent récompenser votre zèle, mon cher ami; mais marquez le sujet, prenez possession… il y a tant de gaillards âpres à la curée… Et le docteur passa outre.

L’élève, à l’aide d’un scalpel, incisa très-délicatement un F et un D (François Dunoyer) sur le bras de l’actrice défunte [11], pour prendre possession, comme disait le docteur.

Et la visite continua.

– La Lorraine, dit tout bas Jea

– Ce sont des élèves et des étudiants.

– Oh! mon Dieu, est-ce que tous ces jeunes gens seront là lorsque le médecin va m’interroger et me regarder?

– Hélas! oui.

– Mais c’est à la poitrine que j’ai mal… On ne m’examinera pas devant tous ces hommes?

– Si, si, il le faut, ils le veulent. J’ai assez pleuré la première fois, je mourais de honte. Je résistais, on m’a menacée de me renvoyer. Il a bien fallu me décider; mais cela m’a fait une telle révolution, que j’en ai été bien plus malade. Jugez donc, presque nue devant tant de monde, c’est bien pénible, allez!

– Devant le médecin lui seul, je comprends ça, si c’est nécessaire, et encore ça coûte beaucoup. Mais, pourquoi devant tous ces jeunes gens?…

– Ils appre

– Ah! je comprends, dit Jea

– Si elle venait ici, il faudrait bien qu’elle se résignât comme les autres, comme vous, comme moi; mais taisons-nous, dit la Lorraine. Si cette pauvre demoiselle qui est là en face vous entendait, elle qui, dit-on, était riche, elle qui n’a peut-être jamais quitté sa mère, ça va être son tour. Jugez comme elle va être confuse et malheureuse.

– C’est vrai, mon Dieu! c’est vrai; je frisso

– Silence, Jea

VIII Mademoiselle de Fermont

Après avoir rapidement visité plusieurs malades qui ne lui offraient rien de curieux et d’attachant, le docteur Griffon arriva enfin auprès de Jea

À la vue de cette foule empressée qui, avide de voir et de savoir, de co

La figure sévère et méditative du docteur Griffon, son regard pénétrant, son sourcil toujours froncé par l’habitude de la réflexion, sa parole brusque, impatiente et brève, augmentaient encore l’effroi de Jea

– Un nouveau sujet! dit le docteur en parcourant la pancarte où était inscrit le genre de maladie de l’entrante. Après quoi il jeta sur Jea

Il se fit un profond silence pendant lequel les assistants, à l’imitation du prince de la science, attachèrent curieusement leurs regards sur la malade.

Celle-ci, pour se dérober autant que possible à la pénible émotion que lui causaient tous ces yeux fixés sur elle, ne détacha pas les siens de ceux du médecin, qu’elle contemplait avec angoisse.

Après plusieurs minutes d’attention, le docteur, remarquant quelque chose d’anormal dans la teinte jaunâtre du globe de l’œil de la patiente, s’approcha plus près d’elle et, du bout du doigt, lui retroussant la paupière, il examina silencieusement le cristallin.

Puis, plusieurs élèves, répondant à une sorte d’invitation muette de leur professeur, allèrent tour à tour observer l’œil de Jea

Ensuite le docteur procéda à cet interrogatoire:

– Votre nom?

– Jea

– Votre âge?

– Trente-six ans et demi.

– Plus haut donc. Le lieu de votre naissance?

– Paris.

– Votre état?

– Ouvrière frangeuse.

– Êtes-vous mariée?

– Hélas, oui! monsieur, répondit Jea

– Depuis quand?

– Depuis dix-huit ans.

– Avez-vous des enfants?

Ici, au lieu de répondre, la pauvre mère do

– Il ne s’agit pas de pleurer, mais de répondre. Avez-vous des enfants?

– Oui, monsieur, deux petits garçons et une fille de seize ans.

Ici, plusieurs questions qu’il nous est impossible de répéter, mais auxquelles Jea

Le docteur, complètement absorbé par sa préoccupation scientifique, ne songea pas le moins du monde à la cruelle confusion de Jea

– Depuis combien de temps êtes-vous malade?

– Depuis quatre jours, monsieur, dit Jea

– Racontez-nous comment votre maladie vous est survenue.

– Monsieur… c’est que… il y a tant de monde… je n’ose…

– Ah çà! mais d’où sortez-vous, ma chère amie? dit impatiemment le docteur. Ne voulez-vous pas que je fasse apporter ici un confessio

– Mon Dieu, monsieur, c’est que ce sont des choses de famille…

– Soyez donc tranquille, nous sommes ici en famille… en nombreuse famille, vous le voyez, ajouta le prince de la science, qui était ce jour-là fort en gaieté. Voyons, finissons.

De plus en plus intimidée, Jea

– J’avais eu… monsieur… une querelle avec mon mari… au sujet de mes enfants… je veux dire de ma fille aînée… il voulait l’emmener… Moi, vous comprenez, monsieur, je ne voulais pas, à cause d’une vilaine femme avec qui il vivait, et qui pouvait do