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– Oui… je m’en souviens.

– Eh bien! ma pauvre Goualeuse, elles ont été trompées toutes les deux, puis abando

– Ah! mon Dieu! s’écria Fleur-de-Marie qui baissa la tête et devint pourpre.

Rigolette, se trompant sur le sens de l’exclamation de son amie, reprit:

– Elles sont coupables, méprisables… même, si tu veux, je ne dis pas; mais, vois-tu, ma bo

– Oh! dit amèrement Fleur-de-Marie, je ne les accuse pas… je les plains…

– Allons, allons, nous sommes pressées, ma chère demoiselle, dit Mme Séraphin en offrant son bras à sa victime avec impatience.

– Madame, do

– C’est qu’il est tard, mesdemoiselles; déjà trois heures, et nous avons une longue course à faire, répondit Mme Séraphin fort contrariée de cette rencontre; puis elle ajouta: Je vous do

– Et toi, reprit Fleur-de-Marie en prenant les mains de son amie dans les sie

– Je l’étais il y a quelques jours… contente et gaie, maintenant…

– Tu as des chagrins?

– Moi? Ah bien! oui, tu me co

– Toujours bo

– Que veux-tu!… Figure-toi que je viens ici pour une pauvre fille… une voisine… la brebis du bon Dieu, qu’on accuse à tort et qui est bien à plaindre, va; elle s’appelle Louise Morel, c’est la fille d’un ho

Au nom de Louise Morel, une des victimes du notaire, Mme Séraphin tressaillit et regarda très-attentivement Rigolette.

La figure de la grisette lui était absolument inco

– Pauvre femme! reprit la Goualeuse, comme elle doit être contente de ce que tu ne l’oublies pas dans son malheur!

– Ce n’est pas tout, c’est comme un sort; telle que tu me vois, je viens de bien loin… et encore d’une prison… mais d’une prison d’hommes.

– D’une prison d’hommes, toi?…

– Ah! mon Dieu oui, j’ai là une autre pauvre pratique bien triste… aussi tu vois mon cabas (et Rigolette le montra), il est partagé en deux, chacun a son côté: aujourd’hui j’apporte à Louise un peu de linge, et tantôt j’ai aussi porté quelque chose à ce pauvre Germain… mon priso

– Et pourquoi as-tu envie de pleurer?

– Figure-toi que Germain est si malheureux d’être confondu avec ces mauvais hommes de la prison qu’il est tout accablé, n’ayant de goût à rien, ne mangeant pas et maigrissant à vue d’œil… Je m’aperçois de ça, et je me dis: «Il n’a pas faim, je vais lui faire une petite friandise qu’il aimait bien quand il était mon voisin, ça le ragoûtera…» Quand je dis friandise, entendons-nous, c’étaient tout bo

– Comment?

– Ça lui a do

– Oui, mais ces larmes-là lui auront été si douces!

– C’est égal, j’aurais autant aimé le consoler autrement; mais je te parle de lui sans te dire qui il est; c’est un ancien voisin à moi… le plus ho

– Oh! alors, je conçois que ses chagrins soient devenus les tiens.

– N’est-ce pas? Mais tu vas voir comme il a bon cœur. Quand je me suis en allée, je lui ai demandé, comme toujours, ses commissions, lui disant en riant, afin de l’égayer un peu, que j’étais sa petite femme de ménage et que je serais bien exacte, bien active, pour garder sa pratique. Alors lui, s’efforçant de sourire, m’a demandé de lui apporter un des romans de Walter Scott qu’il m’avait autrefois lus le soir pendant que je travaillais; ce roman-là s’appelle Ivan… Ivanhoé… oui, c’est ça. J’aimais tant ce livre-là qu’il me l’avait lu deux fois… Pauvre Germain! il était si complaisant!…

– C’est un souvenir de cet heureux temps passé qu’il veut avoir…

– Certainement, puisqu’il m’a priée d’aller dans le même cabinet de lecture, non pour louer, mais pour acheter les mêmes volumes que nous lisions ensemble… Oui, les acheter… et tu juges, pour lui, c’est un sacrifice, car il est aussi pauvre que nous.

– Excellent cœur! dit la Goualeuse tout émue.

– Te voilà aussi attendrie que moi… quand il m’a chargée de cette commission, ma bo