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– Je vous assure que je me souviendrai toujours de votre amitié… Mont-Saint-Jean.
– Mon Dieu, mon Dieu!… Et dire que je vous aimais déjà tant… Quand j’étais là assise par terre, à vos pieds… il me semblait que j’étais sauvée… que je n’avais plus rien à craindre. Ce n’est pas pour les coups que les autres vont peut-être recommencer à me do
– Allons, courage, je me souviendrai de vous, comme vous vous souviendrez de moi.
– Oh! pour ça on me couperait en morceaux plutôt que de me faire vous renier ou vous oublier: je deviendrais vieille, vieille, comme les rues, que j’aurais toujours devant les yeux votre belle figure d’ange. Le premier mot que j’apprendrai à mon enfant, ça sera votre nom, la Goualeuse, car il vous aura dû de n’être pas mort de froid…
– Écoutez-moi, Mont-Saint-Jean, dit Fleur-de-Marie, touchée de l’affection de cette misérable, je ne puis rien vous promettre pour vous… quoique je co
– M’en séparer… jamais, oh! jamais, s’écria Mont-Saint-Jean avec exaltation: qu’est-ce que je deviendrais donc maintenant que j’ai compté sur lui…
– Mais… comment l’élèverez-vous? Fille ou garçon, il faut qu’il soit ho
– Il faut qu’il mange un pain ho
– Et qui gardera votre enfant pendant que vous travaillerez? reprit la Goualeuse; ne vaudrait-il pas mieux, si cela est possible, comme je l’espère, le placer à la campagne chez de braves gens qui en feraient une brave fille de ferme ou un bon cultivateur? Vous viendriez de temps en temps le voir, et un jour vous trouveriez peut-être moyen de vous en rapprocher tout à fait; à la campagne on vit de si peu!
– Mais m’en séparer, m’en séparer! Je mettais toute ma joie en lui, moi qui n’ai rien qui m’aime.
– Il faut songer plus à lui qu’à vous, ma pauvre Mont-Saint-Jean; dans deux ou trois jours j’écrirai à Mme Armand, et, si la demande que je compte faire en faveur de votre enfant réussit, vous n’aurez plus à dire de lui ce qui tout à l’heure m’a tant navrée: «Hélas! mon Dieu, que deviendra-t-il?»
L’inspectrice, Mme Armand, interrompit cet entretien; elle venait chercher Fleur-de-Marie. Après avoir de nouveau éclaté en sanglots et baigné de larmes désespérées les mains de la jeune fille, Mont-Saint-Jean retomba sur le banc dans un accablement stupide, ne songeant pas même à la promesse que Fleur-de-Marie venait de lui faire à propos de son enfant.
– Pauvre créature! dit Mme Armand en sortant du préau suivie de Fleur-de-Marie. Sa reco
En apprenant que la Goualeuse était graciée, les autres détenues, loin de se montrer jalouses de cette faveur, en témoignèrent leur joie; quelques-unes entourèrent Fleur-de-Marie et lui firent des adieux pleins de cordialité, la félicitèrent franchement de sa prompte sortie de prison.
– C’est égal, dit l’une d’elles; cette petite blonde nous a fait passer un bon moment… c’est quand nous avons boursillé pour la layette de Mont-Saint-Jean. On se souviendra de cela à Saint-Lazare.
Lorsque Fleur-de-Marie eut quitté le bâtiment des prisons sous la conduite de l’inspectrice, celle-ci lui dit:
– Maintenant, mon enfant, rendez-vous au vestiaire où vous déposerez vos vêtements de détenue pour reprendre vos habits de paysa
– Ah! madame… n’est-ce pas grâce à votre recommandation que cette jeune dame, à qui je dois ma liberté, s’est intéressée à mon sort?
– Oui, et je suis heureuse de ce que j’ai fait; mes pressentiments ne m’avaient pas trompée.
À ce moment une cloche so
– Voici l’heure du travail des ateliers, il faut que je rentre… Adieu, encore adieu, ma chère enfant!…
Et Mme Armand, aussi émue que Fleur-de-Marie, l’embrassa tendrement; puis elle dit à un des employés de la maison:
– Conduisez mademoiselle au vestiaire.
Un quart d’heure après, Fleur-de-Marie, vêtue en paysa
La femme de charge du notaire Jacques Ferrand venait chercher cette malheureuse enfant pour la conduire à l’île du Ravageur.
XI Souvenirs
Jacques Ferrand avait facilement et promptement obtenu la liberté de Fleur-de-Marie, liberté qui dépendait d’une simple décision administrative.
Instruit par la Chouette du séjour de la Goualeuse à Saint-Lazare, il s’était aussitôt adressé à l’un de ses clients, homme honorable et influent, lui disant qu’une jeune fille, d’abord égarée mais sincèrement repentante et récemment enfermée à Saint-Lazare, risquait, par le contact des autres priso
Enfin le notaire, pour se mettre à l’abri de toute recherche ultérieure, avait surtout et instamment prié son client de ne pas le nommer dans l’accomplissement de cette bo