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– Ah bah!…, vraiment? dit le comte avec une ironie farouche.

– Vous ne me croyez pas, mon père?

– C’était bien tôt ou bien tard! ajouta le vieillard toujours impassible et dans la même attitude.

Florestan, pensant avoir ému son père en lui parlant de son projet de suicide, crut nécessaire de remonter la scène par un coup de théâtre.

Il ouvrit un meuble, y prit un petit flacon de cristal verdâtre et dit au comte en le posant sur la table:

– Un charlatan italien m’a vendu ce poison…

– Et… il était pour vous… ce poison? dit le vieillard toujours accoudé.

Florestan comprit la portée des paroles de son père.

Ses traits exprimèrent cette fois une indignation réelle, car il disait vrai.

Un jour, il avait eu la fantaisie de se tuer: fantaisie éphémère! Les gens de sa sorte sont trop lâches pour se résoudre froidement et sans témoins à la mort qu’ils affrontent par point d’ho

Il s’écria donc avec l’accent de la vérité:

– Je suis tombé bien bas… mais du moins pas jusque-là, mon père! C’était pour moi que je réservais ce poison!

– Et vous avez eu peur? fit le comte sans changer de position.

– Je l’avoue, j’ai reculé devant cette extrémité terrible; rien n’était encore désespéré: les perso

Le comte se leva.

– Je ne veux pas que mon nom soit déshonoré, dit-il froidement à Florestan.

– Ah! mon père!… Mon sauveur, s’écria chaleureusement le vicomte; et il allait se précipiter dans les bras de son père, lorsque celui-ci, d’un geste glacial, calma cet entraînement.

– On vous attend jusqu’à trois heures… chez cet homme qui a le faux?

– Oui, mon père… il est deux heures…

– Passons dans votre cabinet… do

– Voici, mon père.

Le comte s’assit devant le bureau de Florestan et écrivit d’une main ferme:

«Je m’engage à payer ce soir à dix heures les vingt-cinq mille francs que doit mon fils.

«Comte de SAINT-REMY»

– Votre créancier ne veut que de l’argent; malgré ses menaces, cet engagement de moi le fera consentir à un nouveau délai; il ira chez M. Dupont, banquier, rue de Richelieu, n° 7, qui lui répondra de la valeur de cet acte.

– Ô mon père!… Comment jamais…

– Vous m’attendrez ce soir… à dix heures, je vous apporterai l’argent… Que votre créancier se trouve ici…

– Oui, mon père: et après-demain je pars pour l’Afrique… Vous verrez si je suis ingrat!… Alors, peut-être, lorsque je serai réhabilité, vous accepterez mes remerciements.

– Vous ne me devez rien; j’ai dit que mon nom ne serait pas déshonoré davantage; il ne le sera pas, dit simplement M. de Saint-Remy en prenant sa ca

– Mon père, votre main, au moins! reprit Florestan d’un ton suppliant.

– Ici, ce soir, à dix heures, dit le comte en refusant sa main.

Et il sortit.

– Sauvé!… s’écria Florestan radieux. Sauvé! Puis il reprit, après un moment de réflexion: Sauvé à peu près… N’importe, c’est toujours cela… Peut-être ce soir lui avouerai-je l’autre chose. Il est en train… il ne voudra pas s’arrêter en si beau chemin, et que son premier sacrifice reste inutile faute d’un second… Et encore, pourquoi lui dire?… Qui saura jamais?… Au fait, si rien ne se découvre, je garderai l’argent qu’il me do

Il so

– Comment ne m’avez-vous pas averti que mon père était ici? Vous êtes d’une négligence…

– Par deux fois j’ai voulu adresser la parole à monsieur le vicomte, qui rentrait avec M. Badinot par le jardin; mais monsieur le vicomte, probablement préoccupé de son entretien avec M. Badinot, m’a fait signe de la main de ne pas l’interrompre… Je ne me suis pas permis d’insister… Je serais désolé que monsieur le vicomte pût me croire coupable de négligence…

– C’est bien… Dites à Edwards de me faire tout de suite atteler Orion, non, Plower au cabriolet.

M. Boyer s’inclina respectueusement.

Au moment où il allait sortir, on frappa.

M. Boyer regarda le vicomte d’un air interrogatif.

– Entre! dit Florestan.

Un second valet de chambre parut, tenant à la main un petit plateau de vermeil.