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– Oui, un pied qui sortait de dessous terre, dit François en tressaillant d’effroi; j’en suis bien sûr.
– Peut-être qu’il y aura eu autrefois un cimetière ici, n’est-ce pas?
– Faut croire… mais alors pourquoi notre mère m’a-t-elle dit qu’elle m’abîmerait encore si je parlais de l’os de mort à mon frère Martial?… Vois-tu, c’est plutôt quelqu’un qu’on aura tué dans une dispute et qu’on aura enterré là pour que ça ne se sache pas.
– Tu as raison… car te souviens-tu? un pareil malheur a déjà manqué d’arriver.
– Quand cela?
– Tu sais, la fois où M. Barbillon a do
– Ah! oui, le Squelette ambulant… comme ils l’appellent; ma mère est venue, les a séparés… sans ça, Barbillon aurait peut-être tué le grand décharné! As-tu vu comme il écumait et comme les yeux lui sortaient de la tête, à Barbillon?…
– Oh! il n’a pas peur de vous allonger un coup de couteau pour rien. C’est lui qui est un crâne!
– Si jeune et si méchant… François!
– Tortillard est bien plus jeune, et il serait au moins aussi méchant que lui, s’il était assez fort.
– Oh! oui, il est bien méchant… L’autre jour il m’a battue, parce que je n’ai pas voulu jouer avec lui.
– Il t’a battue?… Bon… la première fois qu’il viendra…
– Non, non, vois-tu, François, c’était pour rire…
– Bien sûr?
– Oui, bien vrai.
– À la bo
– Des sinves?
– Oui, en argot ça veut dire des bêtes, des imbéciles.
– Ah! oui, c’est vrai.
– Quarante francs… en or… comme j’achèterais des belles choses avec ça… Et toi, Amandine?
– Oh! moi aussi.
– Qu’est-ce que tu achèterais?
– Voyons, dit l’enfant en baissant la tête d’un air méditatif; j’achèterais d’abord pour mon frère Martial une bo
– Mais pour toi?… Pour toi?…
– J’aimerais bien un petit Jésus en cire avec son mouton et sa croix, comme ce marchand de figures de plâtre en avait dimanche… tu sais, sous le porche de l’église d’Asnières?
– À propos, pourvu qu’on ne dise pas à ma mère ou à Calebasse qu’on nous a vus dans l’église!
– C’est vrai, elle qui nous a toujours tant défendu d’y entrer… C’est dommage, car c’est bien gentil en dedans, une église… n’est-ce pas, François?
– Oui… quels beaux chandeliers d’argent!
– Et le portrait de la Sainte Vierge… comme elle a l’air bo
– Et les belles lampes… as-tu vu? Et la belle nappe sur le grand buffet du fond, où le prêtre disait la messe avec ses deux amis, habillés comme lui… et qui lui do
– Dis donc, François, te souviens-tu, l’autre a
– Avaient-elles de beaux bouquets!
– Comme elles chantaient d’une voix douce en tenant les rubans de leur ba
– Et comme les broderies d’argent de leur ba
– Mon Dieu, que c’était donc joli, hein, François!
– Je crois bien; et les communiants avec leurs bouffettes de satin blanc au bras… et leurs cierges à poignée de velours rouge avec de l’or après.
– Ils avaient aussi leur ba
– C’est alors qu’elle nous a défendu d’entrer jamais dans l’église, quand nous irions au bourg ou à Paris, à moins que ça ne soit pour y voler le tronc des pauvres, ou dans les poches des paroissiens, pendant qu’ils écouteraient la messe, a ajouté Calebasse en riant et en montrant ses vieilles dents jaunes. Mauvaise bête, va!
– Oh! pour ça… voler dans une église, on me tuerait plutôt, n’est-ce pas, François?
– Là ou ailleurs, qu’est-ce que ça fait, une fois qu’on est décidé?
– Dame! je ne sais pas… j’aurais bien plus peur… je ne pourrais jamais…
– À cause des prêtres?
– Non… peut-être à cause de ce portrait de la Sainte Vierge, qui a l’air si douce, si bo
– Qu’est-ce que ça fait, ce portrait? Il ne te mangerait pas… grosse bête!…
– C’est vrai… mais enfin, je ne pourrais pas… Ça n’est pas ma faute…
– À propos de prêtres, Amandine, te souviens-tu de ce jour… où Nicolas m’a do
– Oui, mais cette fois-là, par exemple, notre frère Martial a dit, comme Nicolas, que nous n’avions pas besoin de saluer les prêtres.
À ce moment, François et Amandine entendirent marcher dans le corridor.
Martial regagnait sa chambre sans défiance après son entretien avec sa mère, croyant Nicolas enfermé jusqu’au lendemain matin.
Voyant un rayon de lumière s’échapper du cabinet des enfants par la porte entr’ouverte, Martial entra chez eux.
Tous deux coururent à lui, il les embrassa tendrement.
– Comment! Vous n’êtes pas encore couchés petits bavards?
– Non, mon frère, nous attendions pour vous voir rentrer chez vous et vous dire bonsoir, dit Amandine.
– Et puis, nous avions entendu parler bien fort en bas… comme si on s’était disputé, ajouta François.
– Oui, dit Martial, j’ai eu des raisons avec Nicolas… Mais ce n’est rien… Du reste, je suis content de vous trouver encore debout, j’ai une bo
– À nous, mon frère?
– Seriez-vous contents de vous en aller d’ici et de venir avec moi ailleurs, bien loin, bien loin?