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– Nicolas… pas de couteau! s’écria la veuve en se levant promptement pour saisir le bras de son fils; mais celui-ci, ivre de vin et de colère, se leva, repoussa rudement sa mère et se précipita sur son frère.
Martial se recula vivement, saisit le gros bâton noueux qu’il avait en entrant déposé sur le buffet et se mit sur la défensive.
– Nicolas, pas de couteau! répéta la veuve.
– Laissez-le donc faire! cria Calebasse en s’armant de la hachette du ravageur.
Nicolas, brandissant toujours son formidable couteau, épiait le moment de se jeter sur son frère.
– Je te dis, s’écria-t-il, que toi et ta canaille de Louve je vous crèverai tous les deux, et je commence… À moi, ma mère!… À moi, Calebasse!… Refroidissons-le, il y a trop longtemps qu’il dure!
Et, croyant le moment favorable à son attaque, le brigand s’élança sur son frère le couteau levé.
Martial, bâto
– Brigand… tu m’as cassé le bras! s’écria-t-il en saisissant de sa main gauche son bras droit, qui pendait inerte à son côté.
– Non, j’ai senti mon bâton rebondir…, répondit Martial en envoyant d’un coup de pied le couteau sous le buffet.
Puis, profitant de la souffrance qu’éprouvait Nicolas, il le prit au collet, le poussa rudement en arrière, jusqu’à la porte du petit caveau dont nous avons parlé, l’ouvrit d’une main, de l’autre y jeta et y enferma son frère, encore tout étourdi de cette brusque attaque.
Revenant ensuite aux deux femmes, il saisit Calebasse par les épaules et, malgré sa résistance, ses cris et un coup de hachette qui le blessa légèrement à la main, il l’enferma dans la salle basse du cabaret qui communiquait à la cuisine.
Alors, s’adressant à la veuve, encore stupéfaite de cette manœuvre aussi habile qu’inattendue, Martial lui dit froidement:
– Maintenant, ma mère… à nous deux…
– Eh bien!… oui… à nous deux…, s’écria la veuve; et sa figure impassible s’anima, son teint blafard se colora, un feu sombre illumina sa prunelle jusqu’alors éteinte; la colère, la haine, do
– Et moi aussi, je vais vous dire ce que j’ai sur le cœur.
– Tu vivrais cent ans, vois-tu, que tu te souviendrais de cette nuit…
– Je m’en souviendrai!… Mon frère et ma sœur ont voulu m’assassiner, vous n’avez rien fait pour les en empêcher… Mais voyons… parlez… qu’avez-vous contre moi?
– Ce que j’ai?…
– Oui…
– Depuis la mort de ton père… tu n’as fait que des lâchetés!
– Moi?
– Oui, lâche!… Au lieu de rester avec nous pour nous soutenir, tu t’es sauvé à Rambouillet, braco
– Si j’étais resté ici, maintenant je serais aux galères comme Ambroise, ou près d’y aller comme Nicolas: je n’ai pas voulu être voleur comme vous autres… de là votre haine.
– Et quel métier fais-tu? Tu volais du gibier, tu voles du poisson; vol sans danger, vol de lâche!…
– Le poisson, comme le gibier, n’appartient à perso
– Tu bats pour de l’argent des hommes plus faibles que toi!
– Parce qu’ils avaient battu plus faible qu’eux.
– Métier de lâche!… Métier de lâche!…
– Il y en a de plus ho
– Pourquoi ne les as-tu pas pris alors, ces métiers ho
– Je vous do
– Et de ta mère, qu’en dis-tu?
– Je dis…
– Quoi?
– Je dis qu’elle est morte…
– Et tu fais bien; c’est tout comme… Je te renie, lâche! Ton frère est au bagne! Ton grand-père et ton père ont bravement fini sur l’échafaud en narguant le prêtre et le bourreau! Au lieu de les venger, tu trembles!…
– Les venger?
– Oui, te montrer vrai Martial, cracher sur le couteau de Charlot et sur la casaque rouge, et finir comme père et mère, frère et sœur…
Si habitué qu’il fût aux exaltations féroces de sa mère, Martial ne put s’empêcher de frisso
La physionomie de la veuve du supplicié, en prononçant ces derniers mots, était épouvantable.
Elle reprit avec une fureur croissante:
– Oh! lâche, encore plus crétin que lâche! Tu veux être ho
– Un homme, dix hommes ne me font pas peur; mais être hué par tout le monde comme fils et frère de condamné… eh bien! non! je n’ai pas pu… j’ai mieux aimé m’en aller dans les bois braco
– Fallait y rester… dans tes bois.
– Je suis revenu à cause de mon affaire avec un garde, et surtout à cause des enfants… parce qu’ils étaient en âge de tourner à mal par l’exemple.
– Qu’est-ce que ça te fait?
– Ça me fait que je ne veux pas qu’ils devie