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XIV Amitié

– Bonjour, ma voisine, dit Rodolphe à Rigolette; je ne vous dérange pas?

– Non, mon voisin; je suis au contraire très-contente de vous voir, car j’ai beaucoup de chagrin.

– En effet, je vous trouve pâle, vous semblez avoir pleuré.

– Je crois bien que j’ai pleuré!… Il y a de quoi! Pauvre Germain! Tenez, lisez. Et Rigolette remit à Rodolphe la lettre du priso

– Et que comptez-vous faire, ma voisine?

– Ce que je compte faire?… Mais tout ce que Germain me demande; et cela le plus tôt possible. Je serais déjà partie sans cet ouvrage très-pressé que je finis et que je vais porter tout à l’heure rue Saint-Honoré, en me rendant à la chambre de Germain chercher les papiers dont il me parle. J’ai passé une partie de la nuit à travailler pour gagner quelques heures d’avance. Je vais avoir tant de choses à faire en dehors de mon ouvrage qu’il faut que je me mette en mesure. D’abord Mme Morel voudrait que je puisse voir Louise dans sa prison. C’est peut-être très-difficile, mais enfin je tâcherai… Malheureusement je ne sais pas seulement à qui m’adresser…

– J’avais songé à cela.

– Vous, mon voisin?

– Voici une permission.

– Quel bonheur! Est-ce que vous ne pourriez pas m’en avoir une aussi pour la prison de ce malheureux Germain?… Ça lui ferait tant de plaisir!

– Je vous do

– Oh! merci, monsieur Rodolphe.

– Vous n’aurez donc pas peur d’aller dans sa prison?

– Bien sûr le cœur me battra très-fort la première fois… Mais c’est égal. Est-ce que, quand Germain était heureux, je ne le trouvais pas toujours prêt à aller au-devant de toutes mes volontés, à me mener au spectacle ou promener, à me faire la lecture le soir, à m’aider à arranger mes caisses de fleurs, à cirer ma chambre? Eh bien il est dans la peine, c’est à mon tour maintenant. Un pauvre petit rat comme moi ne peut pas grand-chose, je le sais, mais enfin tout ce que je pourrai, je le ferai, il peut y compter; il verra si je suis bo

– Bravo! ma voisine, j’aime votre indignation.

– Oh! tenez, je voudrais être homme pour pouvoir aller trouver ce notaire, et lui dire: «Ah! vous soutenez que Germain vous a volé, eh bien! tenez, voilà pour vous vieux menteur! Il ne vous volera pas cela, toujours!» Et pan! pan! pan! je le battrais comme plâtre.

– Vous avez une justice très-expéditive, dit Rodolphe en souriant de l’animation de Rigolette.

– C’est que ça révolte aussi; et, comme dit Germain dans sa lettre, tout le monde sera du parti de son patron contre lui, parce que son patron est riche, considéré, et que Germain n’est qu’un pauvre jeune homme sans protection, à moins que vous ne veniez à son secours, monsieur Rodolphe, vous qui co

– Il faut qu’il attende son jugement. Une fois acquitté, comme je le crois, de nombreuses preuves d’intérêt lui seront do

– Oh! oui, monsieur Rodolphe; je n’ai jamais été bavarde.

– Eh bien! il faut que perso

– Vraiment?

– De très-puissants, de très-dévoués.

– Ça lui do

– Sans doute; mais il ne pourrait peut-être pas s’en taire. Alors M. Ferrand, effrayé, se mettrait sur ses gardes, sa défiance s’éveillerait, et, comme il est très-adroit, il deviendrait difficile de l’atteindre: ce qui serait fâcheux, car il faut non-seulement que l’i

– Je vous comprends, monsieur Rodolphe.

– Il en est de même de Louise; je vous apportais cette permission de la voir, afin que vous la priiez de ne parler à perso

– Cela suffit, monsieur Rodolphe.

– En un mot, que Louise se garde de se plaindre dans sa prison de la méchanceté de son maître, c’est très-important. Mais elle devra ne rien cacher à un avocat qui viendra de ma part s’entendre avec elle pour sa défense; faites-lui bien toutes ces recommandations.

– Soyez tranquille, mon voisin, je n’oublierai rien, j’ai bo

– Je vous l’ai dit, ma voisine, je ne suis qu’un pauvre commis marchand; mais quand, en flânant de côté et d’autre, je trouve de braves gens qui méritent protection, j’en instruis une perso

– Et où logez-vous, maintenant que vous avez cédé votre chambre aux Morel?

– Je loge… en garni.

– Oh! que je détesterais ça! Être où a été tout le monde, c’est comme si tout le monde avait été chez vous.

– Je n’y suis que la nuit, et alors…

– Je conçois, c’est moins désagréable. Ce que c’est que de nous, pourtant, monsieur Rodolphe! Mon chez-moi me rendait si heureuse! Je m’étais arrangé une petite vie si tranquille que je n’aurais jamais cru possible d’avoir un chagrin, et vous voyez pourtant!… Non, je ne peux pas vous dire le coup que le malheur de Germain m’a porté. J’ai vu les Morel et d’autres encore bien à plaindre, c’est vrai; mais enfin la misère est la misère, entre pauvres gens on s’y attend, ça ne surprend pas, et l’on s’entraide comme on peut. Aujourd’hui c’est l’un, demain c’est l’autre. Quant à soi, avec du courage et de la gaieté, on se tire d’affaire. Mais voir un pauvre jeune homme, ho