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Mme d’Harville fondit en larmes.
– Au moins, dit-elle, votre appui, vos conseils ne me manqueront jamais, n’est-ce pas, monseigneur?
– De près ou de loin, toujours je prendrai le plus vif intérêt à ce qui vous touche… toujours, autant qu’il sera en moi, je contribuerai à votre bonheur… à celui de l’homme auquel j’ai voué la plus constante amitié.
– Oh! merci de cette promesse, monseigneur, dit Clémence en essuyant ses larmes. Sans votre généreux soutien, je le sens, mes forces m’abando
À ces mots, une petite porte cachée dans la tenture s’ouvrit brusquement.
Clémence poussa un cri; Rodolphe tressaillit.
M. d’Harville parut, pâle, ému, profondément attendri, les yeux humides de larmes.
Le premier éto
– Monseigneur… voici la lettre infâme que j’ai reçue tout à l’heure devant vous… Veuillez la brûler après l’avoir lue.
Clémence regardait son mari avec stupeur.
– Oh! c’est infâme! s’écria Rodolphe indigné.
– Eh bien! monseigneur… Il y a quelque chose de plus lâche encore que cette lâcheté anonyme… C’est ma conduite!
– Que voulez-vous dire?
– Tout à l’heure, au lieu de vous montrer cette lettre franchement, hardiment, je vous l’ai cachée, j’ai feint le calme pendant que j’avais la jalousie, la rage, le désespoir dans le cœur… Ce n’est pas tout… Savez-vous ce que j’ai fait, monseigneur? Je suis allé honteusement me tapir derrière cette porte pour vous épier… Oui, j’ai été assez misérable pour douter de votre loyauté, de votre ho
– Eh! mon Dieu, mon cher Albert, qu’ai-je à vous pardo
– Et vous, Clémence, dit tristement M. d’Harville à sa femme, me pardo
– Oui, à condition que vous m’aiderez à assurer votre bonheur… Et elle tendit la main à son mari, qui la serra avec émotion.
– Ma foi, mon cher marquis, s’écria Rodolphe, nos e
Après avoir accompagné Rodolphe jusqu’à sa voiture pour le remercier encore, le marquis rentra chez lui sans revoir Clémence.
III Réflexions
Il serait difficile de peindre les sentiments tumultueux et contraires dont fut agité M. d’Harville lorsqu’il se trouva seul.
Il reco
Loin d’être consolé par l’entretien qu’il avait surpris, il tomba dans une tristesse, dans un accablement inexprimables.
La richesse oisive a cela de terrible que rien ne la distrait, que rien ne la défend des ressentiments douloureux. N’étant jamais forcément préoccupée des nécessités de l’avenir ou des labeurs de chaque jour, elle demeure tout entière en proie aux grandes afflictions morales.
Pouvant posséder ce qui se possède à prix d’or, elle désire ou elle regrette avec une violence inouïe ce que l’or seul ne peut do
La douleur de M. d’Harville était désespérée, car il ne voulait, après tout, rien que de juste, que de légal.
«La possession… sinon l’amour de sa femme.»
Or, en face des refus inexorables de Clémence, il se demandait si ce n’était pas une dérision amère que ces paroles de la loi:
«La femme appartient à son mari.»
À quel pouvoir, à quelle intervention recourir pour vaincre cette froideur, cette répugnance qui changeaient sa vie en un long supplice, puisqu’il ne devait, ne pouvait, ne voulait aimer que sa femme?
Il lui fallait reco
À ces transports de vaine colère succédait parfois un morne abattement.
L’avenir lui pesait, lourd, sombre, glacé.
Il pressentait que le chagrin rendrait sans doute plus fréquentes encore les crises de son effroyable maladie.
– Oh! s’écria-t-il, à la fois attendri et désolé, c’est ma faute… c’est ma faute! Pauvre malheureuse femme! je l’ai trompée… indignement trompée! Elle peut… elle doit me haïr… et pourtant, tout à l’heure encore, elle m’a témoigné l’intérêt le plus touchant; mais, au lieu de me contenter de cela, ma folle passion m’a égaré, je suis devenu tendre, j’ai parlé de mon amour, et à peine mes lèvres ont-elles effleuré sa main qu’elle a tressailli de frayeur. Si j’avais pu douter encore de la répugnance invincible que je lui inspire, ce qu’elle a dit au prince ne m’aurait laissé aucune illusion. Oh! c’est affreux… affreux.
«Et de quel droit lui a-t-elle confié ce hideux secret? Cela est une trahison indigne! De quel droit? Hélas! du droit que les victimes ont de se plaindre de leur bourreau. Pauvre enfant, si jeune, si aimante, tout ce qu’elle a trouvé de plus cruel à dire contre l’horrible existence que je lui ai faite… c’est que tel n’était pas le sort qu’elle avait rêvé, et qu’elle était bien jeune pour renoncer à l’amour! Je co