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Un ministère public signalant les nobles actions, les dénonçant à la reco

Voici deux exemples, deux justices: que l’on dise quelle est la plus féconde en enseignements, en conséquences, en résultats positifs:

Un homme a tué un autre homme pour le voler:

Au point du jour on dresse sournoisement la guillotine dans un coin reculé de Paris, et on coupe le cou de l’assassin, devant la lie de la populace, qui rit du juge, du patient et du bourreau.

Voilà le dernier mot de la société.

Voilà le plus grand crime que l’on puisse commettre contre elle, voilà le plus grand châtiment… voilà l’enseignement le plus terrible, le plus salutaire qu’elle puisse do

Le seul… car rien ne sert de contrepoids à ce billot dégouttant de sang.

Non… la société n’a aucun spectacle doux et bienfaisant à opposer à ce spectacle funèbre.

Continuons notre utopie…

N’en serait-il pas autrement si presque chaque jour le peuple avait sous les yeux l’exemple de quelques grandes vertus hautement glorifiées et matériellement rémunérées par l’État?

Ne serait-il pas sans cesse encouragé au bien, s’il voyait souvent un tribunal auguste, imposant, vénéré, évoquer devant lui, aux yeux d’une foule immense, un pauvre et ho

– Pendant vingt ans vous avez plus qu’aucun autre travaillé, souffert, courageusement lutté contre l’infortune; votre famille a été élevée par vous dans des principes de droiture et d’ho

Nous le demandons: lequel de ces deux spectacles, du meurtrier égorgé, du grand homme de bien récompensé, réagira sur le peuple d’une façon plus salutaire, plus féconde?

Sans doute beaucoup d’esprits délicats s’indigneront à la seule pensée de ces ignobles rémunérations matérielles accordées à ce qu’il y a au monde de plus éthéré: la vertu!

Ils trouveront contre ces tendances toutes sortes de raisons plus ou moins philosophiques, platoniques, théologiques, mais surtout économiques, telles que celles-ci:

Le bien porte en soi sa récompense…

La vertu est une chose sans prix…

La satisfaction de la conscience est la plus noble des récompenses.

Et enfin cette objection triomphante et sans réplique:

Le bonheur éternel qui attend les justes dans l’autre vie doit uniquement suffire pour les encourager au bien.

À cela nous répondrons que la société, pour intimider et punir les coupables, ne nous paraît pas exclusivement se reposer sur la vengeance divine qui les atteindra certainement dans l’autre vie.

La société prélude au jugement dernier par des jugements humains…

En attendant l’heure inexorable des archanges aux armures d’hyacinthe, aux trompettes retentissantes et aux glaives de flamme, elle se contente modestement… de gendarmes.

Nous le répétons:

Pour terrifier les méchants, on matérialise, ou plutôt on réduit à des proportions humaines, perceptibles, visibles, les effets anticipés du courroux céleste…

Pourquoi n’en serait-il pas de même des effets de la rémunération divine à l’égard des gens de bien?

Mais oublions ces utopies, folles, absurdes, stupides, impraticables, comme de véritables utopies qu’elles sont.

La société est si bien comme elle est! Interrogez plutôt tous ceux qui, la jambe avinée, l’œil incertain, le rire bruyant, sortent d’un joyeux banquet!

X La protectrice

L’inspectrice entra bientôt avec la Goualeuse dans le petit salon où se trouvait Clémence; la pâleur de la jeune fille s’était légèrement colorée ensuite de son entretien avec la Louve.

– Mme la marquise, touchée des excellents renseignements que je lui ai do

– Je vous remercie, madame, répondit timidement Fleur-de-Marie à Mme Armand, qui la laissa seule avec la marquise.

Celle-ci, frappée de l’expression candide des traits de sa protégée, de son maintien rempli de grâce et de modestie, ne put s’empêcher de se souvenir que la Goualeuse avait, en dormant, prononcé le nom de Rodolphe, et que l’inspectrice croyait la pauvre priso

Quoique parfaitement convaincue qu’il ne pouvait être question du grand-duc Rodolphe, Clémence reco

À l’aspect de sa protectrice, dont la physionomie, nous l’avons dit, respirait une bonté charmante, Fleur-de-Marie se sentit sympathiquement attirée vers elle.

– Mon enfant, lui dit Clémence, en louant beaucoup la douceur de votre caractère et la sagesse exemplaire de votre conduite, Mme Armand se plaint de votre peu de confiance envers elle.

Fleur-de-Marie baissa la tête sans répondre.

– Les habits de paysa

– Madame…

– Je n’ai aucun droit à votre confiance, ma pauvre enfant, je ne voudrais pas vous faire de question importune; seulement on m’assure que si je demandais votre sortie de prison, cette grâce pourrait m’être accordée. Avant d’agir, je désirerais causer avec vous de vos projets, de vos ressources pour l’avenir. Une fois libérée… que ferez-vous? Si, comme je n’en doute pas, vous êtes décidée à suivre la bo