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– C’est vrai, on ne peut faire autrement que de chanter, dit la Louve, devenant de plus en plus songeuse.

– À moins qu’on ne pleure d’attendrissement, reprit Fleur-de-Marie, émue elle-même. Et ces larmes-là sont aussi douces que des chansons… Et puis, quand la nuit est venue tout à fait, quel bonheur de rester sous la to

– De tous les jours!… répéta la Louve, la tête baissée sur sa poitrine, le regard fixe, le sein oppressé, car c’est vrai, le bon Dieu est bon de nous do

– Eh bien! dites maintenant, reprit doucement Fleur-de-Marie, dites, ne devrait-il pas être béni comme Dieu celui qui vous do

Ce mot de Paris rappela brusquement la Louve à la réalité.

Il venait de se passer dans l’âme de cette créature un phénomène étrange.

Peinture naïve d’une condition humble et rude, ce simple récit, tour à tour éclairé des douces lueurs du foyer domestique, doré par quelques joyeux rayons de soleil, rafraîchi par la brise des grands bois ou parfumé de la senteur des fleurs sauvages, ce récit avait fait sur la Louve une impression plus profonde, plus saisissante que ne l’aurait fait une exhortation d’une moralité transcendante.

Oui, à mesure que parlait Fleur-de-Marie, la Louve avait désiré d’être ménagère infatigable, vaillante épouse, mère pieuse et dévouée.

Inspirer, même pendant un moment, à une femme violente, immorale, avilie, l’amour de la famille, le respect du devoir, le goût du travail, la reco

Le moraliste le plus sévère, le prédicateur le plus fulminant, auraient-ils obtenu davantage en faisant gronder dans leurs prédictions menaçantes toutes les vengeances humaines, toutes les foudres divines?

La colère douloureuse dont se sentit transportée la Louve en revenant à la réalité, après s’être laissé charmer par la rêverie nouvelle et salutaire où, pour la première fois, l’avait plongée Fleur-de-Marie, prouvait l’influence des paroles de cette dernière sur sa malheureuse compagne.

Plus les regrets de la Louve étaient amers en retombant de ce consolant mirage dans l’horreur de sa position, plus le triomphe de la Goualeuse était manifeste.

Après un moment de silence et de réflexion, la Louve redressa brusquement la tête, passa la main sur son front, et se levant menaçante, courroucée:

– Vois-tu… vois-tu que j’avais raison de me défier de toi et de ne pas vouloir t’écouter… parce que ça tournerait mal pour moi! Pourquoi m’as-tu parlé ainsi? Pour te moquer de moi? Pour me tourmenter? Et cela, parce que j’ai été assez bête pour te dire que j’aurais aimé à vivre au fond des bois avec mon homme!… Mais qui es-tu donc?… Pourquoi me bouleverser ainsi?… Tu ne sais pas ce que tu as fait, malheureuse! Maintenant, malgré moi, je vais toujours penser à cette forêt, à cette maison, à ces enfants, à tout ce bonheur que je n’aurai jamais… jamais!… Et si je ne peux pas oublier ce que tu viens de dire, moi, ma vie va donc être un supplice, un enfer… et cela, par ta faute… oui, par ta faute!…

– Tant mieux! oh! tant mieux! dit Fleur-de-Marie.

– Tu dis tant mieux? s’écria la Louve, les yeux menaçants.

– Oui, tant mieux; car si votre misérable vie d’à présent vous paraît un enfer, vous préférerez celle dont je vous ai parlé.

– Et à quoi bon la préférer, puisqu’elle n’est pas faite pour moi? À quoi bon regretter d’être une fille des rues, puisque je dois mourir fille des rues? s’écria la Louve de plus en plus irritée, en saisissant dans sa forte main le petit poignet de Fleur-de-Marie. Réponds… réponds! Pourquoi es-tu venue me faire désirer ce que je ne peux pas avoir?

– Désirer une vie ho

– Eh bien! après, quand j’en serais digne? Qu’est-ce que cela prouve? À quoi ça m’avancera-t-il?

– À voir se réaliser ce que vous regardez comme un rêve, dit Fleur-de-Marie, d’un ton si sérieux, si convaincu, que la Louve, dominée de nouveau, abando

– Écoutez-moi, la Louve, reprit Fleur-de-Marie d’une voix pleine de compassion, me croyez-vous assez méchante pour éveiller chez vous ces pensées, ces espérances, si je n’étais pas sûre, en vous faisant rougir de votre condition présente, de vous do

– Vous? Vous pourriez cela?

– Moi?… non; mais quelqu’un qui est bon, grand, puissant comme Dieu…

– Puissant comme Dieu?…

– Écoutez encore, la Louve… Il y a trois mois, comme vous j’étais une pauvre créature perdue… abando

– Comme vous tout à l’heure…

– Alors, cette abjection m’a paru d’autant plus affreuse que l’avenir qu’il me montrait me semblait plus beau!

– Comme moi, bon Dieu!

– Oui, et ainsi que vous je disais: «À quoi bon, hélas! me faire entrevoir ce paradis, à moi qui suis condamnée à l’enfer?…» Mais j’avais tort de désespérer… car celui dont je vous parle est, comme Dieu, souverainement juste, souverainement bon, et incapable de faire luire un faux espoir aux yeux d’une pauvre créature qui ne demandait à perso

– Et pour vous… qu’a-t-il fait?

– Il m’a traitée en enfant malade; j’étais, comme vous, plongée dans un air corrompu, il m’a envoyé respirer un air salubre et vivifiant; je vivais aussi parmi des êtres hideux et criminels, il m’a confiée à des êtres faits à son image… qui ont épuré mon âme, élevé mon esprit… car, comme Dieu encore, à tous ceux qui l’aiment et le respectent, il do