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– Oh! mon bon petit ange du paradis, s’écria Mont-Saint-Jean en tombant aux genoux de la Goualeuse, et en tâchant de lui prendre la main pour la baiser; qu’est-ce que je vous ai donc fait pour que vous soyez aussi charitable pour moi, et toutes ces dames aussi? C’est-il bien possible, mon bon Dieu sauveur!… Une layette pour mon enfant, une bo
– Nous avons quatre-vingt-huit francs et sept sous, dit la Louve en finissant, de compter le montant de la collecte, qu’elle enveloppa dans le petit bo
– Que la Goualeuse garde l’argent, cria-t-on tout d’une voix.
– Si vous m’en croyez, dit Fleur-de-Marie, vous prierez l’inspectrice, Mme Armand, de se charger de cette somme et de faire les emplettes nécessaires à la layette; et puis, qui sait? Mme Armand sera sensible à la bo
La Louve ne répondit pas d’abord.
À l’exaltation généreuse qui avait un moment animé ses traits succédait une sorte de défiance farouche.
Fleur-de-Marie la regardait avec surprise, ne comprenant rien à ce changement subit.
– Goualeuse… venez… j’ai à vous parler, dit la Louve d’un air sombre.
Et, se détachant du groupe des détenues, elle emmena brusquement Fleur-de-Marie près du bassin à margelles de pierre creusé au milieu du préau. Un banc était tout près.
La Louve et la Goualeuse s’y assirent et se trouvèrent ainsi presque isolées de leurs compagnes.
VIII La Louve et la Goualeuse
Nous croyons fermement à l’influence de certains caractères dominateurs, assez sympathiques aux masses, assez puissants sur elles pour leur imposer le bien ou le mal.
Les uns, audacieux, emportés, indomptables, s’adressant aux mauvaises passions, les soulèveront comme l’ouragan soulève l’écume de la mer; mais, ainsi que tous les orages, ces orages seront aussi furieux qu’éphémères; à ces funestes effervescences succéderont de sourds ressentiments de tristesse, de malaise, qui empireront les plus misérables conditions. Le déboire d’une violence est toujours amer, le réveil d’un excès toujours pénible.
La Louve , si l’on veut, perso
D’autres organisations, plus rares, parce qu’il faut que leurs généreux instincts soient fécondés par l’intelligence, et que chez elles l’esprit soit au niveau du cœur, d’autres, disons-nous, inspireront le bien, ainsi que les premiers inspirent le mal. Leur action pénétrera doucement les âmes, comme les tièdes rayons du soleil pénètrent les corps d’une chaleur vivifiante… comme la fraîche rosée d’une nuit d’été imbibe la terre aride et brûlante.
Fleur-de-Marie, si l’on veut, perso
La réaction en bien n’est pas brusque comme la réaction en mal; ses effets se prolongent davantage. C’est quelque chose d’onctueux, d’ineffable, qui peu à peu détend, calme, épanouit les cœurs les plus endurcis et leur fait goûter une sensation d’une inexprimable sérénité.
Malheureusement le charme cesse.
Après avoir entrevu de célestes clartés, les gens pervers retombent dans les ténèbres de leur vie habituelle; le souvenir des suaves émotions qui les ont un moment surpris s’efface peu à peu. Parfois pourtant ils cherchent vaguement à se les rappeler, de même que nous essayons de murmurer les chants dont notre heureuse enfance a été bercée.
Grâce à la bo
Si l’on s’éto
Fleur-de-Marie comprenait qu’il ne suffisait pas de pleurer un passé irréparable, et qu’on ne se réhabilitait qu’en faisant le bien ou en l’inspirant.
Nous l’avons dit: la Louve s’était assise sur un banc de bois à côté de la Goualeuse.
Le rapprochement de ces deux jeunes filles offrait un singulier contraste.
Les pâles rayons d’un soleil d’hiver les éclairaient; le ciel pur se pommelait çà et là de petites nuées blanches et floco
Cette description d’un bassin de prison semblera puérile, mais Fleur-de-Marie ne perdait pas un de ces détails; les yeux tristement fixés sur ce petit coin de verdure et sur cette eau limpide où se réfléchissait la blancheur mobile des nuées courant sur l’azur du ciel, où se brisaient avec un miroitement lumineux les rayons d’or d’un beau soleil, elle songeait en soupirant aux magnificences de la nature qu’elle aimait, qu’elle admirait si poétiquement, et dont elle était encore privée.
– Que vouliez-vous me dire? demanda la Goualeuse à sa compagne, qui, assise auprès d’elle, restait sombre et silencieuse.
– Il faut que nous ayons une explication, s’écria durement la Louve; ça ne peut pas durer ainsi.
– Je ne vous comprends pas, la Louve.
– Tout à l’heure, dans la cour, à propos de Mont-Saint-Jean, je m’étais dit: «Je ne veux plus céder à la Goualeuse», et pourtant je viens encore de vous céder…