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Depuis quelques moments, Fleur-de-Marie réfléchissait profondément; elle s’était tout à coup rappelé que, lors de sa première entrevue avec Rodolphe chez l’ogresse, il avait l’extérieur et le langage des hôtes du tapis-franc. Ne pouvait-il pas jouer ce rôle de commis voyageur auprès de Rigolette?

Mais quel était le but de cette nouvelle transformation?

La grisette reprit, voyant l’air pensif de Fleur-de-Marie:

– Il n’est pas besoin de te creuser la tête pour cela, ma bo

– Et où demeures-tu, Rigolette?

– Rue du Temple, n° 17.

«Voilà qui est étrange et bon à savoir, se dit Mme Séraphin, qui avait attentivement écouté cette conversation. Ce M. Rodolphe, mystérieux et tout-puissant perso

– Lorsque j’aurai parlé à M. Rodolphe, je t’écrirai, dit la Goualeuse, et je te do

– Tiens, j’ai justement sur moi une des cartes que je laisse à mes pratiques, et elle do

– Tu l’aimes donc?

– Ah! mon Dieu oui!… Il faut bien que j’aie un prétexte pour aller le voir en prison… Avoue que je suis une drôle de fille, dit Rigolette en étouffant un soupir et en riant dans ses larmes, comme dit le poëte.

– Tu es bo

Mme Séraphin en avait sans doute assez appris par l’entretien des deux jeunes filles, car elle dit presque brusquement à Fleur-de-Marie:

– Allons, allons, ma chère demoiselle, partons; il est tard, voilà un quart d’heure de perdu.

– A-t-elle l’air bougon, cette vieille!… Je n’aime pas sa figure, dit tout bas Rigolette à Fleur-de-Marie. Puis elle reprit tout haut: Quand tu viendras à Paris, ma bo

– Je tâcherai de t’aller voir, mais certainement je t’écrirai; allons, adieu, Rigolette, adieu… Si tu savais comme je suis heureuse de t’avoir rencontrée!

– Et moi donc… mais ce ne sera pas la dernière fois, je l’espère; et puis je suis si impatiente de savoir si ton M. Rodolphe est le même que le mien… Écris-moi bien vite à ce sujet, je t’en prie.

– Oui, oui… adieu, Rigolette.

– Adieu, ma bo

Et les deux jeunes filles s’embrassèrent tendrement en dissimulant leur émotion.

Rigolette entra dans la prison pour voir Louise, grâce au permis que lui avait fait obtenir Rodolphe.

Fleur-de-Marie monta en fiacre avec Mme Séraphin, qui ordo

Un chemin de traverse très-court conduisait de cet endroit presque directement au bord de la Seine, non loin de l’île du Ravageur.

Fleur-de-Marie, ne co

– Mais il me semble, madame, que ce n’est pas là le chemin de Bouqueval… Et puis comment irons-nous à pied d’ici jusqu’à la ferme?

– Tout ce que je puis vous dire, ma chère demoiselle, reprit cordialement la femme de charge, c’est que j’exécute les ordres de vos bienfaiteurs et que vous leur feriez grand-peine si vous hésitiez à me suivre…

– Oh! madame, ne le pensez pas! s’écria Fleur-de-Marie; vous êtes envoyée par eux, je n’ai aucune question à vous adresser… Je vous suis aveuglément; dites-moi seulement si Mme Georges se porte toujours bien.

– Elle se porte à ravir.

– Et M. Rodolphe?

– Parfaitement bien aussi.

– Vous le co

– Parce que je ne devais rien en dire… apparemment. J’ai mes ordres…

– C’est lui qui vous les a do

– Est-elle curieuse, cette chère demoiselle, est-elle curieuse! dit en riant la femme de charge.

– Vous avez raison; pardo

– En effet, ma chère demoiselle, avant un quart d’heure, nous serons arrivées.

La femme de charge, ayant laissé derrière elle les dernières maisons des Batignolles, suivit avec Fleur-de-Marie un chemin gazo

Le jour était tiède et beau, le ciel à demi-voilé de nuages empourprés par le couchant; le soleil, commençant à décliner, jetait ses rayons obliques sur les hauteurs de Colombes, de l’autre côté de la Seine.

À mesure que Fleur-de-Marie approchait des bords de la rivière, ses joues pâles se coloraient légèrement; elle aspirait avec délices l’air vif et pur de la campagne.

Sa touchante physionomie exprimait une satisfaction si douce que Mme Séraphin lui dit:

– Vous semblez bien contente, ma chère demoiselle?

– Oh! oui, madame… je vais revoir Mme Georges, peut-être M. Rodolphe… j’ai de pauvres créatures très-malheureuses à leur recommander… j’espère qu’on les soulagera… comment ne serais-je pas contente? Si j’étais triste, comment ma tristesse ne s’effacerait-elle pas? Et puis, voyez donc… le ciel est si gai avec ses nuages roses! Et le gazon… est-il vert malgré la saison! et là-bas… là-bas… derrière ces saules, la rivière… est-elle grande, mon Dieu! Le soleil y brille, c’est éblouissant… on dirait des reflets d’or… Il brillait ainsi tout à l’heure dans l’eau du petit bassin de la prison… Dieu n’oublie pas les pauvres priso