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Voulant terminer le plus tôt possible ce triste entretien, Rodolphe dit à Louise:
– Courage, mon enfant, achevez de nous dévoiler ce tissu d’horreurs.
– Hélas! monsieur, ce que vous avez entendu n’est rien encore. En voyant M. Ferrand auprès de moi, je jetai un cri de frayeur. Je voulus fuir, il me retint de force; je me sentais encore si faible, si appesantie, sans doute, à cause de ce breuvage dont vous m’avez parlé, que je ne pus m’échapper de ses mains. «Pourquoi te sauver maintenant? me dit M. Ferrand d’un air éto
– Oh! toutes les précautions étaient prises pour assurer son impunité, dit Rodolphe.
– Oui, monsieur, car j’étais atterrée. À tout ce que me disait M. Ferrand, je ne trouvais rien à répondre. Ignorant quel breuvage il m’avait fait prendre, je ne m’expliquais pas à moi-même la persistance de mon sommeil. Les apparences étaient contre moi. Si je me plaignais, tout le monde m’accuserait; cela devait être, puisque pour moi-même cette nuit affreuse était un mystère impénétrable.
X Le crime
Rodolphe restait confondu de l’effroyable hypocrisie de M. Ferrand.
– Ainsi, dit-il à Louise, vous n’avez pas osé vous plaindre à votre père de l’odieux attentat du notaire?
– Non, monsieur; il m’aurait crue sans doute la complice de M. Ferrand; et puis je craignais que dans sa colère mon père n’oubliât que sa liberté, que l’existence de notre famille dépendaient toujours de mon maître.
– Et probablement, reprit Rodolphe, pour éviter à Louise une partie de ces pénibles aveux, cédant à la contrainte, à la frayeur de perdre votre père par un refus, vous avez continué d’être la victime de ce misérable?
Louise baissa les yeux en rougissant.
– Et ensuite sa conduite fut-elle moins brutale envers vous?
– Non, monsieur; pour éloigner les soupçons, lorsque par hasard il avait le curé de Bo
– Et quand vous vous trouviez seule avec M. Ferrand, comment expliquait-il sa conduite à votre égard devant le curé?
– Il m’assurait qu’il plaisantait. Mais le curé prenait ces accusations au sérieux; il me disait sévèrement qu’il faudrait être doublement vicieuse pour se perdre dans une sainte maison où j’avais continuellement sous les yeux de religieux exemples. À cela je ne savais que répondre, je baissais la tête en rougissant; mon silence, ma confusion, tournaient encore contre moi; la vie m’était si à charge que bien des fois j’ai été sur le point de me détruire; mais je pensais à mon père, à ma mère, à mes frères et sœurs que je soutenais un peu, je me résignais; au milieu de mon avilissement, je trouvais une consolation: au moins mon père était sauvé de la prison. Un nouveau malheur m’accabla, je devins mère… je me vis perdue tout à fait. Je ne sais pourquoi je pressentis que M. Ferrand, en apprenant un événement qui aurait pourtant dû le rendre moins cruel pour moi, redoublerait de mauvais traitements à mon égard; j’étais pourtant loin encore de supposer ce qui allait arriver.
Morel, revenu de son aberration momentanée, regarda autour de lui avec éto
– Il me semble que j’ai eu un moment d’absence; la fatigue, le chagrin… Que disais-tu?
– Lorsque M. Ferrand apprit que j’étais mère…
Le lapidaire fit un geste de désespoir; Rodolphe le calma d’un regard.
– Allons, j’écouterai jusqu’au bout, dit Morel. Va, va.
Louise reprit:
– Je demandai à M. Ferrand par quels moyens je cacherais ma honte et les suites d’une faute dont il était l’auteur. Hélas! c’est à peine si vous me croirez, mon père…
– Eh bien?…
– M’interrompant avec indignation et une feinte surprise, il eut l’air de ne pas me comprendre; il me demanda si j’étais folle. Effrayée, je m’écriai: «Mais, mon Dieu! que voulez-vous donc que je devie
Rodolphe et Morel restaient frappés d’épouvante; une hypocrisie si infernale les foudroyait.
– Oh! je l’avoue, dit Rodolphe, cela passe les prévisions les plus horribles.
Morel ne dit rien; ses yeux s’agrandirent d’une manière effrayante, un spasme convulsif contracta ses traits; il descendit de l’établi où il était assis, ouvrit brusquement un tiroir, y prit une forte lime très-longue, très-acérée, emmanchée dans une poignée de bois et s’élança vers la porte.
Rodolphe devina sa pensée, le saisit par le bras et l’arrêta.