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– N’est-ce pas, rien n’est plus puéril? Eh bien vous n’êtes pas seule à souffrir de ce cruel contraste entre ce qui est et ce qui paraît.
– Comment, monseigneur?
– Aux yeux de tous, votre mari doit sembler encore plus heureux que vous, puisqu’il vous possède… Et pourtant, n’est-il pas aussi bien à plaindre? Est-il au monde une vie plus atroce que la sie
– Et que puis-je à cela, monseigneur? ne pas lui do
– Et je vous assure, madame, que si le service que je vous ai rendu méritait une récompense, je me croirais mille fois payé par votre confiance. Mais, puisque vous voulez bien me demander mes conseils et que vous me permettez de vous parler franchement…
– Oh! je vous en supplie, monseigneur…
– Laissez-moi vous dire que, faute de bien employer une de vos plus précieuses qualités, vous perdez de grandes jouissances qui non-seulement satisferaient aux grands besoins de votre cœur, mais vous distrairaient de vos chagrins domestiques, et répondraient encore à ce besoin d’émotions vives, poignantes, et j’oserais presque ajouter (pardo
– Que voulez-vous dire, monseigneur?
– Je veux dire que si vous vouliez vous amuser à faire le bien, rien ne vous plairait, rien ne vous intéresserait davantage.
Mme d’Harville regarda Rodolphe avec éto
– Et vous comprenez, reprit-il, que je ne vous parle pas d’envoyer avec insouciance, presque avec dédain, une riche aumône à des malheureux que vous ne co
– Je n’avais pas songé, monseigneur, à cette manière d’envisager la charité sous le point de vue amusant, dit Clémence en souriant à son tour.
– C’est une découverte que j’ai due à mon horreur de tout ce qui est e
– Ah! monseigneur, s’écria Mme d’Harville avec attendrissement, vous m’avez sauvée! Je ne puis vous exprimer les nouvelles idées, les consolantes espérances que vos paroles éveillent en moi. Vous dites bien vrai, occuper son cœur et son esprit à se faire adorer de ceux qui souffrent, c’est presque aimer… Que dis-je… c’est mieux qu’aimer… Quand je compare l’existence que j’entrevois à celle qu’une honteuse erreur m’aurait faite, les reproches que je m’adresse sont plus amers encore…
– J’en serais désolé, reprit Rodolphe en souriant, car tout mon désir serait de vous aider à oublier le passé et de vous prouver seulement que le choix des distractions de cœur est nombreux… Les moyens du bien et du mal sont souvent à peu près les mêmes… la fin seule diffère… En un mot, si le bien est aussi attrayant, aussi amusant que le mal, pourquoi préférer celui-ci? Tenez, je vais faire une comparaison bien vulgaire. Pourquoi beaucoup de femmes pre
– C’est un peu trop vrai, monseigneur, dit Mme d’Harville en souriant.
– Eh bien! si je trouve le moyen de vous faire ressentir ces craintes, ces angoisses, ces inquiétudes qui vous affriandent, si j’utilise votre goût naturel pour le mystère et pour les aventures, votre penchant à la dissimulation et à la ruse (toujours mon exécrable opinion des femmes, vous voyez, qui perce malgré moi!), ajouta gaiement Rodolphe, ne changerai-je pas en qualités généreuses des instincts impérieux, inexorables, excellents si on les emploie bien, funestes si on les emploie mal?… Voyons, dites, voulez-vous que nous ourdissions à nous deux toutes sortes de machinations bienfaisantes, de roueries charitables dont seront victimes, comme toujours, de très-bo