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– Comment?
– Je craignais d’accuser un i
– Que signifiaient ces paroles?
– Ce que cela signifiait, monseigneur? Le mercredi soir, M. Polidori disait: Après-demain… Le vendredi… ma mère était morte!…
– Oh! c’est affreux!…
– Lorsque je pus réfléchir et me souvenir, ce mot «après-demain», qui semblait avoir prédit l’époque de la mort de ma mère, me revint à la pensée; je crus que M. Polidori, instruit par la science du peu de temps que ma mère avait encore à vivre, s’était hâté d’en aller instruire Mme Roland… Mme Roland, qui avait tant de raisons de se réjouir de cette mort. Cela seul m’avait fait prendre cet homme et cet femme en horreur… Mais jamais je n’aurais osé supposer… Oh! non, non, encore à cette heure, je ne puis croire à un pareil crime!
– Polidori est le seul médecin qui ait do
– La veille du jour où je l’ai perdue, cet homme avait amené en consultation un de ses confrères. Selon ce que m’apprit ensuite mon père, ce médecin avait trouvé ma mère dans un état très-dangereux… Après ce funeste événement, on me conduisit chez une de nos parentes. Elle avait tendrement aimé ma mère. Oubliant la réserve que mon âge lui commandait, cette parente m’apprit sans ménagement combien j’avais de raisons de haïr Mme Roland. Elle m’éclaira sur les ambitieuses espérances que cette femme devait dès lors concevoir.
«Cette révélation m’accabla; je compris enfin tout ce que ma mère avait dû souffrir. Lorsque je revis mon père, mon cœur se brisa: il venait me chercher pour m’emmener en Normandie; nous devions y passer les premiers temps de notre deuil. Pendant la route, il pleura beaucoup et me dit qu’il n’avait que moi pour l’aider à supporter ce coup affreux. Je lui répondis avec expansion qu’il ne me restait non plus que lui depuis la perte de la plus adorée des mères. Après quelques mots sur l’embarras où il se trouverait s’il était forcé de me laisser seule pendant les absences que ses affaires le forçaient de faire de temps à autre, il m’apprit sans transition, et comme la chose la plus naturelle du monde, que, par bonheur pour lui et pour moi, Mme Roland consentait à prendre la direction de sa maison et à me servir de guide et d’amie.
«L’éto
«Je le suppliai de me permettre de me retirer au Sacré-Cœur, où j’avais quelques amies: j’y resterais jusqu’au moment où il jugerait à propos de me marier. Il me fit observer que le temps était passé où l’on se mariait à la grille d’un couvent; que mon empressement à le quitter lui serait très-sensible, s’il ne voyait dans mes paroles une exaltation excusable, mais peu sensée, qui se calmerait nécessairement; puis il m’embrassa au front en m’appelant mauvaise tête.
«Hélas! en effet, il fallait me soumettre. Jugez, monseigneur, de ma douleur! Vivre de la vie de chaque jour avec une femme à qui je reprochais presque la mort de ma mère… Je prévoyais les scènes les plus cruelles entre mon père et moi, aucune considération ne pouvant m’empêcher de témoigner mon aversion pour Mme Roland. Il me semblait qu’ainsi je vengerais ma mère, tandis que la moindre parole d’affection dite à cette femme m’eût paru une lâcheté sacrilège.
– Mon Dieu, que cette existence dut vous être pénible… que j’étais loin de penser que vous eussiez déjà tant souffert lorsque j’avais le plaisir de vous voir davantage! Jamais un mot de vous ne m’avait fait soupço
– C’est qu’alors, monseigneur, je n’avais pas à m’excuser à vos yeux d’une faiblesse impardo
«En arrivant aux Aubiers (c’est le nom de la terre de mon père), la première perso