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XV Clémence d’Harville
Le lecteur nous excusera d’abando
Les exigences de ce récit multiple, malheureusement trop varié dans son unité, nous forcent de passer incessamment d’un perso
Nous avons encore à suivre quelques-uns des acteurs de ce récit dans ces mansardes où frisso
Dans ces prisons d’hommes et de femmes, prisons souvent coquettes et fleuries, souvent noires et funèbres, mais toujours vastes écoles de perdition, atmosphère nauséabonde et viciée, où l’i
Dans ces hôpitaux où le pauvre, traité parfois avec une touchante humanité, regrette aussi parfois le grabat solitaire qu’il trempait de la sueur glacée de la fièvre…
Dans ces mystérieux asiles où la fille séduite et délaissée met au jour, en l’arrosant de larmes amères, l’enfant qu’elle ne doit plus revoir…
Dans ces lieux terribles où la folie, touchante, grotesque, stupide, hideuse ou féroce, se montre sous des aspects toujours effrayants… depuis l’insensé paisible qui rit tristement de ce rire qui fait pleurer… jusqu’au frénétique qui rugit comme une bête féroce en s’accrochant aux grilles de son cabanon.
Nous avons enfin à explorer…
Mais à quoi bon cette trop longue énumération? Ne devons-nous pas craindre d’effrayer le lecteur? Il a déjà bien voulu nous faire la grâce de nous suivre en des lieux assez étranges, il hésiterait peut-être à nous accompagner dans de nouvelles pérégrinations.
Cela dit, passons.
On se souvient que, la veille du jour où s’accomplissaient les événements que nous venons de raconter (l’enlèvement de la Goualeuse par la Chouette), Rodolphe avait sauvé Mme d’Harville d’un danger imminent, danger suscité par la jalousie de Sarah, qui avait prévenu M. d’Harville du rendez-vous si imprudemment accordé par la marquise à M. Charles Robert.
Rodolphe, profondément ému de cette scène, était rentré chez lui en sortant de la maison de la rue du Temple, remettant au lendemain la visite qu’il comptait faire à Mlle Rigolette et à la famille de malheureux artisans dont nous avons parlé; car il les croyait à l’abri du besoin, grâce à l’argent qu’il avait remis pour eux à la marquise, afin de rendre sa prétendue visite de charité plus vraisemblable aux yeux de M. d’Harville. Malheureusement Rodolphe ignorait que Tortillard s’était emparé de cette bourse, et l’on sait comment le petit boiteux avait commis ce vol audacieux.
Vers les quatre heures, le prince reçut la lettre suivante…
Une femme âgée l’avait apportée et s’en était allée sans attendre la réponse.
«Monseigneur,
Je vous dois plus que la vie; je voudrais vous exprimer aujourd’hui même ma profonde reco
D’ORBIGNY-D’HARVILLE.»
«P. S. Ne prenez pas la peine de me répondre, monseigneur, je serai chez moi toute la soirée.»
Rodolphe, heureux d’avoir rendu à Mme d’Harville un service éminent, regrettait pourtant l’espèce d’intimité forcée que cette circonstance établissait tout à coup entre lui et la marquise.
Incapable de trahir l’amitié de M. d’Harville, mais profondément touché de la grâce spirituelle et de l’attrayante beauté de Clémence, Rodolphe, s’apercevant de son goût trop vif pour elle, avait presque renoncé à la voir après un mois d’assiduités.
Aussi se rappelait-il avec émotion l’entretien qu’il avait surpris à l’ambassade de *** entre Tom et Sarah… Celle-ci, pour motiver sa haine et sa jalousie, avait affirmé, non sans raison, que Mme d’Harville ressentait toujours, presque à son insu, une sérieuse affection pour Rodolphe. Sarah était trop sagace, trop fine, trop initiée à la co
D’autres femmes, fidèles au souvenir de l’homme qu’elles avaient d’abord distingué, seraient restées indifférentes aux regards du commandant. Clémence d’Harville fut donc doublement coupable, quoiqu’elle n’eût cédé qu’à la séduction du malheur, et qu’un vif sentiment du devoir, joint peut-être au souvenir du prince, souvenir salutaire qui veillait au fond de son cœur, l’eût préservée d’une faute irréparable.
Rodolphe, en songeant à son entrevue avec Mme d’Harville, était en proie à mille contradictions. Bien résolu de résister au penchant qui l’entraînait vers elle, tantôt il s’estimait heureux de pouvoir la désaimer, en lui reprochant un choix aussi fâcheux que celui de M. Charles Robert; tantôt, au contraire, il regrettait amèrement de voir tomber le prestige dont il l’avait jusqu’alors entourée.
Clémence d’Harville attendait aussi cette entrevue avec anxiété; les deux sentiments qui prédominaient en elle étaient une douloureuse confusion lorsqu’elle pensait à Rodolphe… une aversion profonde lorsqu’elle pensait à M. Charles Robert.
Beaucoup de raisons motivaient cette aversion, cette haine.
Une femme risquera son repos, son ho
Or, Mme d’Harville, en butte aux sarcasmes et aux insultants regards de Mme Pipelet, avait failli mourir de honte.
Ce n’était pas tout.
Recevant de Rodolphe l’avis du danger qu’elle courait, Clémence avait monté précipitamment au cinquième; la direction de l’escalier était telle qu’en le gravissant elle aperçut M. Charles Robert vêtu de son éblouissante robe de chambre, au moment où reco