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«Le lac de sang où vous sont apparues vos victimes… c’est le sang que vous avez versé. La lave ardente qui l’a remplacé… c’est le remords dévorant qui aurait dû vous consumer afin qu’un jour Dieu, prenant en pitié vos longues tortures, vous appelât à lui… et vous fît goûter les douceurs ineffables du pardon. Mais il n’en sera point ainsi. Non! non! ces avertissements seront inutiles; loin de vous repentir, vous regretterez chaque jour, avec d’horribles blasphèmes, le temps où vous commettiez vos crimes… Hélas! de cette lutte continuelle entre vos ardeurs sanguinaires et l’impossibilité de les satisfaire, entre vos habitudes d’oppression féroce et la nécessité de vous soumettre à des êtres aussi faibles que cruels, il résultera pour vous un sort si affreux, si horrible Oh! pauvre misérable!»

Et la voix de Rodolphe s’altéra.

Et il se tut un moment, comme si l’émotion et l’effroi l’eussent empêché de continuer.

Le Maître d’école sentit ses cheveux se hérisser sur son front.

Quel était donc ce sort qui apitoyait même son bourreau?

– Le sort qui vous attend est si épouvantable, reprit Rodolphe, que Dieu, dans sa vengeance inexorable et toute-puissante, voudrait vous faire expier à vous seul les crimes de tous les hommes qu’il n’imaginerait pas un supplice plus effroyable. Malheur, malheur à vous! La fatalité veut que vous sachiez l’effroyable châtiment qui vous attend, et elle veut que vous ne fassiez rien pour vous y soustraire. Que l’avenir vous soit co

Il sembla au Maître d’école que la vue lui était rendue.

Il ouvrit les yeux… il vit…

Mais ce qu’il vit le frappa d’une telle épouvante qu’il jeta un cri perçant et s’éveilla en sursaut de ce rêve horrible.

IX La lettre

Neuf heures du matin so

Le sommeil de la jeune fille était si léger qu’elle s’éveilla presque à l’instant. Un brillant soleil d’hiver, dardant ses rayons à travers les persie

– Eh bien! mon enfant, dit Mme Georges en s’asseyant sur le lit de la jeune fille et en la baisant au front, comment vous trouvez-vous?

– Mieux, madame… je vous remercie.

– Vous n’avez pas été réveillée ce matin de très-bo

– Non, madame.

– Tant mieux. Ce malheureux aveugle et son fils, auxquels on a do

– Pauvres gens! Pourquoi sont-ils partis si tôt?

– Je ne sais; hier soir, en vous laissant un peu calmée, je suis descendue à la cuisine pour les voir; mais tous deux s’étaient trouvés si fatigués qu’ils avaient demandé la permission de se retirer. Le père Châtelain m’a dit que l’aveugle paraissait ne pas avoir la tête très-saine; et tous nos gens ont été frappés des soins touchants que l’enfant de ce malheureux lui do

– Madame, pardo

– Cela serait imprudent; vous avez, j’en suis sûre, passé une mauvaise nuit. Vos yeux sont fatigués, vous avez mal dormi.

– Il est vrai… j’ai encore eu des rêves effrayants. J’ai revu en songe la femme qui m’a tourmentée quand j’étais enfant; je me suis réveillée en sursaut tout épouvantée. C’est une faiblesse ridicule dont j’ai honte.

– Et moi cette faiblesse m’afflige, puisqu’elle vous fait souffrir, pauvre petite! dit Mme Georges avec un tendre intérêt, en voyant les yeux de la Goualeuse se remplir de larmes.

Celle-ci, se jetant au cou de sa mère adoptive, cacha son visage dans son sein.

– Mon Dieu! qu’avez-vous, Marie? Vous m’effrayez!

– Vous êtes si bo

– Allons, allons, enfant, soyez raiso

– Pardon, madame; mais je ne sais pourquoi, depuis deux jours, par instants mon cœur se brise… Malgré moi les larmes me vie

– Marie… Marie… je vous gronderai si vous vous affectez ainsi de terreurs imaginaires. N’est-ce donc pas assez des chagrins réels qui nous accablent?

– Vous avez raison, madame; j’ai tort, je tâcherai de surmonter cette faiblesse… Si vous saviez, mon Dieu! combien je me reproche de ne pas être toujours gaie, souriante, heureuse… comme je devrais l’être! Hélas! ma tristesse doit vous paraître de l’ingratitude!

Mme Georges allait rassurer la Goualeuse, lorsque Claudine entra, après avoir frappé à la porte.

– Que voulez-vous, Claudine?

– Madame, c’est Pierre qui arrive d’Arnouville dans le cabriolet de Mme Dubreuil; il apporte cette lettre pour vous, il dit que c’est très-pressé.

Mme Georges lut tout haut ce qui suit:

«Ma chère madame Georges, vous me rendriez bien service, et vous pourriez me tirer d’un grand embarras, en venant tout de suite à la ferme: Pierre vous emmènerait et vous reconduirait cette après-dînée. Je ne sais vraiment où do

Votre bien sincère amie.

Femme DUBREUIL.»

– De quoi peut-il être question? dit Mme Georges à Fleur-de-Marie. Heureusement le ton de la lettre de Mme Dubreuil prouve qu’il ne s’agit pas de quelque chose de grave…

– Vous accompagnerai-je, madame? demanda la Goualeuse.

– Cela n’est peut-être pas prudent, car il fait très-froid. Mais, après tout, reprit Mme Georges, cela vous distraira; en vous enveloppant bien, cette petite course ne vous sera que favorable…

– Mais, madame, dit la Goualeuse en réfléchissant, M. le curé m’attend ce soir, à cinq heures, au presbytère.