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Libanius lui serra la main dans les sie
"Ah! cher fils, dit-il, tout ce qu'un homme peut faire, et un grand homme, tu l'as fait. Mais est-ce ta faute si ce marbre est devenu une cire molle qui fond à tous les soleils, reçoit toutes les impressions et se pétrit sous toutes les mains dès que le maître est absent ou mort?»
Julien baissa la tête et ne répondit pas. Comme nous regardions Paul de Larisse, ce jeune homme pensa qu'il était considéré comme responsable et prit la parole.
"Ne suis-je pas en droit de rendre compte, puisque je n'ai pas cessé d'obéir à la première pensée qui me fit partir autrefois avec Basile de ce lieu sacré où nous sommes, pour porter à Julien les paroles de Daphné? Je dirai donc en peu de mots ce qui s'est fait, et vous verrez que nous n'avons pas dévié, mais peut-être vous-mêmes qui nous jugez. – Le cri de Julien devant l'évêque Arien était celui du Chrétien blessé au coeur. Sa croyance était empoiso
Je pensai que Paul avait parlé avec trop d'audace à un homme tel que Libanius et je m'en effrayai pour lui; mais, voyant Libanius sourire, Julien interrompit Paul de Larisse et lui dit avec impatience:
"Eh! ne vois-tu pas que tout ce que tu as raconté est compris dans son image perfide! C'est le filet où il a voulu nous prendre et dans lequel tu tombes. Je n'avais fait là, comme il le dit, que saisir mon ciseau et mon marteau. Mais ici, Libanius, arrêtons-nous et parlons en hommes. N'use point avec moi de la méthode lente de Socrate. Je n'ai que trente-deux ans encore, mais, quelque longue vie qui puisse m'être do
depuis le jour où je suis sorti de Macella, je n'ai vécu, pensé, agi que pour sauver l'Empire, que les Galiléens et leurs folies ont mis à deux doigts de sa perte. Le présent ne m'a pas seulement occupé, mais l'avenir. Une fois éclairé par les évêques eux-mêmes sur l'homme que j'adorais comme Dieu, je n'ai plus considéré que le salut des hommes et les moyens de préserver le monde de l'ignorance qui détruit, en perpétuant la science qui conserve. Je n'ai point interdit les écoles aux Chrétiens, mais j'en ai fondé de nouvelles par tout l'Empire, où l'on pût enseigner aux enfants non seulement Hésiode et Homère, Démosthène, Hérodote et leurs Dieux, mais Platon, mais la morale pure de Marc-Aurèle, et l'enseigner par l'exemple. J'ai jeté pour fondement de cette réforme la réforme des pontifes et des prêtres. J'ai ordo
– Par le ciel, qu'ont dit de plus les Evêques chrétiens, nos anciens amis? s'écria Jean Chrysostome.
– Regarde, dit Basile, en montrant sur la muraille un papyrus très long qui y était déroulé; Libanius a copié de sa main cet édit immortel que tu as écrit pour les temples."
Libanius roulait une boule d'ambre dans sa main et d'abord ne parlait pas; mais, regardant Basile avec ironie:
"Vraiment, dit-il, tu m'as pris en flagrant délit d'admiration et presque de flatterie pour notre cher Julien, et la confusion que cela me cause n'est pas loin de me faire oublier que les pures maximes, les institutions vertueuses, les lois prudentes ne se conservent pas si elles ne sont à l'abri d'un dogme religieux, et que, si Julien les a enfantées, c'est que sans doute il était rempli de la Divinité et s'est senti assez fort pour établir le sentiment de sa foi de manière à la rendre universelle."
Et, comme Julien hésitait à répondre, il continua après avoir attendu un instant:
"Et ce ne peut être à l'ancien Olympe d'Homère qu'il ait foi, car, dans sa Satire des Césars, dont nous parlait Paul de Larisse, notre enfant, j'ai bien peur qu'il n'ait fait la satire des Dieux. Silène et Bacchus n'y sont guère moins ridicules que les Césars faiseurs de poupées (je ne veux pas parler de Claude son aïeul, que Julien a bien traité pour ce motif très naturel qu'il est de son sang); mais les Dieux y sont fort petits auprès de Marc-Aurèle qui leur parle de l'idée, vraie ou fausse, qu'ils sont nourris de la fumée des sacrifices. Il a fait, de la mollesse et de la débauche, des déesses dont la dernière est chrétie
Julien rougit; aucun de nous ne vit cette rougeur avec indifférence, et je compris alors combien il fallait que Libanius eût une intelligence sûre, inébranlable et pénétrante, et quelle force il sentait en lui, pour se résoudre à pousser à bout celui en qui reposaient les destinées du monde. Jean Chrysostome regardait Libanius comme pour demander grâce, Basile avec une tristesse croissante, et Paul de Larisse avec une douleur inexprimable.