Страница 9 из 34
«Vous daignez dire, me dit-il, que vous voulez tuer Alexéi Ivanitch, et que j’en suis témoin? c’est là ce que vous voulez dire? oserais-je vous demander.
– Précisément.
– Mais, mon Dieu! Piôtr Andréitch, quelle folie avez-vous en tête? Vous vous êtes dit des injures avec Alexéi Ivanitch; eh bien, la belle affaire! une injure ne se pend pas au cou. Il vous a dit des sottises, dites-lui des impertinences; il vous do
Les raiso
«Comme vous voudrez, dit Ivan Ignatiitch, faites ce qui vous plaira; mais à quoi bon serai-je témoin de votre duel? Des gens se battent; qu’y a-t-il là d’extraordinaire? oserais-je vous demander. Grâce à Dieu, j’ai approché de près les Suédois et les Turcs, et j’en ai vu de toutes les couleurs.»
Je tâchai de lui expliquer le mieux qu’il me fut possible quel était le devoir d’un second. Mais Ivan Ignatiitch était hors d’état de me comprendre.
«Faites à votre guise, dit-il. Si j’avais à me mêler de cette affaire, ce serait pour aller a
J’eus peur, et suppliai Ivan Ignatiitch de ne rien dire au commandant. Je parvins à grand’peine à le calmer. Cependant il me do
Comme d’habitude, je passai la soirée chez le commandant. Je m’efforçais de paraître calme et gai, pour n’éveiller aucun soupçon et éviter les questions importunes. Mais j’avoue que je n’avais pas le sang-froid dont se vantent les perso
«Pourquoi des seconds? me dit-il sèchement. Nous nous passerons d’eux.»
Nous convînmes de nous battre derrière les tas de foin, le lendemain matin, à six heures. À nous voir causer ainsi amicalement, Ivan Ignatiitch, plein de joie, manqua nous trahir.
«Il y a longtemps que vous eussiez dû faire comme cela, me dit-il d’un air satisfait: mauvaise paix vaut mieux que bo
– Quoi? quoi, Ivan Ignatiitch? dit la femme du capitaine, qui faisait une patience dans un coin; je n’ai pas bien entendu.»
Ivan Ignatiitch, qui, voyant sur mon visage des signes de mauvaise humeur, se rappela sa promesse, devint tout confus, et ne sut que répondre. Chvabrine le tira d’embarras.
«Ivan Ignatiitch, dit-il, approuve la paix que nous avons faite.
– Et avec qui, mon petit père, t’es-tu querellé?
– Mais avec Piôtr Andréitch, et jusqu’aux gros mots.
– Pourquoi cela?
– Pour une véritable misère, pour une chanso
– Beau sujet de querelle, une chanso
– Voici comment. Piôtr Andréitch a composé récemment une chanson, et il s’est mis à me la chanter ce matin. Comme je la trouvais mauvaise, Piôtr Andréitch s’est fâché. Mais ensuite il a réfléchi que chacun est libre de son opinion et tout est dit.»
L’insolence de Chvabrine me mit en fureur; mais nul autre que moi ne comprit ses grossières allusions. Perso
La présence de Chvabrine m’était insupportable. Je me hâtai de dire adieu au commandant et à sa famille. En rentrant à la maison, j’examinai mon épée, j’en essayai la pointe, et me couchai après avoir do
Le lendemain, à l’heure indiquée, je me trouvais derrière les meules de foin, attendant mon adversaire. Il ne tarda pas à paraître. «On peut nous surprendre, me dit-il; il faut se hâter.» Nous mîmes bas nos uniformes, et, restés en gilet, nous tirâmes nos épées du fourreau. En ce moment, Ivan Ignatiitch, suivi de cinq invalides, sortit de derrière un tas de foin. Il nous intima l’ordre de nous rendre chez le commandant. Nous obéîmes de mauvaise humeur. Les soldats nous entourèrent, et nous suivîmes Ivan Ignatiitch, qui nous conduisait en triomphe, marchant au pas militaire avec une majestueuse gravité.
Nous entrâmes dans la maison du commandant. Ivan Ignatiitch ouvrit les portes à deux battants, et s’écria avec emphase: «Ils sont pris!».
Vassilissa Iégorovna accourut à notre rencontre:
«Qu’est-ce que cela veut dire? comploter un assassinat dans notre forteresse! Ivan Kouzmitch, mets-les sur-le-champ aux arrêts… Piôtr Andréitch, Alexéi Ivanitch, do
Ivan Kouzmitch approuvait tout ce que disait sa femme, ne cessant de répéter: «Vois-tu bien! Vassilissa Iégorovna dit la vérité; les duels sont formellement défendus par le code militaire.»
Cependant Palachka nous avait pris nos épées et les avait emportées au grenier. Je ne pus m’empêcher de rire; Chvabrine conserva toute sa gravité.
«Malgré tout le respect que j’ai pour vous, dit-il avec sang-froid à la femme du commandant, je ne puis me dispenser de vous faire observer que vous vous do
– Comment, comment, mon petit père! répliqua la femme du commandant. Est-ce que le mari et la femme ne sont pas la même chair et le même esprit? Ivan Kouzmitch, qu’est-ce que tu baguenaudes? Fourre-les à l’instant dans différents coins, au pain et à l’eau, pour que cette bête d’idée leur sorte de la tête. Et que le père Garasim les mette à la pénitence, pour qu’ils demandent pardon à Dieu et aux hommes.»