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– Elle est couchée, ma petite colombe, répondit la femme du pope, sur mon lit, derrière la cloison. Ah! Piôtr Andréitch, un malheur était bien près d’arriver. Mais, grâce à Dieu, tout s’est heureusement passé. Le scélérat s’était à peine assis à table, que la pauvrette se mit à gémir. Je me sentis mourir de peur. Il l’entendit: «Qui est-ce qui gémit chez toi, vieille?» Je saluai le brigand jusqu’à terre: «Ma nièce, tsar; elle est malade et alitée il y a plus d’une semaine. – Et ta nièce est jeune? – Elle est jeune, tsar. – Voyons, vieille, montre-moi ta nièce.» Je sentis le cœur me manquer; mais que pouvais-je faire? «Fort bien, tsar; mais la fille n’aura pas la force de se lever et de venir devant Ta Grâce. – Ce n’est rien, vieille; j’irai moi-même la voir.» Et, le croiras-tu? le maudit est allé derrière la cloison. Il tira le rideau, la regarda de ses yeux d’épervier, et rien de plus; Dieu nous vint en aide. Croiras-tu que nous étions déjà préparés, moi et le père, à une mort de martyrs? Par bonheur, la petite colombe ne l’a pas reco
En ce moment retentirent à la fois les cris avinés des convives et la voix du père Garasim. Les convives demandaient du vin, et le pope appelait sa femme.
«Retournez à la maison, Piôtr Andréitch, me dit-elle tout en émoi. J’ai autre chose à faire qu’à jaser avec vous. Il vous arrivera malheur si vous leur tombez maintenant sous la main. Adieu, Piôtr Andréitch; ce qui sera sera; peut-être que Dieu daignera ne pas nous abando
La femme du pope rentra chez elle; un peu tranquillisé, je retournai chez moi. En traversant la place, je vis plusieurs Bachkirs qui se pressaient autour du gibet pour arracher les bottes aux pendus. Je retins avec peine l’explosion de ma colère, dont je sentais toute l’inutilité. Les brigands parcouraient la forteresse et pillaient les maisons des officiers. On entendait partout les cris des rebelles dans leurs orgies. Je rentrai à la maison. Savéliitch me rencontra sur le seuil.
«Grâce à Dieu, s’écria-t-il en me voyant, je croyais que les scélérats t’avaient saisi de nouveau. Ah! mon père Piôtr Andréitch, le croiras-tu? les brigands nous ont tout pris: les habits, le linge, les effets, la vaisselle; ils n’ont rien laissé. Mais qu’importe? Grâces soient rendues à Dieu de ce qu’ils ne t’ont pas au moins ôté la vie! Mais as-tu reco
– Non, je ne l’ai pas reco
– Comment, mon petit père! tu as déjà oublié l’ivrogne qui t’a escroqué le touloup, le jour du chasse-neige, un touloup de peau de lièvre, et tout neuf. Et lui, le coquin, a rompu toutes les coutures en l’endossant.»
Je tombai de mon haut. La ressemblance de Pougatcheff et de mon guide était frappante en effet. Je finis par me persuader que Pougatcheff et lui étaient bien le même homme, et je compris alors la grâce qu’il m’avait faite. Je ne pus assez admirer l’étrange liaison des événements. Un touloup d’enfant, do
«Ne daigneras-tu pas manger? me dit Savéliitch qui était fidèle à ses habitudes. Il n’y a rien à la maison, il est vrai; mais je chercherai partout, et je te préparerai quelque chose.»
Resté seul, je me mis à réfléchir. Qu’avais-je à faire? Ne pas quitter la forteresse soumise au brigand ou bien se joindre à sa troupe, était indigne d’un officier. Le devoir voulait que j’allasse me présenter là où je pouvais encore être utile à ma patrie, dans les critiques circonstances où elle se trouvait. Mais mon amour me conseillait avec non moins de force de rester auprès de Marie Ivanovna pour être son protecteur et son champion. Quoique je prévisse un changement prochain et inévitable dans la marche des choses, cependant je ne pouvais me défendre de trembler en me représentant le danger de sa position.
Mes réflexions furent interrompues par l’arrivée d’un Cosaque qui accourait m’a
«Où est-il? demandai-je en me préparant à obéir.
– Dans la maison du commandant, répondit le Cosaque. Après dîner notre père est allé au bain; il repose maintenant. Ah! Votre Seigneurie, on voit bien que c’est un important perso
Je ne crus pas nécessaire de contredire le Cosaque, et je le suivis dans la maison du commandant, tâchant de me représenter à l’avance mon entrevue avec Pougatcheff, et de deviner comment elle finirait. Le lecteur me croira facilement si je lui dis que je n’étais pas pleinement rassuré.
Il commençait à faire sombre quand j’arrivai à la maison du commandant. La potence avec ses victimes se dressait noire et terrible; le corps de la pauvre commandante gisait encore sous le perron, près duquel deux Cosaques montaient la garde. Celui qui m’avait amené entra pour a
Un tableau étrange s’offrit à mes regards. À une table couverte d’une nappe, et toute chargée de bouteilles et de verres, était assis Pougatcheff, entouré d’une dizaine de chefs cosaques, en bo
«Ah! ah! c’est Votre Seigneurie, dit Pougatcheff en me voyant. Soyez le bienvenu. Ho
Les convives se serrèrent; je m’assis en silence au bout de la table. Mon voisin, jeune Cosaque élancé et de jolie figure, me versa une rasade d’eau-de-vie, à laquelle je ne touchai pas. J’étais occupé à considérer curieusement la réunion. Pougatcheff était assis à la place d’ho