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Le duc de Grammont prit du regard la permission du prince et sortit.

Le prince le suivit des yeux, et ses regards restèrent fixés sur la porte, perso

Tout à coup un bruit sourd retentit; le prince se leva vivement en étendant la main du côté d’où venait le bruit. Ce bruit lui était bien co

Chacun s’était levé comme lui.

En ce moment la porte s’ouvrit.

– Monseigneur, dit le maréchal de Grammont radieux, Votre Altesse veut-elle permettre que mon fils, le comte de Guiche, et son compagnon de voyage, le vicomte de Bragelo

– Comment donc! dit vivement le prince, si je le permets! non seulement je le permets, mais je le désire. Qu’ils entrent.

Le maréchal poussa les deux jeunes gens, qui se trouvèrent en face du prince.

– Parlez, messieurs, dit le prince en les saluant, parlez d’abord; ensuite nous nous ferons les compliments d’usage. Le plus pressé pour nous tous maintenant est de savoir où est l’e

C’était au comte de Guiche que revenait naturellement la parole; non seulement il était le plus âgé des deux jeunes gens, mais encore il était présenté au prince par son père. D’ailleurs, il co

Il raconta donc au prince ce qu’ils avaient vu de l’auberge de Mazingarbe.

Pendant ce temps, Raoul regardait ce jeune général déjà si fameux par les batailles de Rocroy, de Fribourg et de Nordlingen.

Louis de Bourbon, prince de Condé, que, depuis la mort de Henri de Bourbon, son père, on appelait, par abréviation et selon l’habitude du temps, Monsieur le Prince, était un jeune homme de vingt-six à vingt-sept ans à peine, au regard d’aigle, agl’occhi grifani, comme dit Dante, au nez recourbé, aux longs cheveux flottant par boucles, à la taille médiocre mais bien prise, ayant toutes les qualités d’un grand homme de guerre, c’est-à-dire coup d’œil, décision rapide, courage fabuleux; ce qui ne l’empêchait pas d’être en même temps homme d’élégance et d’esprit, si bien qu’outre la révolution qu’il faisait dans la guerre par les nouveaux aperçus qu’il y portait, il avait aussi fait révolution à Paris parmi les jeunes seigneurs de la cour, dont il était le chef naturel, et qu’en opposition aux élégants de l’ancie

Aux premiers mots du comte de Guiche et à la direction de laquelle venait le bruit du canon, le prince avait tout compris. L’e

Mais de quelle force était cette troupe? Était-ce un corps destiné à produire une simple diversion? était-ce l’armée tout entière?

C’était la dernière question du prince, à laquelle il était impossible à de Guiche de répondre.

Or, comme c’était la plus importante, c’était aussi celle à laquelle surtout le prince eût désiré une réponse exacte, précise, positive.

Raoul alors surmonta le sentiment bien naturel de timidité qu’il sentait, malgré lui, s’emparer de sa perso

– Monseigneur me permettra-t-il de hasarder sur ce sujet quelques paroles qui peut-être le tireront d’embarras? dit-il.

Le prince se retourna et sembla envelopper tout entier le jeune homme dans un seul regard; il sourit en reco

– Sans doute, monsieur, parlez, dit-il en adoucissant sa voix brève et accentuée, comme s’il eût cette fois adressé la parole à une femme.

– Monseigneur, répondit Raoul en rougissant, pourrait interroger le priso

– Vous avez fait un priso

– Oui, Monseigneur.

– Ah! c’est vrai, répondit de Guiche, je l’avais oublié.

– C’est tout simple, c’est vous qui l’avez fait, comte, dit Raoul en souriant.

Le vieux maréchal se retourna vers le vicomte reco

– Le jeune homme a raison, qu’on amène le priso

Pendant ce temps, le prince prit de Guiche à part et l’interrogea sur la manière dont ce priso

– Monsieur, dit le prince en revenant vers Raoul, je sais que vous avez une lettre de ma sœur, madame de Longueville, mais je vois que vous avez préféré vous recommander vous-même en me do

– Monseigneur, dit Raoul en rougissant, je n’ai point voulu interrompre Votre Altesse dans une conversation aussi importante que celle qu’elle avait entamée avec M. le comte. Mais voici la lettre.

– C’est bien, dit le prince, vous me la do

En effet, on amenait le partisan. C’était un de ces condottieri comme il en restait encore à cette époque, vendant leur sang à qui voulait l’acheter et vieillis dans la ruse et le pillage. Depuis qu’il avait été pris, il n’avait pas prononcé une seule parole; de sorte que ceux qui l’avaient pris ne savaient pas eux-mêmes à quelle nation il appartenait.

Le prince le regarda d’un air d’indicible défiance.

– De quelle nation es-tu? demanda le prince.

Le priso

– Ah! ah! il paraît qu’il est Espagnol. Parlez-vous espagnol, Grammont?

– Ma foi, Monseigneur, fort peu.

– Et moi, pas du tout, dit le prince en riant; messieurs, ajouta-t-il en se retournant vers ceux qui l’enviro

– Moi, Monseigneur, dit Raoul.

– Ah! vous parlez espagnol?

– Assez, je crois, pour exécuter les ordres de Votre Altesse en cette occasion.

Pendant tout ce temps, le priso

– Monseigneur vous a fait demander de quelle nation vous êtes, dit le jeune homme dans le plus pur castillan.

– Ich bin ein Deutscher, répondit le priso

– Que diable dit-il? demanda le prince, et quel nouveau baragouin est celui-là?

– Il dit qu’il est Allemand, Monseigneur, reprit Raoul; cependant j’en doute, car son accent est mauvais et sa prononciation défectueuse.

– Vous parlez donc allemand aussi? demanda le prince.

– Oui, Monseigneur, répondit Raoul.

– Assez pour l’interroger dans cette langue?

– Oui, Monseigneur.

– Interrogez-le donc, alors.

Raoul commença l’interrogatoire, mais les faits vinrent à l’appui de son opinion. Le priso

– Non siete Spagnuolo, dit-il, non siete Tedesco, siete Italiano.

Le priso

– Ah! ceci, je l’entends à merveille, dit le prince de Condé, et puisqu’il est Italien, je vais continuer l’interrogatoire. Merci, vicomte, continua le prince en riant, je vous nomme, à partir de ce moment, mon interprète.

Mais le priso