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En apercevant Athos, Aramis s’avança vers lui, le prit par la main et le présenta à Scarron, qui témoigna autant de plaisir que de respect pour le nouvel hôte, et fit un compliment très spirituel pour le vicomte. Raoul resta interdit, car il ne s’était pas préparé à la majesté du bel esprit. Toutefois il salua avec beaucoup de grâce. Athos reçut ensuite les compliments de deux ou trois seigneurs auxquels le présenta Aramis; puis le tumulte de son entrée s’effaça peu à peu, et la conversation devint générale.
Au bout de quatre ou cinq minutes, que Raoul employa à se remettre et à prendre topographiquement co
Athos toucha de la main l’épaule du vicomte.
– Regardez cette femme, Raoul, dit-il, car c’est un perso
Raoul tressaillit; à chaque instant, depuis quelques jours, se levait pour lui quelque rideau qui lui découvrait un aspect héroïque: cette femme, encore jeune et encore belle, qui entrait, avait co
Chacun s’empressa auprès de la nouvelle venue, car elle était toujours fort à la mode. C’était une grande perso
Nos belles dames d’aujourd’hui qui visent à ce titre fashionable sauront donc qu’il leur vient, non pas d’Angleterre, comme elles le croyaient peut-être, mais de leur belle et spirituelle compatriote mademoiselle Paulet.
Mademoiselle Paulet alla droit à Scarron, au milieu du murmure qui de toutes parts s’éleva à son arrivée.
– Eh bien, mon cher abbé! dit-elle de sa voix tranquille, vous voilà donc pauvre? Nous avons appris cela cet après-midi, chez madame de Rambouillet, c’est M. de Grasse qui nous l’a dit.
– Oui, mais l’État est riche maintenant, dit Scarron; il faut savoir se sacrifier à son pays.
– Monsieur le cardinal va s’acheter pour quinze cents livres de plus de pommades et de parfums par an, dit un frondeur qu’Athos reco
– Mais la Muse, que dira-t-elle, répondit Aramis de sa voix mielleuse; la Muse qui a besoin de la médiocrité dorée? Car enfin:
Si Virgilio puer aut tolerabile desit
Hospitium, caderent omnes a crinibus hydri.
– Bon! dit Scarron en tendant la main à mademoiselle Paulet; mais si je n’ai plus mon hydre, il me reste au moins ma lio
Tous les mots de Scarron paraissaient exquis ce soir-là. C’est le privilège de la persécution. M. Ménage en fit des bonds d’enthousiasme.
Mademoiselle Paulet alla prendre sa place accoutumée; mais, avant de s’asseoir, elle promena du haut de sa grandeur un regard de reine sur toute l’assemblée, et ses yeux s’arrêtèrent sur Raoul.
Athos sourit.
– Vous avez été remarqué par mademoiselle Paulet, vicomte; allez la saluer. Do
Le vicomte s’approcha en rougissant de la Lio
Cela faisait déjà deux groupes bien distincts: celui qui entourait M. Ménage, et celui qui entourait mademoiselle Paulet; Scarron courait de l’un à l’autre, manœuvrant son fauteuil à roulettes au milieu de tout ce monde avec autant d’adresse qu’un pilote expérimenté ferait d’une barque au milieu d’une mer parsemée d’écueils.
– Quand causerons-nous? dit Athos à Aramis.
– Tout à l’heure, répondit celui-ci; il n’y a pas encore assez de monde, et nous serions remarqués.
En ce moment la porte s’ouvrit, et le laquais a
À ce nom, tout le monde se retourna, car c’était un nom qui commençait déjà à devenir fort célèbre.
Athos fit comme les autres. Il ne co
Il vit entrer un petit homme noir, mal fait, myope, maladroit de ses mains à toutes choses, excepté à tirer l’épée et le pistolet, qui alla tout d’abord do
Scarron se retourna de son côté et vint au-devant de lui dans son fauteuil, mademoiselle Paulet salua de sa place et de la main.
– Eh bien! dit le coadjuteur en apercevant Scarron, ce qui ne fut que lorsqu’il se trouva sur lui, vous voilà donc en disgrâce, l’abbé?
C’était la phrase sacramentelle; elle avait été dite cent fois dans la soirée, et Scarron en était à son centième bon mot sur le même sujet: aussi faillit-il rester court; mais un effort désespéré le sauva.
– M. le cardinal Mazarin a bien voulu songer à moi, dit-il.
– Prodigieux! s’écria Ménage.
– Mais comment allez-vous faire pour continuer de nous recevoir? continua le coadjuteur. Si vos revenus baissent je vais être obligé de vous faire nommer chanoine de Notre-Dame.
– Oh! non pas, dit Scarron, je vous compromettrais trop.
– Alors vous avez des ressources que nous ne co
– J’emprunterai à la reine.
– Mais Sa Majesté n’a rien à elle, dit Aramis; ne vit-elle pas sous le régime de la communauté?
Le coadjuteur se retourna et sourit à Aramis, en lui faisant du bout du doigt un signe d’amitié.
– Pardon, mon cher abbé, lui dit-il, vous êtes en retard, et il faut que je vous fasse un cadeau.
– De quoi? dit Aramis.
– D’un cordon de chapeau.
Chacun se retourna du côté du coadjuteur, qui tira de sa poche un cordon de soie d’une forme singulière.
– Ah! mais, dit Scarron, c’est une fronde, cela!
– Justement, dit le, coadjuteur, on fait tout à la fronde. Mademoiselle Paulet, j’ai un éventail pour vous à la fronde. Je vous do
Aramis prit le cordon et le noua autour de son chapeau.
En ce moment la porte s’ouvrit, et le laquais cria à haute voix:
– Madame la duchesse de Chevreuse!
Au nom de madame de Chevreuse, tout le monde se leva.
Scarron dirigea vivement son fauteuil du côté de la porte. Raoul rougit. Athos fit un signe à Aramis, qui alla se tapir dans l’embrasure d’une fenêtre.
Au milieu des compliments respectueux qui l’accueillirent à son entrée, la duchesse cherchait visiblement quelqu’un ou quelque chose. Enfin elle distingua Raoul, et ses yeux devinrent étincelants: elle aperçut Athos, et devint rêveuse; elle vit Aramis dans l’embrasure de la fenêtre, et fit un imperceptible mouvement de surprise derrière son éventail.
– À propos, dit-elle comme pour chasser les idées qui l’envahissaient malgré elle, comment va ce pauvre Voiture? Savez-vous, Scarron?
– Comment! M. Voiture est malade? demanda le seigneur qui avait parlé à Athos dans la rue Saint-Honoré, et qu’a-t-il donc encore?
– Il a joué sans avoir eu le soin de faire prendre par son laquais des chemises de rechange, dit le coadjuteur, de sorte qu’il a attrapé un froid et s’en va mourant.
– Où donc cela?
– Eh! mon Dieu! chez moi. Imaginez donc que le pauvre Voiture avait fait un vœu sole