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– Racheter ma liberté! répéta Mazarin.
– Oui, Monseigneur.
– Et combien cela me coûtera-t-il, monsieur d’Artagnan?
– Dame, Monseigneur, je ne sais pas encore. Nous allons demander cela au comte de La Fère, si Votre Éminence veut bien le permettre. Que Votre Éminence daigne donc ouvrir la porte qui mène chez lui, et dans dix minutes elle sera fixée.
Mazarin tressaillit.
– Monseigneur, dit d’Artagnan, Votre Éminence voit combien nous y mettons de formes, mais cependant nous sommes obligés de la prévenir que nous n’avons pas de temps à perdre; ouvrez donc, Monseigneur, s’il vous plaît, et veuillez vous souvenir, une fois pour toutes, qu’au moindre mouvement que vous feriez pour fuir, au moindre en que vous pousseriez pour échapper, notre position étant tout exceptio
– Soyez tranquilles, messieurs, dit Mazarin, je ne tenterai rien, je vous en do
D’Artagnan fit un signe à Porthos de redoubler de surveillance, puis, se retournant vers Mazarin:
– Maintenant, Monseigneur, entrons, s’il vous plaît.
XCIII. Conférences
Mazarin fit jouer le verrou d’une double porte, sur le seuil de laquelle se trouva Athos tout prêt à recevoir son illustre visiteur, selon l’avis que Comminges lui avait do
En apercevant Mazarin il s’inclina.
– Votre Éminence, dit-il, pouvait se dispenser de se faire accompagner; l’ho
– Aussi, mon cher comte, dit d’Artagnan, Son Éminence ne voulait-elle pas absolument de nous; c’est du Vallon et moi qui avons insisté, d’une façon inconvenante peut-être, tant nous avions grand désir de vous voir.
À cette voix, à son accent railleur, à ce geste si co
– D’Artagnan! Porthos! s’écria-t-il.
– En perso
– En perso
– Que veut dire ceci? demanda le comte.
– Ceci veut dire, répondit Mazarin, en essayant, comme il l’avait déjà fait, de sourire, et en se mordant les lèvres en souriant, cela veut dire que les rôles ont changé, et qu’au lieu que ces messieurs soient mes priso
– Ah! Monseigneur, dit d’Artagnan, ne menacez point; c’est d’un mauvais exemple. Nous sommes si doux et si charmants avec Votre Éminence! Voyons, mettons de côté toute mauvaise humeur, écartons toute rancune, et causons gentiment.
– Je ne demande pas mieux, messieurs, dit Mazarin; mais au moment de discuter ma rançon, je ne veux pas que vous teniez votre position pour meilleure qu’elle n’est; en me prenant au piège, vous vous êtes pris avec moi. Comment sortirez-vous d’ici? Voyez les grilles, voyez les portes, voyez ou plutôt devinez les sentinelles qui veillent derrière ces portes et ces grilles, les soldats qui encombrent ces cours, et composons. Tenez, je vais vous montrer que je suis loyal.
– Bon! pensa d’Artagnan, tenons-nous bien, il va nous jouer un tour.
– Je vous offrais votre liberté, continua le ministre, je vous l’offre encore. En voulez-vous? Avant une heure vous serez découverts, arrêtés, forcés de me tuer, ce qui serait un crime horrible et tout à fait indigne de loyaux gentilshommes comme vous.
– Il a raison, pensa Athos.
Et comme toute raison qui passait dans cette âme qui n’avait que de nobles pensées, sa pensée se refléta dans ses yeux.
– Aussi, dit d’Artagnan pour corriger l’espoir que l’adhésion tacite d’Athos avait do
– Si au contraire, continua Mazarin, vous me laissez aller en acceptant votre liberté…
– Comment, interrompit d’Artagnan, voulez-vous que nous acceptions notre liberté, puisque vous pouvez nous la reprendre, vous le dites vous-même, cinq minutes après nous l’avoir do
– Non, foi de cardinal… Vous ne me croyez pas?
– Monseigneur, je ne crois pas aux cardinaux qui ne sont pas prêtres.
– Eh bien! foi de ministre!
– Vous ne l’êtes plus, Monseigneur, vous êtes priso
– Alors, foi de Mazarin! Je le suis et le serai toujours, je l’espère.
– Hum! fit d’Artagnan, j’ai entendu parler d’un Mazarin qui avait peu de religion pour ses serments, et j’ai peur que ce ne soit un des ancêtres de Votre Éminence.
– Monsieur d’Artagnan, dit Mazarin, vous avez beaucoup d’esprit, et je suis tout à fait fâché de m’être brouillé avec vous.
– Monseigneur, raccommodons-nous, je ne demande pas mieux.
– Eh bien! dit Mazarin, si je vous mets en sûreté d’une façon évidente, palpable?…
– Ah! c’est autre chose, dit Porthos.
– Voyons, dit Athos.
– Voyons, dit d’Artagnan.
– D’abord, acceptez-vous? demanda le cardinal.
– Expliquez-nous votre plan, Monseigneur, et nous verrons.
– Faites attention que vous êtes enfermés, pris.
– Vous savez bien, Monseigneur, dit d’Artagnan, qu’il nous reste toujours une dernière ressource.
– Laquelle?
– Celle de mourir ensemble.
Mazarin frisso
– Tenez, dit-il, au bout du corridor est une porte dont j’ai la clef; cette porte do
– Ah! pardieu! Monseigneur, dit d’Artagnan, à la bo
– La voici.
– Ah! Monseigneur, dit d’Artagnan, vous nous conduirez bien vous-même jusqu’à cette porte.
– Très volontiers, dit le ministre, s’il vous faut cela pour vous tranquilliser.
Mazarin, qui n’espérait pas en être quitte à si bon marché, se dirigea tout radieux vers le corridor et ouvrit la porte.
Elle do
– Diable! diable! dit d’Artagnan, il fait une nuit horrible, Monseigneur. Nous ne co
– Soit, dit le cardinal.
Et coupant en ligne droite, il marcha d’un pas rapide vers le mur, au pied duquel tous quatre furent en un instant.
– Êtes-vous contents, messieurs? demanda Mazarin.
– Je crois bien! nous serions difficiles! Peste! quel ho
– Oui.
– Vous vous trompez: il n’y a d’armés que M. du Vallon et moi; M. le comte ne l’est pas, et si nous étions rencontrés par quelque patrouille, il faut que nous puissions nous défendre.
– C’est trop juste.
– Mais où trouverons-nous une épée? demanda Porthos.
– Monseigneur, dit d’Artagnan, prêtera au comte la sie
– Bien volontiers, dit le cardinal; je prierai même M. le comte de vouloir bien la garder en souvenir de moi.
– J’espère que voilà qui est galant, comte! dit d’Artagnan.
– Aussi, répondit Athos, je promets à Monseigneur de ne jamais m’en séparer.