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LXXXVII. Précautions

Après avoir quitté A

Dans la cour du vieux château, il monta en carrosse et gagna la Seine à Chatou. M. le Prince lui avait fourni cinquante chevau-légers d’escorte, non pas tant pour le garder encore que pour montrer aux députés combien les généraux de la reine disposaient facilement de leurs troupes et les pouvaient disséminer selon leur caprice.

Athos, gardé à vue par Comminges, à cheval et sans épée, suivait le cardinal sans dire un seul mot. Grimaud, laissé à la porte du château par son maître, avait entendu la nouvelle de son arrestation quand Athos l’avait criée à Aramis, et, sur un signe du comte, il était allé, sans dire un seul mot, prendre rang près d’Aramis, comme s’il ne se fût rien passé.

Il est vrai que Grimaud, depuis vingt-deux ans qu’il servait son maître, avait vu celui-ci se tirer de tant d’aventures, que rien ne l’inquiétait plus.

Les députés, aussitôt après leur audience, avaient repris le chemin de Paris, c’est-à-dire qu’ils précédaient le cardinal d’environ cinq cents pas. Athos pouvait donc, en regardant devant lui, voir le dos d’Aramis, dont le ceinturon doré et la tournure fière fixèrent ses regards parmi cette foule, tout autant que l’espoir de la délivrance qu’il avait mis en lui, l’habitude, la fréquentation et l’espèce d’attraction qui résulte de toute amitié.

Aramis, au contraire, ne paraissait pas s’inquiéter le moins du monde s’il était suivi par Athos. Une seule fois il se retourna; il est vrai que ce fut en arrivant au château. Il supposait que Mazarin laisserait peut-être là son nouveau priso

À l’embranchement du chemin de Paris à Rueil, Aramis se retourna. Cette fois ses prévisions ne l’avaient pas trompé. Mazarin prit à droite, et Aramis put voir le priso

Dix minutes après, Mazarin rentrait dans la cour du château, que le cardinal son prédécesseur avait fait disposer pour lui à Rueil.

Au moment où il mettait pied à terre au bas du perron, Comminges s’approcha de lui.

– Monseigneur, demanda-t-il, où plairait-il à Votre Éminence que nous logions M. de La Fère?

– Mais au pavillon de l’orangerie, en face du pavillon où est le poste. Je veux qu’on fasse ho

– Monseigneur, hasarda Comminges, il demande la faveur d’être conduit près de M. d’Artagnan, qui occupe, ainsi que Votre Éminence l’a ordo

Mazarin réfléchit un instant.

Comminges vit qu’il se consultait.

– C’est un poste très fort, ajouta-t-il; quarante hommes sûrs, des soldats éprouvés, presque tous Allemands, et par conséquent n’ayant aucune relation avec les frondeurs ni aucun intérêt dans la Fronde.

– Si nous mettions ces trois hommes ensemble, monsou de Comminges, dit Mazarin, il nous faudrait doubler le poste et nous ne sommes pas assez riches en défenseurs pour faire de ces prodigalités-là.

Comminges sourit. Mazarin vit ce sourire et le comprit.

– Vous ne les co

– Mais s’ils ont si bien servi Votre Éminence, pourquoi donc Votre Éminence les tient-elle en prison?

– En prison! dit Mazarin; et depuis quand Rueil est-il une prison?

– Depuis qu’il y a des priso

– Ces messieurs ne sont pas mes priso

Comminges s’inclina et revint vers Athos, qui attendait, avec un calme apparent, mais avec une inquiétude réelle, le résultat de la conférence.

– Eh bien? demanda-t-il au lieutenant des gardes.

– Monsieur, répondit Comminges, il paraît que c’est impossible.

– Monsieur de Comminges, dit Athos, j’ai toute ma vie été soldat, je sais donc ce que c’est qu’une consigne; mais en dehors de cette consigne vous pourriez me rendre un service.

– Je le veux de grand cœur, monsieur, répondit Comminges, depuis que je sais qui vous êtes et quels services vous avez rendus autrefois à Sa Majesté; depuis que je sais combien vous touche ce jeune homme qui est si vaillamment venu à mon secours le jour de l’arrestation de ce vieux drôle de Broussel, je me déclare tout vôtre, sauf cependant la consigne.

– Merci, monsieur, je n’en désire pas davantage et je vais vous demander une chose qui ne vous compromettra aucunement.

– Si elle ne me compromet qu’un peu, monsieur, dit en souriant M. de Comminges, demandez toujours. Je n’aime pas beaucoup plus que vous M. Mazarini: je sers la reine, ce qui m’entraîne tout naturellement à servir le cardinal; mais je sers l’une avec joie et l’autre à contrecœur. Parlez donc, je vous prie; j’attends et j’écoute.

– Puisqu’il n’y a aucun inconvénient, dit Athos, que je sache que M. d’Artagnan est ici, il n’y en a pas davantage, je présume, à ce qu’il sache que j’y suis moi-même?

– Je n’ai reçu aucun ordre à cet endroit, monsieur.

– Eh bien! faites-moi donc le plaisir de lui présenter mes civilités et de lui dire que je suis son voisin. Vous lui a

– Qui ne peut durer, ajouta Comminges; M. le cardinal me le disait lui-même, il n’y a point ici de prison.

– Il y a des oubliettes, dit en souriant Athos.

– Oh! ceci est autre chose, dit Comminges. Oui, je sais qu’il y a des traditions à ce sujet; mais un homme de petite naissance comme l’est le cardinal, un Italien qui est venu chercher fortune en France, n’oserait se porter à de pareils excès envers des hommes comme vous; ce serait une énormité. C’était bon du temps de l’autre cardinal, qui était un grand seigneur; mais mons Mazarin! allons donc! les oubliettes sont vengeances royales et auxquelles ne doit pas toucher un pleutre comme lui. On sait votre arrestation, on saura bientôt celle de vos amis, monsieur, et toute la noblesse de France lui demanderait compte de votre disparition. Non, non, tranquillisez-vous, les oubliettes de Rueil sont devenues, depuis dix ans, des traditions à l’usage des enfants. Demeurez donc sans inquiétude à cet endroit. De mon côté, je préviendrai M. d’Artagnan de votre arrivée ici. Qui sait si dans quinze jours vous ne me rendrez pas quelque service analogue!