Страница 120 из 212
Et elle courut à une table sur laquelle étaient du papier et de l’encre, et se mit à écrire.
LIII. L’entrevue
Ce matin-là d’Artagnan était couché dans la chambre de Porthos. C’était une habitude que les deux amis avaient prise depuis les troubles. Sous leur chevet était leur épée, et sur leur table, à portée de la main étaient leurs pistolets.
D’Artagnan dormait encore et rêvait que le ciel se couvrait d’un grand nuage jaune, que de ce nuage tombait une pluie d’or, et qu’il tendait son chapeau sous une gouttière.
Porthos rêvait de son côté que le pa
Ils furent réveillés à sept heures par un valet sans livrée qui apportait une lettre à d’Artagnan.
– De quelle part? demanda le Gascon.
– De la part de la reine, répondit le valet.
– Hein! fit Porthos en se soulevant sur son lit, que dit-il donc?
D’Artagnan pria le valet de passer dans une salle voisine, et dès qu’il eut refermé la porte il sauta à bas de son lit et lut rapidement, pendant que Porthos le regardait les yeux écarquillés et sans oser lui adresser une question.
– Ami Porthos, dit d’Artagnan en lui tendant la lettre, voici pour cette fois ton titre de baron et mon brevet de capitaine. Tiens, lis et juge.
Porthos étendit la main, prit la lettre, et lut ces mots d’une voix tremblante:
«La reine veut parler à monsieur d’Artagnan, qu’il suive le porteur.»
– Eh bien! dit Porthos, je ne vois rien là que d’ordinaire.
– J’y vois, moi, beaucoup d’extraordinaire, dit d’Artagnan. Si l’on m’appelle, c’est que les choses sont bien embrouillées. Songe un peu quel remue-ménage a dû se faire dans l’esprit de la reine, pour qu’après vingt ans mon souvenir remonte à la surface.
– C’est juste, dit Porthos.
– Aiguise ton épée, baron, charge tes pistolets, do
– Ah çà! ce n’est point un piège qu’on nous tend pour se défaire de nous? dit Porthos toujours préoccupé de la gêne que sa grandeur future devait causer à autrui.
– Si c’est un piège, reprit d’Artagnan, je le flairerai, sois tranquille. Si Mazarin est Italien, je suis Gascon, moi.
Et d’Artagnan s’habilla en un tour de main.
Comme Porthos, toujours couché, lui agrafait son manteau, on frappa une seconde fois à la porte.
– Entrez, dit d’Artagnan.
Un second valet entra.
– De la part de Son Éminence le cardinal Mazarin, dit-il.
D’Artagnan regarda Porthos.
– Voilà qui se complique, dit Porthos, par où commencer?
– Cela tombe à merveille, dit d’Artagnan; Son Éminence me do
– Bien.
– Mon ami, dit d’Artagnan se retournant vers le valet, dites à Son Éminence que dans une demi-heure je suis à ses ordres.
Le valet salua et sortit.
– C’est bien heureux qu’il n’ait pas vu l’autre, reprit d’Artagnan.
– Tu crois donc qu’ils ne t’envoient pas chercher tous deux pour la même chose?
– Je ne le crois pas, j’en suis sûr.
– Allons, allons, d’Artagnan, alerte! Songe que la reine t’attend; après la reine, le cardinal; et après le cardinal, moi.
D’Artagnan rappela le valet d’A
– Me voilà, mon ami, dit-il, conduisez-moi.
Le valet le conduisit par la rue des Petits-Champs, et, tournant à gauche, le fit entrer par la petite porte du jardin qui do
Une certaine émotion dont il ne pouvait se rendre compte faisait battre le cœur du lieutenant; il n’avait plus la confiance de la jeunesse, et l’expérience lui avait appris toute la gravité des événements passés. Il savait ce que c’était que la noblesse des princes et la majesté des rois, il s’était habitué à classer sa médiocrité après les illustrations de la fortune et de la naissance. Jadis il eût abordé A
Un léger bruit troubla le silence de l’oratoire. D’Artagnan tressaillit et vit une blanche main soulever la tapisserie, et à sa forme, à sa blancheur, à sa beauté, il reco
La reine entra.
– C’est vous, monsieur d’Artagnan, dit-elle en arrêtant sur l’officier un regard plein d’affectueuse mélancolie, c’est vous et je vous reco
– Non, Madame, répondit d’Artagnan.
– Mais ne savez-vous donc plus, continua A
– Non, Madame, j’ignore cela, dit le mousquetaire.
– Tant pis, monsieur, dit A
– Eh quoi! dit d’Artagnan, la reine, entourée comme elle est de serviteurs si dévoués, de conseillers si sages, d’hommes si grands enfin par leur mérite ou leur position, daigne jeter les yeux sur un soldat obscur!
A
– Tout ce que vous me dites de ceux qui m’entourent, monsieur d’Artagnan, est vrai peut-être, dit la reine: mais moi je n’ai de confiance qu’en vous seul. Je sais que vous êtes à M. le cardinal, mais soyez à moi aussi et je me charge de votre fortune. Voyons, feriez-vous pour moi aujourd’hui ce que fit jadis pour la reine ce gentilhomme que vous ne co
– Je ferai tout ce qu’ordo
La reine réfléchit un moment; et, voyant l’attitude circonspecte du mousquetaire:
– Vous aimez peut-être le repos? dit-elle.
– Je ne sais, car je ne me suis jamais reposé, Madame.
– Avez-vous des amis?
– J’en avais trois: deux ont quitté Paris et j’ignore où ils sont allés. Un seul me reste, mais c’est un de ceux qui co
– C’est bien, dit la reine: vous et votre ami, vous valez une armée.
– Que faut-il que je fasse, Madame?
– Revenez à cinq heures et je vous le dirai; mais ne parlez à âme qui vive, monsieur, du rendez-vous que je vous do
– Non, Madame.
– Jurez-le sur le Christ.
– Madame, je n’ai jamais menti à ma parole; quand je dis non, c’est non.
La reine, quoique éto
– La reine n’a pas autre chose à m’ordo
– Non, monsieur, répondit A
D’Artagnan salua et sortit.
– Diable! dit-il lorsqu’il fut à la porte, il paraît qu’on a bien besoin de moi ici.
Puis, comme la demi-heure était écoulée. Il traversa la galerie et alla heurter à la porte du cardinal.
Bernouin l’introduisit.
– Je me rends à vos ordres, Monseigneur, dit-il.
Et, selon son habitude, d’Artagnan jeta un coup d’œil rapide autour de lui, et remarqua que Mazarin avait devant lui une lettre cachetée. Seulement elle était posée sur le bureau du côté de l’écriture, de sorte qu’il était impossible de voir à qui elle était adressée.