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IV. A
Resté seul avec Bernouin, Mazarin demeura un instant pensif; il en savait beaucoup, et cependant il n’en savait pas encore assez. Mazarin était tricheur au jeu; c’est un détail que nous a conservé Brie
– Monseigneur n’ordo
– Si fait, répondit Mazarin; éclaire-moi, je vais chez la reine.
Bernouin prit un bougeoir et marcha le premier.
Il y avait un passage secret qui aboutissait des appartements et du cabinet de Mazarin aux appartements de la reine; c’était par ce corridor que passait le cardinal pour se rendre à toute heure auprès d’A
En arrivant dans la chambre à coucher où do
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Quant au livre avec lequel jouait le roi, c’était un Quinte-Curce enrichi de gravures représentant les hauts faits d’Alexandre.
Madame Beauvais apparut à la porte de l’oratoire et a
L’enfant se releva sur un genou, le sourcil froncé, et regardant sa mère:
– Pourquoi donc, dit-il, entre-t-il ainsi sans faire demander audience?
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– Il est important, répliqua-t-elle, qu’un premier ministre, dans les temps où nous sommes, puisse venir rendre compte à toute heure de ce qui se passe à la reine, sans avoir à exciter la curiosité ou les commentaires de toute la cour.
– Mais il me semble que M. de Richelieu n’entrait pas ainsi, répondit l’enfant implacable.
– Comment vous rappelez-vous ce que faisait M. de Richelieu? vous ne pouvez le savoir, vous étiez trop jeune.
– Je ne me le rappelle pas, je l’ai demandé, on me l’a dit.
– Et qui vous a dit cela? reprit A
– Je sais que je ne dois jamais nommer les perso
En ce moment Mazarin entra. Le roi se leva alors tout à fait, prit son livre, le plia et alla le porter sur la table, près de laquelle il se tint debout pour forcer Mazarin à se tenir debout aussi.
Mazarin surveillait de son œil intelligent toute cette scène, à laquelle il semblait demander l’explication de celle qui l’avait précédée.
Il s’inclina respectueusement devant la reine et fit une profonde révérence au roi, qui lui répondit par un salut de tête assez cavalier; mais un regard de sa mère lui reprocha cet abandon aux sentiments de haine que dès son enfance Louis XIV avait vouée au cardinal, et il accueillit le sourire sur les lèvres le compliment du ministre.
A
Le ministre fit un signe de tête imperceptible; alors la reine s’adressant à madame Beauvais:
– Il est temps que le roi se couche, dit-elle, appelez Laporte.
Déjà la reine avait dit deux ou trois fois au jeune Louis de se retirer, et toujours l’enfant avait tendrement insisté pour rester; mais cette fois, il ne fit aucune observation, seulement il se pinça les lèvres et pâlit.
Un instant après, Laporte entra.
L’enfant alla droit à lui sans embrasser sa mère.
– Eh bien, Louis, dit A
– Je croyais que vous étiez fâchée contre moi, Madame: vous me chassez.
– Je ne vous chasse pas: seulement vous venez d’avoir la petite vérole, vous êtes souffrant encore, et je crains que veiller ne vous fatigue.
– Vous n’avez pas eu la même crainte quand vous m’avez fait aller aujourd’hui au Palais pour rendre ces méchants édits qui ont tant fait murmurer le peuple.
– Sire, dit Laporte pour faire diversion, à qui Votre Majesté veut-elle que je do
– À qui tu voudras, Laporte, répondit l’enfant, pourvu, ajouta-t-il à haute voix, que ce ne soit pas à Mancini.
M. Mancini était un neveu du cardinal que Mazarin avait placé près du roi comme enfant d’ho
Et le roi sortit sans embrasser sa mère et sans saluer le cardinal.
– À la bo
– Pourquoi cela? demanda la reine d’un air presque timide.
– Mais il me semble que la sortie du roi n’a pas besoin de commentaires; d’ailleurs, Sa Majesté ne se do
– Je vous demande pardon pour lui, cardinal, dit la reine, c’est un enfant qui ne peut encore savoir toutes les obligations qu’il vous a.
Le cardinal sourit.
– Mais, continua la reine, vous étiez venu sans doute pour quelque objet important, qu’y a-t-il donc?
Mazarin s’assit ou plutôt se renversa dans une large chaise, et d’un air mélancolique:
– Il y a, dit-il, que, selon toute probabilité, nous serons forcés de nous quitter bientôt, à moins que vous ne poussiez le dévouement pour moi jusqu’à me suivre en Italie.
– Et pourquoi cela? demanda la reine.
– Parce que, comme dit l’opéra de Thisbé, reprit Mazarin:
Le monde entier conspire à diviser nos feux.
– Vous plaisantez, monsieur! dit la reine en essayant de reprendre un peu de son ancie
– Hélas, non, Madame! dit Mazarin, je ne plaisante pas le moins du monde; je pleurerais bien plutôt, je vous prie. de le croire; et il y a de quoi, car notez bien que j’ai dit:
Le monde entier conspire à diviser nos feux.
Or, comme vous faites partie du monde entier, je veux dire que vous aussi m’abando
– Cardinal!
– Eh! mon Dieu, ne vous ai-je pas vue sourire l’autre jour très agréablement à M. le duc d’Orléans ou plutôt à ce qu’il vous disait!
– Et que me disait-il?
– Il vous disait, Madame: «C’est votre Mazarin qui est la pierre d’achoppement; qu’il parte, et tout ira bien.»
– Que vouliez-vous que je fisse?
– Oh! Madame, vous êtes la reine, ce me semble!
– Belle royauté, à la merci du premier gribouilleur de paperasses du Palais-Royal ou du premier gentillâtre du royaume!
– Cependant vous êtes assez forte pour éloigner de vous les gens qui vous déplaisent.
– C’est-à-dire qui vous déplaisent, à vous! répondit la reine.
– À moi!
– Sans doute. Qui a renvoyé madame de Chevreuse, qui pendant douze ans avait été persécutée sous l’autre règne?
– Une intrigante qui voulait continuer contre moi les cabales commencées contre M. de Richelieu!
– Qui a renvoyé madame de Hautefort, cette amie si parfaite, qu’elle avait refusé les bo
– Une prude qui vous disait chaque soir, en vous déshabillant, que c’était perdre votre âme que d’aimer un prêtre, comme si on était prêtre parce qu’on est cardinal.
– Qui a fait arrêter M. de Beaufort?
– Un brouillon qui ne parlait de rien moins que de m’assassiner!