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M. de Tréville recommanda en tout cas à Athos le service du roi et surtout celui de la reine, le priant de faire la même recommandation à ses camarades.

Quant à d’Artagnan, il ne bougeait pas de chez lui. Il avait converti sa chambre en observatoire. Des fenêtres il voyait arriver ceux qui venaient se faire prendre; puis, comme il avait ôté les carreaux du plancher, qu’il avait creusé le parquet et qu’un simple plafond le séparait de la chambre au-dessous, où se faisaient les interrogatoires, il entendait tout ce qui se passait entre les inquisiteurs et les accusés.

Les interrogatoires, précédés d’une perquisition minutieuse opérée sur la perso

«Mme Bonacieux vous a-t-elle remis quelque chose pour son mari ou pour quelque autre perso

– M. Bonacieux vous a-t-il remis quelque chose pour sa femme ou pour quelque autre perso

– L’un et l’autre vous ont-ils fait quelque confidence de vive voix?»

«S’ils savaient quelque chose, ils ne questio

D’Artagnan s’arrêta à cette idée, qui, d’après tout ce qu’il avait entendu, ne manquait pas de probabilité.

En attendant, la souricière était en permanence, et la vigilance de d’Artagnan aussi.

Le soir du lendemain de l’arrestation du pauvre Bonacieux, comme Athos venait de quitter d’Artagnan pour se rendre chez M. de Tréville, comme neuf heures venaient de so

D’Artagnan s’élança vers l’endroit décarrelé, se coucha ventre à terre et écouta.

Des cris retentirent bientôt, puis des gémissements qu’on cherchait à étouffer. D’interrogatoire, il n’en était pas question.

«Diable! se dit d’Artagnan, il me semble que c’est une femme: on la fouille, elle résiste, - on la violente, - les misérables!»

Et d’Artagnan, malgré sa prudence, se tenait à quatre pour ne pas se mêler à la scène qui se passait au-dessous de lui.

«Mais je vous dis que je suis la maîtresse de la maison, messieurs; je vous dis que je suis Mme Bonacieux, je vous dis que j’appartiens à la reine!» s’écriait la malheureuse femme.

«Mme Bonacieux! murmura d’Artagnan; serais-je assez heureux pour avoir trouvé ce que tout le monde cherche?»

«C’est justement vous que nous attendions», reprirent les interrogateurs.

La voix devint de plus en plus étouffée: un mouvement tumultueux fit retentir les boiseries. La victime résistait autant qu’une femme peut résister à quatre hommes.

«Pardon, messieurs, par…», murmura la voix, qui ne fit plus entendre que des sons inarticulés.

«Ils la bâillo

– Monsieur?

– Cours chercher Athos, Porthos et Aramis. L’un des trois sera sûrement chez lui, peut-être tous les trois seront-ils rentrés. Qu’ils pre

– Mais où allez-vous, monsieur, où allez-vous?

– Je descends par la fenêtre, s’écria d’Artagnan, afin d’être plus tôt arrivé; toi, remets les carreaux, balaie le plancher, sors par la porte et cours où je te dis.

– Oh! monsieur, monsieur, vous allez vous tuer, s’écria Planchet.

– Tais-toi, imbécile», dit d’Artagnan. Et s’accrochant de la main au rebord de sa fenêtre, il se laissa tomber du premier étage, qui heureusement n’était pas élevé, sans se faire une écorchure.

Puis il alla aussitôt frapper à la porte en murmurant:

«Je vais me faire prendre à mon tour dans la souricière, et malheur aux chats qui se frotteront à pareille souris.»

À peine le marteau eut-il réso

Alors ceux qui habitaient encore la malheureuse maison de Bonacieux et les voisins les plus proches entendirent de grands cris, des trépignements, un cliquetis d’épées et un bruit prolongé de meubles. Puis, un moment après, ceux qui, surpris par ce bruit, s’étaient mis aux fenêtres pour en co

D’Artagnan était vainqueur sans beaucoup de peine, il faut le dire, car un seul des alguazils était armé, encore se défendit-il pour la forme. Il est vrai que les trois autres avaient essayé d’assommer le jeune homme avec les chaises, les tabourets et les poteries; mais deux ou trois égratignures faites par la flamberge du Gascon les avaient épouvantés. Dix minutes avaient suffi à leur défaite et d’Artagnan était resté maître du champ de bataille.

Les voisins, qui avaient ouvert leurs fenêtres avec le sang-froid particulier aux habitants de Paris dans ces temps d’émeutes et de rixes perpétuelles, les refermèrent dès qu’ils eurent vu s’enfuir les quatre hommes noirs: leur instinct leur disait que, pour le moment, tout était fini.

D’ailleurs il se faisait tard, et alors comme aujourd’hui on se couchait de bo

D’Artagnan, resté seul avec Mme Bonacieux, se retourna vers elle: la pauvre femme était renversée sur un fauteuil et à demi évanouie. D’Artagnan l’examina d’un coup d’œil rapide.

C’était une charmante femme de vingt-cinq à vingt-six ans, brune avec des yeux bleus, ayant un nez légèrement retroussé, des dents admirables, un teint marbré de rose et d’opale. Là cependant s’arrêtaient les signes qui pouvaient la faire confondre avec une grande dame. Les mains étaient blanches, mais sans finesse: les pieds n’a

Tandis que d’Artagnan examinait Mme Bonacieux, et en était aux pieds, comme nous l’avons dit, il vit à terre un fin mouchoir de batiste, qu’il ramassa selon son habitude, et au coin duquel il reco

Depuis ce temps, d’Artagnan se méfiait des mouchoirs armoriés; il remit donc sans rien dire celui qu’il avait ramassé dans la poche de Mme Bonacieux. En ce moment, Mme Bonacieux reprenait ses sens. Elle ouvrit les yeux, regarda avec terreur autour d’elle, vit que l’appartement était vide, et qu’elle était seule avec son libérateur. Elle lui tendit aussitôt les mains en souriant. Mme Bonacieux avait le plus charmant sourire du monde.

«Ah! monsieur! dit-elle, c’est vous qui m’avez sauvée; permettez-moi que je vous remercie.

– Madame, dit d’Artagnan, je n’ai fait que ce que tout gentilhomme eût fait à ma place, vous ne me devez donc aucun remerciement.

– Si fait, monsieur, si fait, et j’espère vous prouver que vous n’avez pas rendu service à une ingrate. Mais que me voulaient donc ces hommes, que j’ai pris d’abord pour des voleurs, et pourquoi M. Bonacieux n’est-il point ici?

– Madame, ces hommes étaient bien autrement dangereux que ne pourraient être des voleurs, car ce sont des agents de M. le cardinal, et quant à votre mari, M. Bonacieux, il n’est point ici parce qu’hier on est venu le prendre pour le conduire à la Bastille.

– Mon mari à la Bastille! s’écria Mme Bonacieux, oh! mon Dieu! qu’a-t-il donc fait? pauvre cher homme! lui, l’i