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Au bout de cent pas, comme le terrain allait en descendant, il ne pouvait plus voir que le mât du sloop.
Il courut aussitôt dans la direction de Portsmouth, dont il voyait en face de lui, à un demi-mille à peu près, se dessiner dans la brume du matin les tours et les maisons.
Au-delà de Portsmouth, la mer était couverte de vaisseaux dont on voyait les mâts, pareils à une forêt de peupliers dépouillés par l’hiver, se balancer sous le souffle du vent.
Felton, dans sa marche rapide, repassait ce que dix a
Lorsqu’il comparait les crimes publics de ce ministre, crimes éclatants, crimes européens, si on pouvait le dire, avec les crimes privés et inco
La rapidité de sa course allumait encore son sang: l’idée qu’il laissait derrière lui, exposée à une vengeance effroyable, la femme qu’il aimait ou plutôt qu’il adorait comme une sainte, I’émotion passée, sa fatigue présente, tout exaltait encore son âme au-dessus des sentiments humains.
Il entra à Portsmouth vers les huit heures du matin; toute la population était sur pied; le tambour battait dans les rues et sur le port; les troupes d’embarquement descendaient vers la mer.
Felton arriva au palais de l’Amirauté, couvert de poussière et ruisselant de sueur; son visage, ordinairement si pâle, était pourpre de chaleur et de colère. La sentinelle voulut le repousser; mais Felton appela le chef du poste, et tirant de sa poche la lettre dont il était porteur:
«Message pressé de la part de Lord de Winter», dit-il.
Au nom de Lord de Winter, qu’on savait l’un des plus intimes de Sa Grâce, le chef de poste do
Felton s’élança dans le palais.
Au moment où il entrait dans le vestibule un homme entrait aussi, poudreux, hors d’haleine, laissant à la porte un cheval de poste qui en arrivant tomba sur les deux genoux.
Felton et lui s’adressèrent en même temps à Patrick, le valet de chambre de confiance du duc. Felton nomma le baron de Winter, l’inco
Patrick, qui savait que Lord de Winter était en affaires de service et en relations d’amitié avec le duc, do
Le valet de chambre fit traverser à Felton une grande salle dans laquelle attendaient les députés de La Rochelle conduits par le prince de Soubise, et l’introduisit dans un cabinet où Buckingham, sortant du bain, achevait sa toilette, à laquelle, cette fois comme toujours, il accordait une attention extraordinaire.
«Le lieutenant Felton, dit Patrick, de la part de Lord de Winter.
– De la part de Lord de Winter! répéta Buckingham, faites entrer.»
Felton entra. En ce moment Buckingham jetait sur un canapé une riche robe de chambre brochée d’or, pour endosser un pourpoint de velours bleu tout brodé de perles.
«Pourquoi le baron n’est-il pas venu lui-même? demanda Buckingham, je l’attendais ce matin.
– Il m’a chargé de dire à Votre Grâce, répondit Felton, qu’il regrettait fort de ne pas avoir cet ho
– Oui, oui, dit Buckingham, je sais cela, il a une priso
– C’est justement de cette priso
– Eh bien, parlez.
– Ce que j’ai à vous dire ne peut être entendu que de vous, Milord.
– Laissez-nous, Patrick, dit Buckingham, mais tenez-vous à portée de la so
Patrick sortit.
«Nous sommes seuls, monsieur, dit Buckingham, parlez.
– Milord, dit Felton, le baron de Winter vous a écrit l’autre jour pour vous prier de signer un ordre d’embarquement relatif à une jeune femme nommée Charlotte Backson.
– Oui, monsieur, et je lui ai répondu de m’apporter ou de m’envoyer cet ordre et que je le signerais.
– Le voici, Milord.
– Do
Et, le prenant des mains de Felton, il jeta sur le papier un coup d’œil rapide. Alors, s’apercevant que c’était bien celui qui lui était a
«Pardon, Milord, dit Felton arrêtant le duc, mais Votre Grâce sait-elle que le nom de Charlotte Backson n’est pas le véritable nom de cette jeune femme?
– Oui, monsieur, je le sais, répondit le duc en trempant la plume dans l’encrier.
– Alors, Votre Grâce co
– Je le co
Le duc approcha la plume du papier.
«Et, co
– Sans doute, dit Buckingham, et plutôt deux fois qu’une.
– Je ne puis croire, continua Felton d’une voix qui devenait de plus en plus brève et saccadée, que Sa Grâce sache qu’il s’agit de Lady de Winter…
– Je le sais parfaitement, quoique je sois éto
– Et Votre Grâce signera cet ordre sans remords?»
Buckingham regarda le jeune homme avec hauteur.
«Ah çà, monsieur, savez-vous bien, lui dit-il, que vous me faites là d’étranges questions, et que je suis bien simple d’y répondre?
– Répondez-y, Monseigneur, dit Felton, la situation est plus grave que vous ne le croyez peut-être.»
Buckingham pensa que le jeune homme, venant de la part de Lord de Winter, parlait sans doute en son nom et se radoucit.
«Sans remords aucun, dit-il, et le baron sait comme moi que Milady de Winter est une grande coupable, et que c’est presque lui faire grâce que de borner sa peine à l’extradition.»
Le duc posa sa plume sur le papier.
«Vous ne signerez pas cet ordre, Milord! dit Felton en faisant un pas vers le duc.
– Je ne signerai pas cet ordre, dit Buckingham, et pourquoi?
– Parce que vous descendrez en vous-même, et que vous rendrez justice à Milady.
– On lui rendra justice en l’envoyant à Tyburn, dit Buckingham; Milady est une infâme.
– Monseigneur, Milady est un ange, vous le savez bien, et je vous demande sa liberté.
– Ah çà, dit Buckingham, êtes-vous fou de me parler ainsi?
– Milord, excusez-moi! je parle comme je puis; je me contiens. Cependant, Milord, songez à ce que vous allez faire, et craignez d’outrepasser la mesure!
– Plaît-il?… Dieu me pardo
– Non, Milord, je prie encore, et je vous dis: une goutte d’eau suffit pour faire déborder le vase plein, une faute légère peut attirer le châtiment sur la tête épargnée malgré tant de crimes.
– Monsieur Felton, dit Buckingham, vous allez sortir d’ici et vous rendre aux arrêts sur-le-champ.
– Vous allez m’écouter jusqu’au bout, Milord. Vous avez séduit cette jeune fille, vous l’avez outragée, souillée; réparez vos crimes envers elle, laissez-la partir librement, et je n’exigerai pas autre chose de vous.
– Vous n’exigerez pas? dit Buckingham regardant Felton avec éto
– Milord, continua Felton s’exaltant à mesure qu’il parlait, Milord, prenez garde, toute l’Angleterre est lasse de vos iniquités; Milord, vous avez abusé de la puissance royale que vous avez presque usurpée; Milord, vous êtes en horreur aux hommes et à Dieu; Dieu vous punira plus tard, mais, moi, je vous punirai aujourd’hui.