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– Oui.»
Ces trois oui avaient été dits par Athos, chacun avec une intonation plus sombre.
«Et qui l’a vue, cette fleur de lis? demanda Aramis.
– D’Artagnan et moi, ou plutôt, pour observer l’ordre chronologique, moi et d’Artagnan, répondit Athos.
– Et le mari de cette affreuse créature vit encore? dit Aramis.
– Il vit encore.
– Vous en êtes sûr?
– J’en suis sûr.»
Il y eut un instant de froid silence, pendant lequel chacun se sentit impressio
«Cette fois, reprit Athos, interrompant le premier le silence, d’Artagnan nous a do
– Diable! vous avez raison, Athos, reprit Aramis, et la rédaction est épineuse. M. le chancelier lui-même serait embarrassé pour rédiger une épître de cette force, et cependant M. le chancelier rédige très agréablement un procès-verbal. N’importe! taisez-vous, j’écris.»
Aramis en effet prit la plume, réfléchit quelques instants, se mit à écrire huit ou dix lignes d’une charmante petite écriture de femme, puis, d’une voix douce et lente, comme si chaque mot eût été scrupuleusement pesé, il lut ce qui suit:
«Milord,
«La perso
«Eh bien, voilà qui est à merveille, dit Athos, et vous avez une plume de secrétaire État, mon cher Aramis. Lord de Winter fera bo
«J’ai mieux que cela, j’ai la somme.»
Et d’Artagnan jeta le sac sur la table: au son de l’or, Aramis leva les yeux. Porthos tressaillit; quant à Athos, il resta impassible.
«Combien dans ce petit sac? dit-il.
– Sept mille livres en louis de douze francs.
– Sept mille livres! s’écria Porthos, ce mauvais petit diamant valait sept mille livres?
– Il paraît, dit Athos, puisque les voilà; je ne présume pas que notre ami d’Artagnan y ait mis du sien.
– Mais, messieurs, dans tout cela, dit d’Artagnan, nous ne pensons pas à la reine. Soignons un peu la santé de son cher Buckingham. C’est le moins que nous lui devions.
– C’est juste, dit Athos, mais ceci regarde Aramis.
– Eh bien, répondit celui-ci en rougissant, que faut-il que je fasse?
– Mais, répliqua Athos, c’est tout simple: rédiger une seconde lettre pour cette adroite perso
Aramis reprit la plume, se mit à réfléchir de nouveau, et écrivit les lignes suivantes, qu’il soumit à l’instant même à l’approbation de ses amis:
«Ma chère cousine…»
«Ah! dit Athos, cette perso
– Cousine germaine, dit Aramis.
– Va donc pour cousine!»
Aramis continua:
«Ma chère cousine, Son Éminence le cardinal, que Dieu conserve pour le bonheur de la France et la confusion des e
«À merveille! s’écria Athos, vous êtes le roi des poètes; mon cher Aramis, vous parlez comme l’Apocalypse et vous êtes vrai comme l’évangile. Il ne vous reste maintenant que l’adresse à mettre sur cette lettre.
– C’est bien facile», dit Aramis.
Il plia coquettement la lettre, la reprit et écrivit:
«À Mademoiselle Marie Michon, lingère à Tours.
Les trois amis se regardèrent en riant: ils étaient pris.
«Maintenant, dit Aramis, vous comprenez, messieurs, que Bazin seul peut porter cette lettre à Tours; ma cousine ne co
– Bien, bien, dit d’Artagnan, je vous passe de grand cœur Bazin; mais passez-moi Planchet: Milady l’a fait jeter à la porte, certain jour, avec force coups de bâton; or Planchet a bo
– En ce cas, dit Athos, il faut que Planchet reçoive sept cents livres pour aller et sept cents livres pour revenir, et Bazin, trois cents livres pour aller et trois cents livres pour revenir; cela réduira la somme à cinq mille livres; nous prendrons mille livres chacun pour les employer comme bon nous semblera, et nous laisserons un fond de mille livres que gardera l’abbé pour les cas extraordinaires ou les besoins communs. Cela vous va-t-il?
– Mon cher Athos, dit Aramis, vous parlez comme Nestor, qui était, comme chacun sait, le plus sage des Grecs.
– Eh bien, c’est dit, reprit Athos, Planchet et Bazin partiront; à tout prendre, je ne suis pas fâché de conserver Grimaud: il est accoutumé à mes façons et j’y tiens; la journée d’hier a déjà dû l’ébranler, ce voyage le perdrait.»
On fit venir Planchet, et on lui do
«Je porterai la lettre dans le parement de mon habit, dit Planchet, et je l’avalerai si l’on me prend.
– Mais alors tu ne pourras pas faire la commission, dit d’Artagnan.
– Vous m’en do
D’Artagnan regarda ses amis comme pour leur dire:
«Eh bien, que vous avais-je promis?»
«Maintenant, continua-t-il en s’adressant à Planchet, tu as huit jours pour arriver près de Lord de Winter, tu as huit autres jours pour revenir ici, en tout seize jours; si le seizième jour de ton départ, à huit heures du soir, tu n’es pas arrivé, pas d’argent, fût-il huit heures cinq minutes.