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– Et de la bo

– Mais il a donc des généraux, des ingénieurs?

– Ne

– Et… il se bat? dit Henri avec une sorte de dédain.

– Te dire qu'il s'y met tout d'abord et d'enthousiasme, non, je n'oserais pas, non; il ressemble à ces gens qui tâtent l'eau avant que de se baigner; il se mouille le bout des doigts dans une petite sueur de mauvais augure, se prépare la poitrine avec quelques meâ culpâ, le front avec quelques réflexions philosophiques; cela lui prend les dix premières minutes qui suivent le premier coup de canon, après quoi il do

– Diable! fit Henri, diable!

– Et je t'assure, Henri, qu'il y faisait chaud, là-bas.

Le roi se leva précipitamment et arpenta la salle à grands pas.

– Voilà un échec pour moi! s'écriait-il en terminant tout haut sa pensée commencée tout bas, on en rira. Je serai chanso

– Amen! dit Chicot en plongeant délicatement, pour achever son dessert, le bout de ses doigts dans les drageoirs et dans les compotiers du roi.

En ce moment la porte s'ouvrit et l'huissier a

– M. le comte du Bouchage!

– Ah! s'écria Henri, je te le disais bien, Chicot, voilà ma nouvelle qui arrive. Entrez, comte, entrez.

L'huissier démasqua la porte, et l'on vit apparaître dans le cadre de cette porte, à la portière tombant à demi, le jeune homme qu'on venait d'a

Il s'avança lentement et fléchit le genou au milieu du tapis de la chambre.

– Toujours pâle, lui dit le roi, toujours lugubre. Voyons, ami, pour un moment, prends ton visage de Pâques, et ne me dis pas de bo

– Oui, sire.

– Et lestement, à ce que je vois.

– Sire, aussi vite qu'un homme peut marcher sur la terre.

– Sois le bienvenu. Anvers, où en est Anvers?

– Anvers appartient au prince d'Orange, sire.

– Au prince d'Orange, qu'est-ce que c'est que cela?

– À Guillaume, si vous l'aimez mieux.

– Ah ça, mais, et mon frère ne marchait-il pas sur Anvers?

– Oui, sire; mais maintenant, ce n'est plus sur Anvers qu'il marche, c'est sur Château-Thierry.

– Il a quitté l'armée?

– Il n'y a plus d'armée, sire.

– Oh! fit le roi en faiblissant des genoux et en retombant dans son fauteuil, mais Joyeuse?

– Sire, mon frère, après avoir fait des prodiges avec ses marins, après avoir soutenu toute la retraite, mon frère a rallié le peu d'hommes échappés au désastre, et a fait avec eux une escorte à M. le duc d'Anjou.

– Une défaite! murmura le roi.

Puis, tout à coup, avec un éclair étrange dans le regard:

– Alors les Flandres sont perdues pour mon frère?

– Absolument, sire.

– Sans retour?

– Je le crains.

Le front du prince s'éclaircit graduellement comme sous le jour d'une pensée intérieure.

– Ce pauvre François, dit-il en souriant, il a du malheur en couro

– Eh! mon Dieu! c'est toujours comme cela quand on a envie de quelque chose, dit Chicot d'un ton sole

– Et combien de priso

– Deux mille, à peu près.

– Combien de morts?

– Autant au moins; M. de Saint-Aignan est du nombre.

– Comment! il est mort, ce pauvre Saint-Aignan?

– Noyé.

– Noyé! Comment! vous vous êtes donc jetés dans l'Escaut?

– Non pas; c'est l'Escaut qui s'est jeté sur nous.

Le comte fit alors au roi un récit exact de la bataille et de l'inondation.

Henri l'écouta d'un bout à l'autre avec une pose, un silence et une physionomie qui ne manquaient pas de majesté.

Puis, lorsque le récit fut fini, il se leva et alla s'agenouiller devant le prie-Dieu de son oratoire, fit son oraison, et, un instant après, revint avec un visage parfaitement rasséréné.

– Là! dit-il, j'espère que je prends les choses en roi. Un roi soutenu par le Seigneur est réellement plus qu'un homme. Voyons, comte, imitez-moi, et puisque votre frère est sauvé comme le mien, Dieu merci, eh bien! déridons-nous un peu.

– Je suis à vos ordres, sire.

– Que veux-tu pour prix de tes services, du Bouchage? parle.

– Sire, dit le jeune homme en secouant la tête, je n'ai rendu aucun service.

– Je le conteste; mais en tout cas, ton frère en a rendu.

– D'immenses, sire.

– Il a sauvé l'armée, dis-tu, ou plutôt les débris de l'armée.

– Il n'y a pas, dans ce qu'il en reste, un seul homme qui ne vous dise qu'il doit la vie à mon frère.

– Eh bien! du Bouchage, ma volonté est d'étendre mon bienfait sur vous deux, et j'imiterai en cela le Seigneur tout-puissant qui vous a protégés d'une façon si visible en vous faisant tous deux pareils, c'est-à-dire riches, braves et beaux; en outre j'imiterai ces grands politiques si bien inspirés toujours, lesquels avaient pour coutume de récompenser les messagers de mauvaises nouvelles.

– Allons donc! dit Chicot, je co

– C'est possible, dit majestueusement Henri, mais il y a le sénat qui a remercié Varron.

– Tu me cites des républicains. Valois, Valois, le malheur te rend humble.