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– Vous avez cru cela?
– Oui.
– Et que pensez-vous que j'aie eu à vous dire? Voyons, parlez; je ne serais point fâchée d'apprécier votre perspicacité.
Et la dame, sous son insouciance apparente, laissa percer malgré elle une espèce d'inquiétude.
– Mais que sais-je, moi, répondit Ernauton, quelque chose qui ait rapport à M. de Maye
– Est-ce que je n'ai pas mes courriers, monsieur, qui demain soir m'en auront dit plus que vous ne pouvez m'en dire, puisque vous m'avez dit, vous, tout ce que vous en saviez?
– Peut-être aussi quelque question à me faire sur l'événement de la nuit passée?
– Ah! quel événement, et de quoi parlez-vous? demanda la dame, dont le sein palpitait visiblement.
– Mais de la panique éprouvée par M. d'Épernon, de l'arrestation de ces gentilshommes lorrains.
– On a arrêté des gentilshommes lorrains?
– Une vingtaine, qui se sont trouvés intempestivement sur la route de Vince
– Qui est aussi la route de Soissons, – ville où M. de Guise tient garnison, ce me semble. – Ah! au fait, monsieur Ernauton, vous qui êtes de la cour, vous pourriez me dire pourquoi l'on a arrêté ces gentilshommes.
– Moi, de la cour?
– Sans doute.
– Vous savez cela, madame?
– Dame! pour avoir votre adresse, il m'a bien fallu prendre des renseignements, des informations. Mais finissez vos phrases, pour l'amour de Dieu! Vous avez une déplorable habitude, celle de croiser la conversation; et qu'est-il résulté de cette échauffourée?
– Absolument rien, madame, que je sache du moins.
– Alors pourquoi avez-vous pensé que je parlerais d'une chose qui n'a pas eu de résultat?
– J'ai tort cette fois comme les autres, madame, et j'avoue mon tort.
– Comment, monsieur, mais de quel pays êtes-vous?
– D'Agen?
– Comment, monsieur, vous êtes Gascon, car Agen est en Gascogne, je crois?
– À peu près.
– Vous êtes Gascon, et vous n'êtes pas assez vain pour supposer tout simplement que, vous ayant vu, le jour de l'exécution de Salcède, à la porte Saint-Antoine, je vous ai trouvé de galante tournure?
Ernauton rougit et se troubla. La dame continua imperturbablement:
– Que je vous ai rencontré dans la rue, et que je vous ai trouvé beau? Ernauton devint pourpre. – Qu'enfin, porteur d'un message de mon frère Maye
Ernauton se confondit en protestations.
– Oh! moins de chaleur, monsieur de Carmainges, je vous prie, dit la dame avec nonchalance: ce n'est pas la peine. Peut-être est-ce votre nom seulement qui m'a frappée la première fois que nous nous rencontrâmes, et qui m'a plu. Après tout, je crois bien décidément que je n'ai pour vous qu'un caprice et que cela se passera. Cependant n'allez pas vous croire trop loin de la perfection et désespérer. Je ne peux pas souffrir les gens parfaits. Oh! j'adore les gens dévoués, par exemple. Retenez bien ceci, je vous le permets, beau cavalier. Ernauton était hors de lui. Ce langage hautain, ces gestes pleins de volupté et de mollesse, cette orgueilleuse supériorité, cet abandon vis-à-vis de lui enfin, d'une perso
Ernauton se releva pâle et dépité.
– Excusez-moi, madame, dit-il. Il parait que je ne fais que des sottises; cela est tout simple: je ne suis point fait encore aux habitudes de Paris. Chez nous, en province, à deux cents lieues d'ici, cela est vrai, une femme, lorsqu'elle dit: «J'aime,» aime et ne se refuse pas. Elle ne prend point le prétexte de ses paroles pour humilier un homme à ses pieds. C'est votre usage comme Parisie
La dame écouta en silence. Il était visible qu'elle continuait d'observer attentivement Ernauton, pour savoir si son dépit aboutirait à une réelle colère.
– Ah! ah! vous vous fâchez, je crois, dit-elle superbement.
– Je me fâche, en effet, madame, mais c'est contre moi-même, car j'ai pour vous, moi, madame, non pas un caprice passager, mais de l'amour, un amour très véritable et très pur. Je ne cherche pas votre perso