Страница 41 из 80
– Ma foi, je suis très oublieux, dit Henri. Veuillez me rappeler quelles étaient ces ouvertures, je vous prie, monsieur l'ambassadeur.
– Mais à propos des envahissements des princes lorrains en France.
– Oui, et particulièrement à propos de ceux de mon compère de Guise. Fort bien! je me souviens maintenant; continuez, monsieur, continuez.
– Sire, reprit l'Espagnol, le roi mon maître, bien que sollicité de signer un traité d'alliance avec la Lorraine, a regardé une alliance avec la Navarre comme plus loyale, et, tranchons le mot, comme plus avantageuse.
– Oui, tranchons le mot, dit Henri.
– Je serai franc avec Votre Majesté, sire, car je co
– Et moi, puis-je les co
– Sire, le roi mon maître n'a rien à refuser à la Navarre.
Chicot colla son oreille à la tapisserie, tout en se mordant le bout du doigt pour s'assurer qu'il ne dormait pas.
– Si l'on n'a rien à me refuser, dit Henri, voyons ce que je puis demander.
– Tout ce qu'il plaira à Votre Majesté, sire.
– Diable!
– Qu'elle parle donc ouvertement et franchement.
– Ventre saint-gris, tout, c'est embarrassant!
– Sa Majesté le roi d'Espagne veut mettre son nouvel allié à l'aise; la proposition que je vais faire à Votre Majesté en témoignera.
– J'écoute, dit Henri.
– Le roi de France traite la reine de Navarre en e
– Abordez, abordez.
– Les injures du roi de France sont publiques; la notoriété les consacre.
Henri fit un mouvement de dénégation.
– Il y a notoriété, continua l'Espagnol, puisque nous sommes instruits; je me répète donc, sire: le roi de France répudie madame Marguerite pour sa sœur, puisqu'il tend à la déshonorer en la faisant fouiller par un capitaine de ses gardes.
– Eh bien! monsieur l'ambassadeur, où voulez-vous en venir?
– Rien de plus facile, en conséquence, à Votre Majesté, de répudier pour femme celle que son frère répudie pour sœur.
Henri regarda vers la tapisserie derrière laquelle Chicot, l'œil effaré, attendait, tout palpitant, le résultat d'un si pompeux début.
– La reine répudiée, continua l'ambassadeur, l'alliance entre le roi de Navarre et le roi d'Espagne…
Henri salua.
– Cette alliance, continua l'ambassadeur, est toute conclue, et voici comment. Le roi d'Espagne do
Un frisson d'orgueil parcourut tout le corps du Béarnais, un frisson d'épouvante tout le corps de Chicot. L'un voyait surgir à l'horizon sa fortune, radieuse comme le soleil levant, l'autre voyait descendre et mourir le sceptre et la fortune des Valois.
L'Espagnol, impassible et glacé, ne voyait rien, lui, que les instructions de son maître.
Il se fit, pendant un instant, un silence profond; puis, après cet instant, le roi de Navarre reprit:
– La proposition, monsieur, est magnifique, et me comble d'ho
– Sa Majesté, se hâta de dire le négociateur orgueilleux qui comptait sur une acceptation d'enthousiasme, Sa Majesté le roi d'Espagne ne se propose de soumettre à Votre Majesté qu'une seule condition.
– Ah! une condition, dit Henri, c'est trop juste; voyons la condition.
– En aidant Votre Majesté contre les princes lorrains, c'est-à-dire en ouvrant le chemin du trône à Votre Majesté, mon maître désirerait se faciliter par votre alliance un moyen de garder les Flandres, auxquelles monseigneur le duc d'Anjou mord, à cette heure, à pleines dents. Votre Majesté comprend bien que c'est toute préférence do
Un silence, plus profond encore que le premier, succéda à ces paroles, afin, sans doute, de laisser arriver dans toute sa puissance la réponse que l'ange exterminateur attendait pour frapper ça ou là, sur la France ou sur l'Espagne.
Henri de Navarre fit trois ou quatre pas dans son cabinet.
– Ainsi donc, monsieur, dit-il enfin, voilà la réponse que vous êtes chargé de m'apporter.
– Oui, sire.
– Rien autre chose avec?
– Rien autre chose.
– Eh bien! dit Henri, je refuse l'offre de Sa Majesté le roi d'Espagne.
– Vous refusez la main de l'infante! s'écria l'Espagnol, avec un saisissement pareil à celui que cause la douleur d'une blessure à laquelle on ne s'attend pas.
– Ho
– Oui, mais cette première alliance vous approchait du tombeau, sire; la seconde vous approche du trône.
– Précieuse, incomparable fortune, monsieur, je le sais, mais que je n'achèterai jamais avec le sang et l'ho