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– N'est-ce pas, sire?
– Quel malheur que je n'en aie compris que deux mots: Ture
– Malheur irréparable, sire, à moins que Votre Majesté ne se décide à faire traduire la lettre par quelque clerc.
– Oh! non, dit vivement Henri, et vous-même, monsieur Chicot, qui avez mis tant de discrétion dans votre ambassade en faisant disparaître l'autographe original, vous ne me conseillez point, n'est-ce pas, de livrer cette lettre à une publicité quelconque?
– Je ne dis point cela, sire.
– Mais vous le pensez?
– Je pense, puisque Votre Majesté m'interroge, que la lettre du roi son frère, recommandée à moi avec tant de soin, et expédiée à Votre Majesté par un envoyé particulier, contient peut-être çà et là quelque bo
– Oui; mais pour confier ces bo
– Certainement.
– Eh bien, faites une chose, dit Henri comme illuminé par une idée.
– Laquelle?
– Allez trouver ma femme Margota; elle est savante; récitez-lui la lettre, et bien sûr qu'elle comprendra, elle. Alors, et tout naturellement, elle me l'expliquera.
– Ah! Voilà qui est admirable! s'écria Chicot, et Votre Majesté parle d'or.
– N'est-ce pas? Vas-y.
– J'y cours, Sire.
– Ne change pas un lot à la lettre, surtout.
– Cela me serait impossible; il faudrait que je susse le latin, et je ne le sais pas; quelque barbarisme tout au plus.
– Allez-y, mon ami, allez.
Chicot prit les renseignements pour trouver Mme Marguerite, et quitta le roi, plus convaincu que jamais que le roi était une énigme.
XLVI L'allée des trois mille pas
La reine habitait l'autre aile du château divisée à peu près de la même façon que celle que venait de quitter Chicot.
On entendait toujours de ce côté quelque musique, on y voyait toujours rôder quelque panache.
La fameuse allée des trois mille pas, dont il avait été tant question, commençait aux fenêtres même de Marguerite, et sa vue ne s'arrêtait jamais que sur des objets agréables, tels que massifs de fleurs, berceaux de verdure, etc.
On eût dit que la pauvre princesse essayait de chasser, par le spectacle des choses gracieuses, tant d'idées lugubres qui habitaient au fond de sa pensée.
Un poète périgourdin – Marguerite, en province comme à Paris, était toujours l'étoile des poètes, – un poète périgourdin avait composé un so
«Elle veut, disait-il, par le soin qu'elle met à placer garnison dans son esprit, en chasser tous les tristes souvenirs.»
Née au pied du trône, fille, sœur et femme de roi, Marguerite avait en effet profondément souffert. Sa philosophie, plus fanfaro
Aussi Marguerite, toute philosophe qu'elle était, ou plutôt qu'elle voulait être, avait-elle déjà laissé le temps et les chagrins imprimer leurs sillons expressifs sur son visage.
Elle était néanmoins encore d'une remarquable beauté, beauté de physionomie surtout, celle qui frappe le moins chez les perso
Femme, elle marchait comme une princesse; reine, elle avait la démarche d'une charmante femme.
Aussi elle était idolâtrée à Nérac, où elle importait l'élégance, la joie, la vie. Elle, une princesse parisie
Sa cour n'était pas seulement une cour de gentilshommes et de dames, tout le monde l'aimait à la fois, comme reine et comme femme; et, de fait, l'harmonie de ses flûtes et de ses violons, comme la fumée et les reliefs de ses festins, étaient pour tout le monde.
Elle savait faire du temps un emploi tel, que chacune de ses journées lui rapportait quelque chose, et qu'aucune d'elles n'était perdue pour ceux qui l'entouraient.
Pleine de fiel pour ses e
Nul excepté Catherine de Médicis, nul excepté Chicot, nul excepté quelques ombres mélancoliques qui fussent revenues du sombre royaume de la mort, nul n'eût su dire pourquoi les joues de Marguerite étaient déjà si pâles, pourquoi ses yeux se noyaient involontairement de tristesses inco
Marguerite n'avait plus de confidents. La pauvre reine n'en voulait plus, depuis que les autres avaient, pour de l'argent, vendu sa confiance et son ho
Elle marchait donc seule, et cela doublait peut-être encore aux yeux des Navarrais, sans qu'ils s'en doutassent eux-mêmes, la majesté de cette attitude, mieux dessinée par son isolement.
Du reste, ce mauvais vouloir, qu'elle sentait chez Henri, était tout instinctif, et venait bien plutôt de la propre conscience de ses torts, que des faits du Béarnais. Henri ménageait en elle une fille de France; il ne lui parlait qu'avec une obséquieuse politesse, ou qu'avec un gracieux abandon; il n'avait pour elle, en toute occasion et à propos de toutes choses, que les procédés d'un mari et d'un ami.
Aussi, la cour de Nérac, comme toutes les autres cours vivant sur les relations faciles, débordait-elle d'harmonies au moral et au physique.
Telles étaient les études et les réflexions que faisait, sur des apparences bien faibles encore, Chicot, le plus observateur et le plus méticuleux des hommes.
Il s'était présenté d'abord au palais, renseigné par Henri, mais il n'y avait trouvé perso